MON ROBOT BIEN-AIMÉ…

Voilà que les méchants robots se préparent à venir manger notre travail, à arbitrer à notre place, et pourquoi pas, à décider un beau matin de nous remplacer purement et simplement dans la domination du monde. Alors, nous nous mettons à les regarder comme des concurrents, des prédateurs froids et déterminés, une menace pour notre espèce. Si bien que la peur s’installe, au point de nous faire oublier qu’un robot, aussi sophistiqué soit-il, n’est après tout qu’une création humaine…

Ce qui nous inquiète dans ces machines, c’est moins leur puissance que leur intelligence. Tant qu’elles se contentent de reproduire nos gestes, d’utiliser leur mémoire colossale et leur gigantesque capacité de calcul pour réaliser de façon toujours plus fiable et plus rapide les missions que nous leur confions et que nous avons décidées, elles sont et resteront des outils. Elles inquiètent bien sûr, parce qu’elles menacent à la fois un grand nombre de nos emplois et le contenu de nos métiers, mais il n’y a pas de quoi nous terroriser. Cette intelligence, dont la puissance bondit avec les progrès techniques et industriels, ne date pas d’aujourd’hui et personne ne peut la soupçonner d’échapper à notre contrôle.

Mais quand, sous l’impulsion de chercheurs dotés de moyens conséquents, l’intelligence artificielle se met à se former et à se développer toute seule, quand les robots deviennent eux-mêmes créatifs et créateurs, construisent leurs propres algorithmes, inventent des langages pour communiquer entre eux, vont jusqu’à éprouver des émotions, optent pour des réactions inédites, c’est une autre histoire ! Or, ce qui ne pouvait s’imaginer il y a quelques mois encore est entré aujourd’hui dans le possible et même le probable. Les investissements colossaux réalisés par Google et d’autres grands acteurs dans la recherche sur cette intelligence artificielle de nouvelle génération ne laissent plus de doute sur l’avènement de telles machines. Et c’est bien ce qui fait peur…

Ce qui est passionnant dans cette peur, c’est qu’elle nous interpelle brutalement sur l’essentiel. À quel titre l’espèce humaine mériterait-elle d’être protégée ? Pourquoi compterait-elle plus que les centaines d’autres espèces que nous laissons s’éteindre sans réagir ? Pourquoi de bons robots, conçus pour être bienveillants, ne sauraient-ils pas mieux que les humains développer l’intelligence et l’utiliser ? Ne seraient-ils pas capables d’anticiper et éviter les cataclysmes ? De désamorcer les conflits avant qu’ils n’éclatent ? De vivre et produire sans détruire ni polluer ? De coloniser les planètes et protéger la nôtre mieux que nous ne le ferions ? Et alors ? Notre bonne et vieille terre ne continuerait-elle pas plus sereinement ses longues révolutions en étant dominée par une intelligence pure et maîtrisée, plutôt que par celle des hommes, imprévisible et entachée de multiples vices ? Ne devons-nous pas nous résoudre à nous effacer, comme les Neandertal devant les Sapiens ?

Une nouvelle fois, et c’est ce qui est troublant, après le nucléaire, le réchauffement climatique, la manipulation génétique, une production humaine oblige l’Homme à se poser la question sur le sens de son long cheminement, sur son projet collectif, et à peser ses responsabilités. Elle réveille chez lui des interrogations sans âge et auxquelles, il le sait maintenant, il est seul à pouvoir répondre…

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