DE LA RICHESSE…

En attendant l’appel des voyageurs, je me plonge dans le livre de Giacomo TODESCHINI, « Richesses franciscaines » (Verdier, 2008). Puis, en m’engouffrant dans la passerelle qui conduit à l’avion, je lis l’affiche d’un confrère, reproduite ici, censée susciter l’intérêt des passagers.

Voilà un monde de demain qu’il est beau ! Vous n’avez pas deux ans que déjà vous avez des chaussures cirées et un patrimoine ! Un monde où avant d’avoir étudié, fait vos expériences, affirmé vos goûts, pris la mesure de votre place dans le monde, vous êtes déjà « héritier », propriétaire d’une part du monde ! Mais quelle place cette « idéologie » laisse-t-elle au talent des personnes, au mérite personnel, aux désirs tout simplement ? Quelle place laisse-t-elle à ceux qui n’héritent de rien ? Comment peut-on lire ce genre de promesse sans s’interroger sur la société que nous créons ?

J’en reviens à mon livre, un excellent livre. Je croyais (comme beaucoup) que les bons catholiques abhorraient les marchands et les banquiers et qu’il avait fallu attendre Calvin, les protestants, pour ouvrir la voie au capitalisme, ce que Max Weber nous a dit en 1904. Et je lis que François d’Assise et ses frères avaient bien avant Calvin vanté la place du marché dans nos sociétés et initié le capitalisme moderne ! Au début du 11° siècle, la société de marché se développe, la finance prend force, une richesse nouvelle naît non pas du travail visible de l’homme mais de l’espace, du temps… Est-ce bien moral ? C’est à cette époque que François d’Assise quitte le monde des marchands pour choisir la pauvreté radicale et crée un ordre qui refuse les avantages des monastères pour vivre de mendicité. Ce faisant, ces pauvres, ces frères mineurs, réfléchissent sur la richesse qu’ils refusent et construisent les premières théories économiques.

Le capitalisme, héritage d’un ordre mendiant, de frères mineurs Franciscains, de moines qui ont fait le choix radical de la pauvreté, est-ce crédible ? Si les Franciscains s’intéressent les premiers au sens des échanges, au fonctionnement des marchés, à la formation des prix (au 13° siècle surtout), c’est justement qu’ayant fait le choix de la privation, ils savent faire la différence entre le nécessaire et le superflu. Pour eux, il est essentiel de connaitre le « vrai » prix du nécessaire. Et c’est le marché qui leur répond, espace où les contrats fixent la valeur des choses et du travail des hommes. Pour cette raison, s’ils condamnent l’argent stérile, la thésaurisation qui ne sert que la cupidité d’un individu ou d’une famille, ils vantent l’argent actif et ceux qui le font circuler, commerçants, artisans et même banquiers, qui anticipent et le font fructifier. L’argent est pour eux une unité de mesure, pas un objet précieux, et ils encouragent les laïcs à contribuer à l’édification de la société.

Quand on parle de crédit et de confiance, on oublie que ces mots font référence à la croyance et à la Foi et relèvent du religieux. Les Franciscains nous rappellent que la cohésion sociale prime sur tout. Ils ont inventé les Monts-de-Piété, prototypes de la banque moderne et de la banque coopérative, et distribué des microcrédits dans une économie qui manquait cruellement d’argent. Leurs réflexions sur la valeur de l’échange, leur conception élevée de la richesse, assimilée au bien-être collectif de la communauté, nous interrogent dans un siècle où producteurs, commerçants et entrepreneurs sont confondus avec héritiers et rentiers, alors qu’ils ne servent pas la même cause…

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