ENTREPRISES ET STARTUPS : LA VALSE À 5 TEMPS

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Il y a d’un côté des grandes entreprises, bien installées, aux méthodes parfois archaïques, mais toujours puissantes sur leurs marchés. De l’autre, des startups, jeunes pousses dynamiques mais encore en devenir. Les relations entre les deux évoluent depuis la fin des années 2000, quand les jeunes entreprises branchées techno ont commencé à afficher un essor considérable. Les relations entre ces vieilles dames et ces petits jeunes connaissent des hauts et des bas, rythmées par des désirs pas vraiment affirmés, des rencontres pas toujours préparées, des projets pas très bien mûris, des coups de cœur sans lendemain, mais aussi quelques belles aventures communes. J’ai d’abord vu dans ce jeu d’approches amoureuses quelque chose de la « vague irrésolue » du « Je t’aime moi non plus » de Gainsbourg. Mais il n’est ni aussi torride, ni aussi définitif. « La valse à mille temps » de Jacques Brel me paraît finalement mieux adaptée…

Le premier temps, c’est celui au mieux de l’indifférence, au pire de la méfiance. On s’observe, on ne se dit rien. Il y a chez les grands de l’arrogance, chez les petits de la raillerie. Ici où là certains osent tout de même et timidement tenter des alliances. C’est comme dans la chanson : « Toute seule, tu souris déjà… »

Le deuxième temps, c’est celui de la prédation. Les entreprises regardent les startups marcher sur leurs prés carrés, tels des envahisseurs dangereux, et les considèrent comme des proies. Sans trop savoir pourquoi faire ni surtout comment faire, elles s’agitent, jaillissent, achètent, contrôlent. Ah ! Le contrôle ! Il faut tout faire pour tenir et maîtriser l’autre, quitte parfois à le tuer. Comme au deuxième temps de la valse : « On est deux, tu es dans mes bras… »

Le troisième temps, c’est celui de l’image. Le public regarde et juge. Qui fera la pus belle conquête ? Au bras de qui sera celui-là ? Alors on déploie des pépinières, des accélérateurs, des incubateurs, des espaces pour attirer les plus belles startups, les dorloter, les embellir encore. Oui, on se fréquente, mais on se parle peu et ne se marie pas. Chacun a son chez-soi. Au troisième temps de la valse, « On s’offre encore le temps de s’offrir des détours » …

Le quatrième temps, c’est celui qui émerge aujourd’hui. C’est l’âge de la coopération. On sait pourquoi, côté entreprise, côté startup, chacun a besoin de l’autre. Chacun sait ce qu’il vient chercher, les avantages qu’il en tirera et à quels compromis il devra se soumettre. Il y a de part et d’autre une stratégie qui est affichée et connue de tous. Les équipes peuvent alors partager des espaces de travail, les startups participer aux projets de l’entreprise, des équipes mixtes se former. On se mélange, on s’hybride. Par rapport au temps précédent, c’est : « beaucoup moins dansant, mais tout aussi charmant… ».

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Certains voient dans ces alliances la négation même de la startup qui ne pourrait exister qu’en étant en opposition avec les acteurs en place. Ce serait la condition pour disrupter librement et ne pas perdre son âme. D’autres ne voient pas d’avenir sans cet adossement qui leur apporte l’ouverture aux marchés et des ressources indispensables. Il y aura, c’est certain, de nombreux cas de figure…

Quand les entreprises auront changé leur propre modèle d’organisation en s’inspirant des startups (le « devoir d’inspiration » dont je parle ici) ; quand elles donneront aux usages concrets pour leurs clients la priorité sur la vente de leurs produits ; quand elles auront abandonné leurs constructions hiérarchiques au profit du travail collaboratif ; quand leurs salariés maîtriseront parfaitement le numérique, auront accès dans leur travail à toutes les ressources, occuperont des espaces de coworking parmi les indépendants et des startups ; quand elles auront allégé leurs processus et leurs circuits de décision ; quand elles auront mis de l’innovation et de l’agilité dans leur fonctionnement et conduiront des projets rapides ; quand elles reconnaitront les innovateurs dans leurs propres rangs ; quand elles accepteront l’insolence, l’irrévérence, et même la fantaisie ; quand elles auront réduit les boucles d’apprentissages et développé la co-création avec le public ; quand elles sauront privilégier la croissance sur la rentabilité ; quand elles se poseront simplement la question : « à ma place, que ferait une startup ? » ; quand elles auront définitivement cassé leurs cloisons…

Alors, le 5ème temps viendra, celui de l’échange. Un échange osmotique, fait de coopérations denses, simples, naturelles dans toutes les activités, entre des gens de cultures très proches qui sauront se parler et se comprendre. Il y aura sans doute toujours des startups pour oser de nouveaux services et prendre le risque de les développer, et certaines pousseront à l’ombre des vieux chênes dans un cadre contractuel bien établi…

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