URGENCE ÉNERGÉTIQUE

EDF Energies Nouvelles, avec sa prise de contrôle annoncée du spécialiste de l’éolien Futuren, entre en portefeuille près de 400 mégawatts de centrales en exploitation (essentiellement en Allemagne). L’opérateur français avance ainsi vers son objectif : doubler d’ici 2030 sa production d’énergies renouvelables. Cette acquisition témoigne de l’accélération de la stratégie de croissance des grands acteurs du secteur. Engie a déjà acheté Solairedirect et la Compagnie du Vent ; Direct Energie a racheté les actifs de Quadran. Faute d’avoir suffisamment investi par eux-mêmes, les majors se lancent dans une course aux acquisitions des entreprises spécialisées. Une façon pour eux de « rattraper » en quelque sorte le temps perdu…

Mais ce n’est pas seulement l’appétit des grands groupes qui accélère le mouvement de consolidation. Il est aussi poussé par les nouvelles règles d’exploitation. Déjà refroidies et affaiblies par le moratoire (2010), les entreprises productrices doivent s’adapter au système plus complexe de paiement de l’électricité et à la généralisation des appels d’offres. Plus compliqué, plus incertain, le métier demande de disposer d’une taille et de moyens conséquents.

La France prend du retard

Au niveau mondial en 2016, les capacités raccordées étaient de 76,6 GW. La Chine, les Amériques (Nord et Sud), les pays d’Asie et du Pacifique connaissent les plus fortes progressions. En Europe, on trouve les plus gros investissements en Allemagne, au Royaume-Uni et en Italie. En France, au contraire, le taux de raccordements diminue. Le think tank « France Territoire Solaire » vient d’annoncer une forte baisse des capacités photovoltaïques. On a raccordé 886 MW en 2014, 853 MW en 2015, 551 MW en 2016, et 2017 s’annonce d’ores et déjà en retrait sur ce dernier chiffre avec 82 MW raccordés au premier trimestre contre 182 MW début 2016…

La volonté de réduire à 50 % la part du nucléaire dans la production électrique en 2025, inscrite dans la loi de transition énergétique pour la croissance verte votée en 2015, passe par la fermeture de réacteurs nucléaires et la progression des énergies renouvelables. Or ces dernières connaissent une progression bien trop lente pour prendre en 2025 la place laissée par le nucléaire. Elles devraient fournir 140 TWh de plus que les 100 TWh actuels. Or, leur progression n’est que de 3 à 4 TWh par an ! Il faut donc absolument accélérer la mise en place de centrales et trouver de nouveaux modes de développement, comme en offrent les installations sur toitures (bâtiments agricoles, industriels et administratifs, logements collectifs, maisons des particuliers…)

Besoin d’investisseurs

S’ajoute la question toujours sensible du financement. Les centrales nécessitent des investissements à long terme fortement consommateurs de capitaux. Or, malgré la reconnaissance quasi-générale de la nécessaire transition énergétique, donc du mouvement inéluctable et urgent des énergies carbonées vers les renouvelables, les fonds d’investissement spécialisés restent moins nombreux et moins actifs en France que dans les pays anglo-saxons.

Une raison à cela, les préjugés, dont nous savons qu’ils ont la vie dure. Quand on parle d’énergies renouvelables, même si les peurs irrationnelles des années 10 se sont apaisées, on constate que les procès en mystification et en aberration économique qui étaient monnaie courante à l’époque ont laissé des traces dans les esprits. Il subsiste une méfiance, une suspicion, de nature à justifier toutes les contre-vérités. Voilà pourquoi le secteur conserve en France la réputation d’être risqué et hasardeux. Il est pourtant facile de vérifier que le TRI (Taux de rentabilité interne) des investissements en centrales d’énergies renouvelables est élevé, donc attractif. Facile aussi de constater que depuis 2015 les énergies renouvelables coûtent moins cher à produire que l’électricité issue du charbon et du nucléaire. L’électricité produite par les éoliennes n’est-elle la moins chère dans la plupart des grands pays du monde ? Le solaire, grâce aux progrès technologiques, ne produit-il pas à coûts de plus en plus faibles ? Ceux qui ont investi depuis 10 ans ont-ils des bonnes raisons de le regretter ? En toute logique, le secteur devrait donc beaucoup plus intéresser les investisseurs dans les prochaines années.

Investissement d’Impact Territorial

L’énergie est sans doute le domaine le plus lisible où exercer l’Investissement d’Impact Territorial. Est-il besoin d’argumenter longtemps sur les bénéfices environnementaux ou les avantages financiers pour l’investisseur ? Les familles peuvent y trouver un complément de revenu de nature à réduire (voire effacer) leur facture énergétique (ce que propose par exemple Greenloc). Quant aux entreprises, contraintes d’équiper leurs bâtis (le « Décret rénovation tertiaire » – suspendu en l’état – vise une réduction de 60% des consommations d’ici 2050), elles en tireront de surcroît une valorisation visible et incontestable de leur politique de RSE (Responsabilité sociétale). Ensemble, particuliers, entreprises, collectivités, investisseurs, on va y arriver !

A lire aussi :

http://www.environnement-magazine.fr/article/49666-le-photovoltaique-francais-chute-fortement-au-premier-trimestre-2017/

https://www.alternatives-economiques.fr/50-de-nucleaire-2025-compatible-plan-climat/00079840

https://www.lesechos.fr/industrie-services/energie-environnement/030456469465-energies-vertes-la-course-au-rachat-de-pme-est-lancee-2103387.php

https://www.euractiv.fr/section/energie/news/study-renewables-will-be-cheapest-power-source-by-2030/

http://www.lemondedelenergie.com/autoconsommation-transition-energetique/2017/07/07/

http://www.usinenouvelle.com/article/le-decret-renovation-energetique-des-batiments-tertiaires-suspendu-par-le-conseil-d-etat.N566624

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