LA TACTIQUE DU DÉBORDEMENT

debordement

Les usages numériques ont beau se propager à grande vitesse dans tous les domaines de nos vies, les vieilles habitudes ont la vie dure. Chaque jour ou presque, nous vivons des expériences décevantes qui nous le prouvent.

Je suis relancé par une société de vente en ligne pour avoir abandonné mon panier sans terminer mon achat : « Ah bon ? Vous avez déjà été livré ? ». Et on ne me demande même pas si je suis satisfait… Je veux envoyer un document à mon banquier ? Il ne dispose pas d’adresse mail personnelle… Je veux savoir si mon bureau de poste a trouvé un document oublié ? Il ne peut pas recevoir d’appels, tout passe par une plateforme… (Continuez la liste vous-même…)

Nous le voyons bien, les outils ne suffisent pas à changer les gestes. Or, quoiqu’on en dise, la révolution, la vraie, n’est pas dans le numérique. Si le numérique focalise toutes les attentions, c’est parce qu’il nourrit, inspire, facilite, une révolution bien plus importante qui est en réalité celle des gestes. Le vrai changement vient de la façon dont les hommes se saisissent des outils et en exploitent les possibilités. Or, ce n’est pas en restant confiné à l’étroit dans le cadre de nos habitudes que l’on tire des technologies tous leurs avantages. Il faut oser sortir du cadre, penser et agir autrement, donc déborder.

La tactique du débordement est connue depuis longtemps des joueurs de rugby. Applicable à toutes les organisations et à toutes les entités, elle repose sur quatre grandes qualités :

RAPIDITÉ : Lorsque nous faisons une recherche sur Internet, nous souhaitons en obtenir instantanément les résultats, et quand nous achetons, nous attendons que ce soit là encore simple et rapide. Les entreprises disposent de cette forte capacité de réaction quand elles font de la rapidité de décision et d’exécution une priorité stratégique. Elles se dépêchent alors d’éliminer les délais au lieu de courir après la suppression des papiers …

CRÉATIVITÉ : Le numérique rend accessible à tous des masses de connaissances. Paradoxalement, plus il nous submerge de choses connues, plus il nous fait prendre conscience de la multitude de celles qui sont encore à connaître. Plus il nous apprend, plus il nous étonne, plus nous nous rendons compte qu’il existe des tas de nouveaux usages à inventer. Plus il nous informe, plus il nous instruit, plus il nous donne envie d’agir et multiplie nos capacités à le faire. Cette créativité nécessaire ne se décrète pas, elle se désire et se cultive chez tous les salariés qui chacun en porte sa part de germes.

INTELLIGENCE : Beaucoup d’entreprises parlent amoureusement de leur stock de données. C’est fou tout ce qu’elles disent pouvoir en faire ! Mais qu’en font-elles ? Elles nous proposent des produits que nous avons déjà souscrits, à l’instar des générateurs de publicité qui nous proposent pendant des mois l’évier en inox que nous avons déjà acheté. Là encore, l’investissement technologique ne suffit pas : c’est au service des usages et pas seulement des outils qu’il faut mettre l’intelligence.

COLLABORATION : Nous avons mis le pied dans un nouveau continent où chacun peut s’exercer à imaginer et inventer. Pour cela, il n’est pas seul, et s’appuie sur ce que l’on appelle des communautés. On devrait plutôt parler de liens d’intérêt, car il s’agit de relations souvent éphémères et rarement exclusives. Ces liaisons multiples et changeantes modifient imperceptiblement le système social de nos organisations. Or, cette collaboration n’est pas dans nos habitudes et demande pour s’exprimer qu’on la reconnaisse, l’autorise et la favorise par des dispositions volontaires.

Faut-il attendre ces qualités de ceux qui ont expressément en charge la transformation, l’innovation, le digital ou l’informatique ? Bien sûr, mais aussi de tous les autres. Car la réussite viendra de l’agilité collective, répartie dans toutes les unités et dans tous les métiers. La vraie révolution consiste à donner à toutes les intelligences que compte l’organisation le pouvoir d’imaginer et de faire.

Alors, le rôle du manager n’est plus d’accompagner le changement vers un territoire connu, mais de susciter des explorations vers l’inconnu. Il n’est plus d’assurer la bonne exécution des consignes, mais de faciliter l’émergence des idées et leur bonne mise en œuvre. En clair, on n’attend plus du cadre qu’il encadre, parce que son rôle n’est plus d’éviter les débordements, mais, au contraire, de les déclencher…

À lire aussi :
Réussir le passage à une nouvelle culture.
Complexification des modes de management.
La transformation numérique et ses mythes.
Digital : la nouvelle révolution.
La transformation numérique est surtout une question culturelle.

4 commentaires sur “LA TACTIQUE DU DÉBORDEMENT

  1. Cher Jean,

    Que ta prose est inspirante ! Et pour poursuivre l’analogie, un bon débordement se prépare par un beau mouvement d’avants qui posent les fondamentaux du jeu. Et l’entraineur astucieux est celui qui entraine ses avants aussi à déborder.

    J'aime

  2. Bonjour Mr Philippe
    Que de bon sens !
    Que faire pour réussir transitions/transformations qui sont inéluctables avec la digitalisation de l’économie ? Aimer le changement et les changements. Aimer le changement, c’est porter un regard volontairement favorable sur toutes les mutations inéluctables du monde dans lequel nous vivons.
    Aimer les changements c’est apprendre, comprendre et agir pour être et pour rendre plus heureux nos correspondants et en particulier nos Clients.
    Bien sûr il y a des transformations brutales et qui n’ont pas été anticipées. C’est dans ces moments qu’une entreprise et ses collaborateurs révèlent toute leur richesse et leur potentiel. Mal vécue, mal gérée, refusée elle peut entraîner des comportements de régression agressive.
    Les paroles de Darwin résonnent ici de façon heureuse : « Ce ne sont ni les espèces les plus fortes, ni les plus intelligences qui survivent, ce sont celles qui s’adaptent. »
    Et cela est d’autant plus motivant, si ces adaptations/transitions ont pour vocation, par le travail et la créativité en équipe à être et rendre plus heureux.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s