LETTRE AUX BANQUIERS

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Confrères et amis de la banque 1.0 (comme aime à le dire Jean-Michel Billaut), j’ai une très bonne nouvelle : nous sommes capables de devenir très vite et très facilement des banquiers du nouveau monde, des banquiers 3.0, et pourquoi pas 4.0 ! (cf. lexique) Nous avons en mains toutes les cartes…

Nous disposons de l’essentiel : le capital humain, la puissance de milliards de milliards de neurones qui ne demandent qu’à chauffer pour échanger, inventer, innover. Nous avons dans nos équipes des cerveaux bien faits, des gens forts de grands diplômes ou de belles expériences, souvent les deux. Cette intelligence vaut de l’or ! Encore faut-il la solliciter, libérer les idées et faciliter leur circulation et leur partage afin que chacune et chacun se sente autorisé à imaginer et entreprendre…

Nous avons aussi les moyens financiers d’investir. Nous sommes capables de mobiliser les capitaux nécessaires pour changer de modèle, pour aménager autrement nos agences physiques et nos bâtiments administratifs, pour développer des outils informatiques nouveaux et des applications innovantes, pour substituer à nos vieux systèmes sédimentés une architecture plus ouverte, modulaire, digitale et coopérative. Toutes les entreprises exposées au changement de monde n’ont pas cette possibilité. Encore faut-il savoir quels sont les modèles que nous voulons…

Nous avons accès en temps réel à tout ce qui se fait dans le monde, à toutes les initiatives ou expériences, et nos équipes sont capables de décrypter le moindre changement. Nous savons tout de tout, presque instantanément. Encore faut-il que nous ayons envie d’ouvrir grand nos yeux, de voyager, de regarder, de lire, de comprendre, et surtout d’échanger et de changer…

Nous sommes courtisés par plein de jeunes pousses qui bousculent nos habitudes et nos positions acquises. Il y en a beaucoup dans la FinTech (qui a maintenant son association). Beaucoup d’entre elles ont besoin de nous, et le savent. Et nous, nous avons besoin d’elles. Elles pourraient nous inspirer beaucoup plus. Nous pourrions aller plus loin que le soutien logistique ou la participation en capital. Nous associer, par exemple, pour travailler ensemble, pour travailler autrement. Encore faut-il que nous acceptions de vivre dans le même monde qu’elles, de parler la même langue qu’elles, de nous mélanger, d’adopter leur agilité et leurs réflexes…

Nous disposons surtout du professionnalisme incontestable qui forme le socle même de notre métier : le sens du risque, la capacité à l’analyser, à le pondérer, à le réduire ; la proximité des clients et des entreprises qui nous place souvent à l’origine même des projets ; le sens de la relation et de la confiance, de l’appréhension de chaque situation dans sa globalité. Encore faut-il trouver les moyens de mieux valoriser ces savoir-faire, peu reconnus du public, de leur donner des expressions nouvelles, en permettant aux conseillers de combiner toujours plus et mieux les intelligences humaine et technologique (cf. lexique).

Notre problème à nous, banquiers, c’est que nous nous méfions des idées trop neuves. Ceux qui les défendent sont facilement dérangeants, excentriques, agressifs ou donneurs de leçon (des « influenchieurs » comme le dit David Castera). Nous voudrions être modernes, mais sans renoncer à nos modes de pensée, à nos pouvoirs, à nos vénérables instances et à notre sacro-saint coefficient d’exploitation (charges de fonctionnement / produits). Bref, à toutes ces choses dont nous croyons qu’elles nous protègent alors qu’elles nous mettent en danger. Pourtant, nous ne pourrons pas devenir digitaux sans y renoncer, parce que nous ne pourrons pas être du nouveau monde sans quitter l’ancien.

Lexique :

Le 4.0. Le Web avance par étapes : dans le 1.0, les sites Internet offrent des liens permettant de changer de page (on surfe…) ; avec le 2.0, le développement les blogs et réseaux sociaux permet à l’internaute de publier lui-même, d’interagir (on partage…) ; Les objets intelligents et connectés ouvrent sur le 3.0 (on relie…). Le terme 4.0 s’applique à l’industrie, quand les ateliers deviennent capables d’ajuster eux-mêmes les paramètres de fabrication grâce aux robots, à l’exploitation des données et à la mise en réseau de tous les composants (on produit…).

La Banque 4.0. Le Figaro l’illustre dans un article du 14 juin 2015 titré « Les géants de l’Internet chinois inventent la banque 4.0 » : financements en ligne par reconnaissance faciale sur smartphone (WeBank), système de paiement sur réseau social (WeChat) ou adossé au site marchand (AliPay). Ces nouveaux services s’appuient sur l’usage quasi généralisé des réseaux sociaux, les technologies émergentes d’identification et d’authentification, et bien sûr, les données utilisateurs disponibles.

Le Conseiller 4.0. On devrait dire « Conseiller augmenté », combinant le meilleur de l’humain et des technologies (voir article des Echos). Les clients disposent de services en ligne directs et instantanés très performants. La relation est multicanale, multiréseaux, et multisources grâce à l’usage des données. Les tâches administratives sont confiées à des automates qui savent parfaitement reconnaître les documents, les interpréter et les exploiter. Le conseiller est alors quasiment en permanence concentré sur le client, sa situation, ses besoins. Il accompagne les situations de vie plus que qu’il ne traite les demandes ou opérations.

3 commentaires sur “LETTRE AUX BANQUIERS

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