ELOGE DU DESORDRE

Depuis la publication de « Un peu de désordre = beaucoup de profits », on trouve plusieurs articles sur le oueb pour vanter les vertus du fouillis au travail. Ce livre est la version française de la « Théorie de la désorganisation et comportement désorganisationnel : vers une étiologie des désordres », ouvrage d’un professeur d’organisation tout à fait respectable de l’université américaine de Columbia, Eric Abrahamson. Celui-ci constate qu’il est moins coûteux de passer quelques minutes à rechercher un document dans un « tas » mal rangé que de perdre des heures à classer minutieusement des documents dont on n’aura peut-être plus jamais besoin. D’autant que même les plus soigneux oublient leurs propres critères de rangement, ce qui rend leurs recherches parfois longues et infructueuses !

N’étant pas moi-même un fana du rangement, j’apprécie ces arguments solides et incontestables qui viennent à propos pour justifier trente années de pratique assidue fondée sur la seule intuition. J’ajoute que le développement des messageries et documents électroniques renforce la démonstration puisqu’il rend moins utile encore le rangement méticuleux de rapports et papiers. Ceci dit, le bazar se déplace du bureau physique au bureau virtuel…

« Si un bureau en désordre dénote un esprit brouillon, que dire d’un bureau vide ? » Albert Einstein

Bien entendu, tout est question d’équilibre. On comprend que les entreprises qui raffolent d’ordre, donc de hiérarchie et de procédures, soient rapidement paralysées et peu productives. Mais celles qui abandonnent toute discipline deviennent vite ingérables. Retenons qu’un peu de désordre fait du bien, développe l’imagination et stimule l’innovation. Tous ces « tas » qui fourmillent d’idées ont en effet le mérite de rapprocher, donc de mettre en dialogue, des sujets très différents, ce qui est très bon pour la créativité. De plus, le désordre qui ne s’accommode pas de silos, cloisons, et autres tours d’ivoire puisqu’il n’aime ni les cases, ni les étiquettes, va de pair avec transparence et coopération, management collaboratif et initiative, autant de qualités recherchées dans nos organisations. On voit bien que là où l’ordre, plutôt hiérarchique, met de l’étanchéité, le désordre, plutôt transversal, met de la porosité, et que le fonctionnement y gagne en souplesse, en réactivité, en échanges. A condition bien sûr que l’objectif commun reste clair, et que tout le monde s’y range… si j’ose dire !

3 commentaires sur “ELOGE DU DESORDRE

  1. Bonjour Jean.
    Je m’étais précipitée sur ce bouquin à sa parution! Heureuse de de partager une forme d’originalité…
    A partir d’un certain nombre d’intervenants, les organisations ont besoin d’un cadre de référence pour fonctionner, ne serait-ce que pour partager ce qui est le plus efficace et pour garantir la continuité de l’activité (donc la prise de relais entre plusieurs personnes). Mais la plupart du temps, ce cadre peut être défini en commun (et non uniquement par la hiérarchie) et quand on veut bien y regarder de plus près, peu finalement ne représenter qu’un petit dénominateur commun. Seulement cette façon de fonctionner est beaucoup plus exigeante pour le management car il doit s’adapter à plusieurs méthodes. C’est plus simple de n’avoir qu’une tête en ligne et de couper tout ce qui dépasse… Sans doute avec les nouvelles générations dites « Y », cette faculté sera plus développée. Vivement demain!!!
    France.

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  2. Bonjour,

    Je partage votre point de vue sur un désordre qui se veut, a minima, organisé. Il est certainement un des modes de management des plus performants en ce temps d’objectivité économique croissante et ses conséquentes incidences, à condition qu’on veuille le laisser se placer dans l’organisation.

    Ce mode de fonctionnement est bien un aspect de notre personnalité, il s’apprend avec notre environnement familial, éducatif et professionnel, et social pour ceux qui le cultivent. Tant que ce désordre reste dans notre environnement personnel, bien souvent l’on s’y retrouve. Il devient alors nécessaire de le structurer dès lors que le support qui nous rassemble sert l’intérêt général voire l’avenir économique.

    Dans nos activités professionnelles dont l’intantanéité et l’interactivité croissent continuellement, il devient important, au sein de nos entreprises, d’en améliorer l’ordre, si l’on entend le sens « organisation », pour assurer la continuité du service rendu, s’organiser pour passer le relai, faire les « transmissions » comme on l’appelle dans le jargon hospitalier. Devant la réduction contenue des effectifs, ce développement est devenu incontournable dans l’évolution de nos organisations avec la nécessaire polyvalence et la mutualisation des compétences.

    Cette capacité de liberté d’être et de faire, dans le respect des « us et coutumes » et du « savoir-vivre ensemble » que l’on retrouve au sein de la plus modeste vie sociale que représente la cellule familiale ou la vie associative jusqu’à la plus grande entreprise repose sur la volonté et la capacité du « Pilote ». Car c’est lui qui donne le « La » et toutes « les nuances » qui apporteront un sens à l’action, l’imagination et la créativité. Ce sont aussi des qualités de management qui génèrent des résultats. C’est avec son équipe qu’il peut influencer humainement chacun des acteurs et permettre un certain « lâcher prise » au sein de l’organisation dont il a la responsabilité, cela dans la limite du désordre et de son respect. Votre organisation, votre mode de communication et le développement de vos services, à mon sens, y ressemblent.

    Je pense que c’est un état d’être pour soi et avec les autres et que l’organisation du désordre professionnel ne peut se construire au mieux qu’au plus proche de l’écoute des utilisateurs finaux eux-mêmes, clients ou patients. Je peux témoigner, pour être amener à les évaluer, de quelques organisations les mieux inaccessibles formatés et parfaitement contrôlés par des cellules définissant l’ordre (des autres) au cours de larges et multiples « réunionites aïgues ». Dans un tel environnement, le taux d’absentéisme, les indicateurs de performances, la qualité du travail, les délais de traitement et l’ambiance déclinent régulièrement. Et ce n’est pourtant pas le moment!

    C’est quelque part à mi-chemin que se réalise l’acceptable en effet, comme le soulignait Paul Valéry : « Deux dangers ne cessent de menacer le monde, l’ordre et le désordre »

    C’est bien au service de l‘autre, même avec désordre utilisé avec respect, que l’entreprise génère non seulement de meilleurs résultats mais bien souvent aussi, de la bonne humeur.

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  3. qui a dit « il vaut mieux avancer dans la pagaille que piétiner dans la merde »?

    un ancien DG de l’ancienne CRCAM des Htes Pyrénées le répétait souvent!

    çà ne nous a pas toujours réussi…

    ordre ou désordre? comme souvent,la réussite provient d’un mélange des deux

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