POUR PIERRE AGNES…

Pierre Agnes, grand patron du groupe international Boardriders (propriétaire des marques Quiksilver et Roxy et qui vient d’annoncer le rachat de son concurrent australien Billabong), mais aussi ancien champion de surf, marin, « homme du territoire », a disparu en mer ce mardi 30 janvier au matin. Comme tous ceux qui le connaissaient et qui l’aimaient, j’ai été bouleversé par cette information. Puis, comme eux, j’ai attendu, espéré… Rien. Perdu en mer. Comment le croire ?

J’ai moins de légitimité que beaucoup d’autres, plus proches de lui, pour parler de Pierre, mais j’ai besoin de le faire. Parce que dès notre première rencontre, dont je me rappelle bien, j’ai été impressionné par ce patron si différent des autres. Je suis arrivé cravaté, en costume gris, dans son bureau de Saint-Jean-de-Luz, lui m’a reçu en vêtements de sport. La première chose qui m’a marqué, ce sont ses yeux à la fois tristes et lumineux, et sa modestie, dans la voix, dans le geste. Comme j’étais intrigué par un grand écran sur le mur, derrière lui, où s’étalait une plage animée de surfeurs, il m’a expliqué que c’était les images d’une webcam placée près de sa maison, sur une plage des Landes qu’il pouvait ainsi voir en direct en permanence. La période était difficile pour QuikSilver, difficile donc pour ses banquiers, dont moi. Il m’a parlé de la situation, en dirigeant responsable, lucide, précis, exigeant. Très vite pourtant nous avons parlé de surf, de modes, de marchés. Car c’est tout cela, et c’est l’avenir de l’entreprise qui l’intéressaient. Il surmontait les difficultés en combattant. Il m’a fait visiter sa maison, passant dans les équipes, adressant un mot personnel à chacun. Un courant rare et intense est passé.

Nous nous sommes revus, nous avons sympathisé. Un jour, j’ai accompagné mon équipe de direction pour chercher l’inspiration chez QuikSilver, pour voir comment on pouvait construire des bureaux écoresponsables, intégrés à la nature, tomber les cloisons des bureaux, créer des espaces de vie, transformer un espace commercial en lieu convivial. Tous ceux qui ont visité ce siège atypique savent qu’il y règne un esprit de pionnier.

Un jour, nous avons voyagé ensemble dans un vol Biarritz – Paris. Je venais de terminer « L’allégresse du calamar » et lui en ai donné un exemplaire. Comme il le faisait souvent, il m’a gratifié d’un regard malicieux. Je comprends mieux encore aujourd’hui pourquoi la métaphore lui parlait. Pour lui, la nature était naturellement au cœur de l’entreprise, la mer au cœur du business. Il ne s’embarrassait pas des principes, des modèles, des cloisons, des rigidités qui empêchent tant de patrons d’exprimer leur humanité et leur créativité. On peut être un très grand dirigeant et se perdre en mer en partant, tôt le matin, pécher le calamar…

Nous avions programmé un déjeuner en ce début février. Pierre n’y sera pas, mais je lui dédie ces lignes, en signe d’admiration, de reconnaissance, et d’amitié. Je veux les partager avec sa famille et ses proches.

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