LA MÉTHODE CYRANO

Les médias se risquent fréquemment à donner un avis sur les formules à utiliser pour conclure un message. La question est d’importance. C’est souvent lorsqu’on arrive à la dernière ligne, juste avant la signature d’un texte d’une fluidité parfaite, que l’on se met à cafouiller sur son clavier et à hésiter sur les mots à choisir. Les conseils que je lis ici ou là me paraissent toutefois affligeants. « Je vous souhaite une agréable journée » serait par exemple trop poétique, et devrait laisser la place à un « Bonne journée ! », plus direct, plus amical, moins emphatique. De même, « Bien à vous » serait préférable à « Je reste à votre disposition » (encore que la formule, de nature à susciter des phantasmes, soit à utiliser avec discernement). Bref, l’exercice est plus délicat qu’il n’y parait, et nous le savons bien, puisque nous cafouillons…

Tous les bons conseils prodigués sur le sujet sont hélas d’un conformisme assez désolant. Les formules préconisées, comme « Sincères salutations », « Bien cordialement » ou « À bientôt », certes convenables, traduisent un manque cruel d’imagination et de personnalisation. Pensant qu’Edmond Rostand, à l’honneur en ce moment au théâtre et au cinéma, aurait trouvé des formules plus truculentes, je lui ai demandé de réagir :

« Ah ! Non ! C’est un peu court, jeune homme !On pouvait dire… oh ! Dieu ! … bien des choses en somme… En variant le ton. Par exemple, tenez :
Agressif : « Répondez-moi, Monsieur, avant que je me lasse… »
Exigeant : « Je sais que par chez vous les messages s’entassent.
Veuillez traiter le mien avant qu’il ne s’agace… »
Amical : « Recevez le bonjour d’un collaborateur,
qu’un message de vous comblerait de bonheur… »
Suppliant : « C’est urgent, c’est pressant, que dis-je, c’est pressant ! Il me faut à tout prix la réponse dans l’heure ! »
Prévenant : « Prenez le temps, Monsieur, de lire mon message.
Faites à votre guise, en bonnes conditions.
Ce que j’écris pour vous je le fais sans ambages,
Répondez-moi aussi sans circonvolutions. »
Gracieux : « Malgré la tyrannie d’un agenda contraint,
Dites-moi s’il vous plait de chacun de ces points,
Ceux que vous approuvez ou que vous n’aimez point.
Cavalier : « Quoi, l’ami, se taire est à la mode ?
Me donner votre avis serait bien plus commode ! »
Emphatique : « Je trouve vos idées si souvent magistrales,
Que je suis suspendu à vos vues digitales ! »
Dramatique : « Sans réponse de vous, c’est le chaos certain ! »
Obséquieux : « Vous êtes mon mentor, je suis votre poulain ! »
Lyrique : « Votre avis m’est précieux, vous êtes omniscient.
J’espère que mes mots arrivent à bon escient ! »
Naïf : « M’auriez-vous répondu sans que j’en sois conscient ? »
Voilà ce qu’à peu près, mon cher, j’aurais écrit, pour donner au message la vigueur de l’esprit. Mais d’esprit… »

Un mot encore… La seule faute lourde en matière de correspondance est de ne pas réagir au message reçu. Oh ! On n’oublie jamais de répondre à un supérieur hiérarchique ou à quelqu’un dont on attend une prestation ou un service. Mais les autres ? Combien de fois ai-je entendu un amer « Il ne m’a même pas répondu ! ». Si tout est pardonnable, même la formule la plus triviale, l’indifférence ne l’est pas, car elle exprime sans ambiguïté le manque de respect…

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