MIRBEAU, LE JUSTE

mirbeau

La querelle a échappé au grand public, et c’est normal. Octave Mirbeau n’aura pas l’hommage national qu’il mérite pour le centenaire de sa mort, le 17 février prochain (lire ici, sachant que la société OM se démène). Tout le monde a en mémoire « Le journal d’une femme de chambre », mais se souvient moins de l’auteur lui-même que de Luis Buñuel qui l’a porté à l’écran. Idem pour « Les affaires sont les affaires« , une pièce jouée depuis plus d’un siècle (créée en 1903, non sans avoir soulevé des protestations), et dont Clavier et Laspalès nous ont donné une interprétation aussi mordante que joyeuse (lire ici).

Mirbeau, qui a défendu les pauvres, dénoncé les injustices, révélé les vrais talents, n’a pas dans notre mémoire collective la place qui lui revient. Du coup, à quoi bon le célébrer ? Il ne ferait pas venir les foules ! Il reste aux « mirbeauphiles » à parler de lui puisque les « institutions » ne souhaitent pas le faire. Nous lui devons tant !

Mirbeau a passé sa vie à démasquer les menteurs, les faussaires, les mondains qui trompaient leur monde. Inlassablement, il mettait au grand jour leurs manèges, ouvrait, décillait, les yeux de ses contemporains sur les manipulateurs et les mystificateurs. Et tout en pourfendant les faux talents, il a sorti les vrais de l’ombre. Des artistes, Bonnard, Rodin, Claudel, Cézanne, Gauguin, Maillol, Monet, Pissarro, et même Van Gogh, lui doivent leur succès. Des écrivains aussi, comme Maurice Maeterlinck, Remy de Gourmont, Marcel Schwob, et tant d’autres. Parce qu’il distinguait immédiatement le pur, le beau, le vrai, il a jeté sur eux la lumière.

Alors bien sûr, on ne l’aimait pas beaucoup. On le redoutait. Il ne respectait aucune convenance quand la justice était en danger. Il écrivait quand il fallait se taire, intervenait dans des débats où personne ne l’invitait, claquait la porte des commissions quand elles devenaient serviles, ne se soumettait à aucune prétendue « loyauté » ou « solidarité » qui ne sont souvent que des cache-couardises. Désespéré des lâchetés humaines, il continuait de les combattre avec l’idée folle que le monde pourrait devenir plus intelligent. Voilà ce que nous lui devons, cette espérance.

Ce tempérament de justicier s’est exprimé dans le combat pour Dreyfus. D’abord aveuglé, comme tout le monde, par la manipulation, celle des rapports et des expertises accumulés pour condamner un innocent, il a compris. Il a compris avant les autres que ce qui se passait sous le regard approbatif, les applaudissements même, de tous, était une effroyable construction prête à aller jusqu’à détruire un homme. Une machination infernale que rien ne pouvait plus arrêter. Il est alors parti dans les villes de France tenter d’éveiller les consciences, de les « désanesthésier », de mettre devant les yeux de tous la réalité qu’ils refusaient de voir. Il fallait que comme dans l’art, comme dans la littérature, la vérité s’impose…

Sacha Guitry a écrit et dit sur son ami Octave Mirbeau de belles choses. Je vous conseille cette vidéo de l’INA : « Vous croyez que vous n’aimiez pas Mirbeau, mais ce n’est pas vrai. C’est lui qui ne vous aimait pas ! ».

S’il faut pour Mirbeau une grande commémoration nationale, ce n’est pas pour lui. C’est la justice et la vérité qui en ont encore et toujours besoin…

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