COMMERCE ET IMPACT TERRITORIAL

Les modèles de distribution changent. La part des achats en ligne progresse fortement (de plus de 15% par an pour atteindre près de 10% de parts de marché). Les enseignes de grande distribution, après des années de prospérité, connaissent un déclin (mises en chantier en forte baisse depuis 10 ans). Les commerces urbains ou ruraux disparaissent de façon inquiétante (taux de vacance passé de 6% en 2001 à 12% aujourd’hui), posant avec acuité la question de la nécessaire revitalisation des centres-villes.

Comme toujours, on s’indigne, on s’insurge, on anathématise. On condamne les pilleurs impénitents du web qui, depuis la grande Amérique, la Chine ou les paradis fiscaux, viennent sans scrupules nous manger les marges sur le dos ! On dénonce les grandes surfaces qui bétonnent les terres, écrasent les petits producteurs, cultivent le consumérisme le plus immonde ! On montre du doigt ces deux monstres qui écraseraient sans la moindre compassion notre petit commerce si vertueux. Les choses ne sont pas si simples…

Quel impact territorial ?

Alors, faut-il considérer que seul le petit commerce mérite d’être gratifié d’un impact positif ? Quand on apprécie l’impact social et environnemental (et cela s’applique bien entendu à l’impact territorial), il faut se garder de tout a priori, éviter les jugements hâtifs et les caricatures. On doit au contraire se baser sur des faits objectifs, des éléments mesurables, et les mettre en regard de critères d’impact préalablement définis. La question est de savoir comment chaque modèle de vente sert des objectifs sociaux, environnementaux, territoriaux, et si l’atteinte de ces objectifs pourra être évaluée sur la durée.

Le petit commerce

Considéré spontanément comme ayant le plus fort impact territorial, il serait le champion de la qualité et du conseil. C’est vrai s’il établit avec ses fournisseurs et ses clients une relation de partenariat sincère, s’il sait parler de l’origine de ses produits et expliquer ses choix. Il est alors bien meilleur dans le service et la personnalisation de la relation que les autres modèles de vente. Les commerçants qui font ce choix – et ils ne sont pas encore majoritaires – arrivent à intéresser des clients bien au-delà des habitants de proximité dépourvus de moyens de transport. Ils créent alors des boutiques intelligentes qui ont de l’avenir, même si elles resteront dépendantes de l’attractivité et la fréquentation des centres-villes qui est surtout l’affaire des collectivités.

Les centres commerciaux

Ils ne sont pas perçus aussi positivement. Pourtant, et même s’ils portent préjudice au commerce traditionnel, ils créent des emplois et de la valeur. Ils évitent aux habitants d’un territoire de faire des dizaines de kilomètres pour trouver leurs enseignes et produits préférés. Ils paient des impôts, y compris locaux. Ils ont donc un impact territorial positif, qui s’améliorera encore quand l’usage des véhicules électriques réduira les nuisances des transports. Victimes de leur multiplication et du déclin de leurs « locomotives » (les enseignes qui drainent les flux de clients), ils cherchent un nouveau souffle qui viendra peut-être des activités culturelles, des loisirs ou de la restauration. Quoi qu’il en soit, au regard de leurs espaces vastes et agréables, facilement accessibles en voiture, et de la diversité de leurs offres, l’intérêt local et social de ces centres est difficilement contestable.

Les sites marchands

L’impact territorial du commerce totalement à distance est sans doute le moins plaidable. Nous avons tous à l’esprit les coûts environnementaux des transports, les effets sociaux de la recherche du prix le plus bas, la destruction d’emplois de commerciaux, sans parler de la (trop) faible contribution aux finances nationales et locales, donc au bien commun. Et pourtant, là encore, cet avis mérite d’être nuancé, car le client livré chez lui où qu’il habite, et dans un délai très court, de biens qu’il a pu choisir en pleine connaissance, bénéficie d’une indiscutable valeur…

Regarde-toi consommer !

Consommateurs, nous choisissons la façon de faire nos achats, avec des comportements parfois paradoxaux. Nous regrettons la disparition des librairies, mais en même temps, nous achetons nos livres sur les sites marchands. Nous nous attristons devant la désertification de notre centre-ville ou les difficultés de l’épicerie de notre village (si précieuse quand il faut se ravitailler en dernière minute), mais en même temps, nous allons faire nos courses dans les grandes surfaces. Chacun choisit la formule qui répond le mieux à ses attentes et à ses moyens, et les différentes formes de commerce apportent chacune leurs utilités. Force est de constater que les évolutions que parfois nous déplorons sont d’abord celles de nos propres mœurs…

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