2018 : L’ANNÉE BITCOIN ?

Voilà une chose sur laquelle tout de monde semble d’accord : l’année 2018 sera celle de l’explosion du Bitcoin ! Sauf que certains voient dans « l’explosion » annoncée l’accélération brutale et soutenue du cours, alors que d’autres prédisent un anéantissement pur et simple. Si les avis sont tranchés, c’est que cette cryptomonnaie est entourée d’une certaine confusion qui ressort d’ailleurs à la lecture des analyses de la brutale chute de cours intervenue une semaine avant Noël (de 17.000 à 12.600€). Est-elle due à une perte de confiance brutale ? Au retrait de quelques investisseurs (1.000 personnes détiennent 40% du stock) ? À la faillite de Youbit, plateforme sud-coréenne d’échanges dont 17 % des actifs auraient été dérobés ? À la suspension de la cotation de la plateforme Crypto, soupçonnée de manipulation de cours par la SEC (gendarme de la bourse américaine) ? À la montée surprise, avec un soupçon de délit d’initié, du petit-frère Bitcoin cash ? Personne n’en sait rien, preuve s’il en fallait non seulement de l’instabilité mais aussi de l’opacité de cette monnaie virtuelle.

Pour qui sont ces Bitcoins ?

La première confusion, c’est celle des détenteurs. D’abord limitée aux informaticiens parmi lesquels les fameux « mineurs » qui assurent le fonctionnement de la monnaie, la population des souscripteurs s’est étendue aux geeks prompts à s’enflammer pour une innovation technologique, aux libertariens désireux d’échapper aux circuits et contrôles des autorités publiques, aux fraudeurs souhaitant dissimuler leurs opérations illicites, aux épargnants peu confiants dans leur monnaie nationale, qui trouvent là un moyen d’expatrier discrètement leur patrimoine, et aux spéculateurs, beaucoup et de plus en plus, qui espèrent une forte valorisation de cette attractivité pour le moins multiforme. Tout cela ne fait pas un « actionnariat » très stable. Actionnariat ? Si j’ose employer ce mot inadapté, c’est que pour ses acquéreurs, le Bitcoin semble plus proche d’une action que d’un moyen de paiement. Autre paradoxe…

Des valeurs qui n’en sont pas

La rareté ? 16,7 millions de Bitcoins en circulation, 21 millions au plus à terme. Les échanges se feront par les subdivisions potentiellement infinies. La valorisation de la monnaie pourrait être conséquente pour peu que son usage aujourd’hui confidentiel s’impose dans les échanges et qu’aucune autre monnaie ne prenne cette place. Or, on recense près de 1.300 autres cryptomonnaies (les principales : Ethereum, Ripple, Litecoin, Dash, NEM, Monero, Bitcoin Cash, Bitcoin Gold, NEO) et d’autres sont en laboratoire ! Valeur fragile donc…

L’usage de la Blockchain ? Acheter des Bitcoins reviendrait à investir dans la Blockchain, technologie révolutionnaire et prometteuse qu’ils utilisent. C’est comme si on pensait en achetant des livres investir dans l’imprimerie. La même technologie sert d’ailleurs beaucoup d’autres usages : outre les systèmes de paiement généralistes, on voit éclore des applications financières ou coopératives, des systèmes de conservation ou de règlement des titres, de partages de ressources ou de jeux…

Le bénéfice du développement spectaculaire des ICO (Initial Coin Offering) ? Ce dispositif permet à une entreprise de se financer par l’émission d’une cryptomonnaie intégrée ensuite à son propre modèle économique (4 milliards $ levés en 2017 contre 225 millions en 2016). Là encore, il y a confusion. Une cryptomonnaie, fut-elle la plus populaire, ne saurait être confondue avec une autre dédiée à un usage précis. Les réussites ou échecs des projets financés en IPO n’ont guère de raison de peser sur la valeur du Bitcoin.

Des valeurs qui pourraient en être…

Le Bitcoin pourrait être la monnaie de demain, novatrice, pratique et sécurisée. Sans billet, sans pièce, reposant sur une suite de codes cryptés échangés entre ordinateurs, il présente deux avantages principaux : des transactions traçables et sécurisées et aucun intermédiaire ni surveillance d’aucune autorité financière. Libéré des banques, gouvernements, contrôles, le Bitcoin n’appartient à personne, et en acheter, c’est devenir co-propriétaire d’un bien privé porteur d’une extraordinaire promesse de liberté.

Mais il y a un mais… Cette promesse peut-elle faire oublier que le Bitcoin n’a aucun ancrage avec une réalité concrète ? Certains le comparent à l’or puisque, comme lui, il est limité en quantité et ne subit pas d’inflation, mais il n’est ni palpable, ni convertible en objets ou bijoux. Peut-elle faire oublier aussi ses inconvénients ? La monnaie est réputée inviolable, mais un million de bitcoins auraient déjà été subtilisés par effraction sur les sites qui la détiennent, et les calculs nécessaires à sa gestion sont si lourds qu’ils nécessitent des dizaines d’ordinateurs (temps de traitement dégradés, coûts élevés en matériel et énergie, frein à la croissance).

Vers une reconnaissance officielle ?

On comprend que ceux qui sont insensibles à la promesse de « monnaie libre » regardent le Bitcoin comme un actif sans valeur, et sa progression fulgurante comme une bulle financière. C’est le cas de la très grande majorité des financiers et économistes. Et quand une banque ou une autorité financière porte une appréciation plus nuancée, c’est généralement pour souligner qu’un effondrement du cours n’affecterait pas la stabilité du système financier (le Bitcoin représentant avec 225 milliards de dollars moins du tiers de la capitalisation d’Apple, sa chute n’aurait pas plus d’impact que celle d’une action). À moins que les cryptomonnaies ne pénètrent dans le système bancaire…

Il y a eu certes les lancements en décembre à Chicago de premiers contrats à terme sur Bitcoins, ainsi que l’ouverture annoncée par Goldman Sachs d’une salle de marchés dédiée, qui donnent un signal d’institutionnalisation. Encore une évolution paradoxale pour une monnaie qui a bâti en partie sa réputation sur la crise de confiance qui affecte les acteurs officiels de la finance. Mais ces évolutions valent-elles reconnaissance ? Est-il étonnant, lorsqu’un actif nouveau et attractif apparaît, que certains proposent (moyennant commission) de le « trader » ? Prennent-ils pour autant un risque sur sa valorisation et sa pérennité ?

Seule la régulation que certains appellent de leurs vœux serait de nature à officialiser les choses. Elle apporterait plus de sécurité pour l’épargnant et plus de stabilité pour le cours des monnaies, et en même temps, plus d’exigences sur la nature des flux et des règles du jeu plus contraignantes. Mais comment l’introduire quand on sait combien d’utilisateurs sont rétifs à toute intervention de contrôleurs sur les flux monétaires ? Et que restera-t-il alors de l’attractivité du Bitcoin forte aujourd’hui de sa part d’ombre ?


En attendant, les vendeurs de rêve n’hésitent devant aucun superlatif. « 700% en 2017 », « Nouveau placement sensation », « Multiples opportunités potentielles », « Aucun produit avec une telle performance », « Une monnaie qui monte en permanence », « Bientôt à 190.000 $ », « La seule opportunité de devenir très riche »… Oyez, oyez, braves gens !

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