EUGÈNE, GÉNIE DU BISTOURI

Eugène de Séré ? Ce médecin militaire du second Empire, né à Foix en Ariège le 1° novembre 1828, mort à Mouzon au champ d’honneur le 30 août 1870, est l’inventeur du bistouri électrique. Pourtant, aucune rue ne porte son nom…

Un médecin éclairé et passionné

Confronté d’abord à la guerre de Crimée, puis à la terrible Campagne d’Italie, Eugène voit combien les services de santé sont dépassés et travaillent avec des moyens d’une autre époque. C’est ce qui va le conduire à explorer les applications de l’électricité à la chirurgie. Il a peu de soutien pour conduire ses recherches, à l’exception notoire du Maréchal Vaillant, Ministre Secrétaire d’Etat de la guerre, qui l’autorise à consacrer du temps à sa passion. C’est ainsi qu’il conçoit le couteau galvanique particulièrement adapté aux nécessités des hôpitaux militaires, des ambulances d’infanterie et de la cavalerie. Il perfectionne ensuite son invention avec le couteau galvano-caustique hémostatique à chaleur graduée, considéré comme l’ancêtre du bistouri électrique. Il complète le tout de l’anse coupante, adaptée à divers polypes ou autres tumeurs pédiculées.

La reconnaissance des grands chirurgiens

Auguste Nélaton (1807-1873), chirurgien de l’Empereur, celui qui prôna les pansements alcooliques et les premières photographies opératoires, soutint les inventions d’Eugène et les utilisa lui-même. Il opéra un malade présentant un cancer récidivant du bras gauche ce qui provoqua une hémorragie en raison de la chaleur utilisée de 1.500 degrés. Cet événement fit travailler Eugène sur l’échelle graduée en platine permettant de redescendre à 600 degrés, température hémostatique. Le célèbre Paul Broca (1824-1880) dit de la méthode d’Eugène de Séré qu’elle « était digne de prendre place parmi les plus précieuses innovations de la chirurgie contemporaine ». Grâce au couteau galvanique, Adolphe Félix Richard (1822-1872), professeur suppléant de Nélaton à l’hôpital des Cliniques, sectionnait en novembre 1860 un énorme polype nasopharyngien et Jean Nicolas Demarquay (1814-1875) parvenait en 1862 à extirper un cancer gangrené et récidivé du bras gauche, enlevant pour deux cents grammes de tissu sans incident infectieux.

Une invention qui fait date

En 1862, deux thèses de médecine sont consacrées en l’espace de quelques mois à l’invention d’Eugène : « De l’emploi du feu en chirurgie en particulier du cautère actuel, du cautère galvanique et du couteau galvano-caustique hémostatique à chaleur graduée » par le docteur J. Blanchet ; « De la galvano-caustique, du couteau galvano-caustique et de l’anse coupante à échelle graduée de Monsieur Eugène de Séré » par le docteur B. Duplomb. C’est Joseph Frédéric Charrière (1803-1876), prestigieux maître coutelier d’instruments de chirurgie, qui assura la fabrication du couteau galvano-caustique présenté à l’Exposition Universelle de Londres de 1862 et Jules Cloquet (1790-1883), célèbre chirurgien anatomiste, passionné par les innovations scientifiques, qui assura la présentation de cet instrument révolutionnaire le 23 mars 1863 à l’Académie des Sciences.

Sous le regard moqueur de ses collègues

Quinzième enfant d’une famille de 17 (le climat d’Ariège est tonifiant), Eugène avait un frère ainé médecin, Louis Joseph (1823-1895) auquel il doit sans doute son goût pour l’innovation, mais aussi une fort mauvaise réputation. Louis Joseph, en effet, pratiquait l’hypnose, si bien que l’autorité militaire le considérait comme un charlatan. De façon générale, Eugène vivait mal la pesanteur administrative et hiérarchique de l’Intendance militaire. Son esprit créatif avait du mal à s’exprimer dans les rangs où ses travaux étaient incompris. En témoignent deux extraits d’un rapport d’inspection : « Le plus grand service que l’on peut rendre à Monsieur de Séré serait de le nommer Médecin major de 2e classe dans les hôpitaux éloignés de Paris, à condition de ne lui confier aucun service de responsabilité médicale » ; ou encore « Monsieur de Séré, que je connais depuis longtemps, sacrifie trop souvent les obligations de son service à la recherche d’études aventureuses ».

En fait, la hiérarchie militaire n’a jamais apprécié les activités secondaires du médecin. En 1869, son chef de service trouve que Monsieur de Séré « s’occupe beaucoup trop de sciences accessoires », et son chef de corps « qu’il sert d’une manière satisfaisante, et s’occupe beaucoup de pisciculture ! ». C’est qu’à cette époque, Eugène de Séré est déjà sur autre chose : un abri destiné à protéger les poissons, désigné sous le nom d’aquariséré et qui lui vaudra une médaille de bronze lors de l’Exposition Universelle de Paris en 1867… Ah ! Ces innovateurs !

(ici, l’article l’article publié en 1988 par Alain SÉGAL et Jean-Jacques FERRANDIS dans HISTOIRE DES SCIENCES MÉDICALES – TOME XXXII – No3 – 1998)

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