PASSÉISTE OU FUTURISTE ?

BVA vient de réaliser un sondage les 6 et 7 décembre derniers en demandant aux Français s’ils préféreraient aller vivre dans le passé ou dans le futur. Eh bien, s’ils pouvaient utiliser une machine à voyager dans le temps, la majorité d’entre eux (54%) préfèrerait le passé plutôt que le futur (44%). Bien sûr, l’Institut s’intéresse aux préférences politiques des répondants, et nous dit (on pouvait s’en douter) que les conservateurs sont plus nombreux à préférer le passé. Mais le clivage n’apparait pas si net que cela et passéistes et futuristes se trouvent dans toutes les sensibilités.  Il me semble que l’enseignement le plus surprenant de ce sondage est que les personnes les plus âgées votent massivement pour le futur (63%) au contraire des plus jeunes (41% seulement !).

Cette photographie de la France fin 2012 n’est pas inintéressante. D’abord, elle reflète les difficultés de notre société à vivre positivement les grands changements en cours. Ce n’est pas surprenant puisqu’ils lui sont le plus souvent présentés sous l’angle « problèmes et risques » et pas sous celui « solutions et opportunités ». Ces changements portent évidemment les deux dimensions, mais dans nos médias, dans nos discussions, dans nos discours, on en souligne presque toujours la plus inquiétante. Il est intéressant de se demander pourquoi les plus vieux font davantage la part des choses ? Et à qui profitent cette nostalgie et ce pessimisme dominants ?

Les vieux, ils savent que si l’Europe est difficile à construire, d’où ses « problèmes et risques », la situation du vieux continent n’a rien à voir avec ce qu’ils ont connu ou que leurs parents ont connu. Que jamais nous n’avons été aussi près d’une vraie Union. Que jamais nous n’avions vécu tant d’années sans combat sur nos terres. Les vieux savent que s’il y a « problèmes et risques » alimentaires, environnementaux, médicaux, jamais la sécurité et le bien-être des personnes, jamais l’âge de fin de vie n’avaient été portés aussi loin. Et que jamais la conscience de responsabilité, bien sûr insuffisante, n’avait été aussi forte. Les vieux sont de plus en plus nombreux à utiliser les réseaux sociaux, à s’émerveiller devant cette explosion de créativité, et se rappellent qu’il y a peu il fallait plus d’une semaine pour recevoir des nouvelles d’un enfant parti au bout du monde. Je pourrais multiplier les exemples. Vous aussi !

Vous me direz, et le chômage, et le coût de la vie, et toutes les dépenses contraintes qui ne cessent d’augmenter, et l’accès au logement, l’accès aux études, et, et…  Oui ! Ce sont nos « problèmes et risques » d’aujourd’hui comme il y avait ceux d’hier et comme il y aura ceux de demain. Mais être à 54% convaincus que l’avenir est moins attirant que le passé, c’est déjà décider que nous n’arriverons pas à trouver les « solutions et opportunités », et qu’il est donc inutile de contribuer chacun à les chercher ! Un peuple, un pays, peut faire lui-même son malheur, simplement parce qu’il baisse les bras, qu’il renonce, qu’il se résigne. Est-ce ce que nous voulons ? Je suis révolté quand j’entends dire avec condescendance (orgueil ? vanité ?) que la France est mal-partie, mal gouvernée, inexistante, dépassée, que nos voitures, nos dirigeants, nos élus, nos chercheurs, nos philosophes, nos banques, nos entreprises, nos syndicats, etc., ne valent rien de la bouche de gens qui ne font rien que sourire en attendant les preuves du grand échec pour pouvoir dire satisfaits « Je l’avais bien dit ! ».

D’où la seconde question : « A qui profite le défaitisme ambiant ? ». Sans doute à tous ceux qui doivent leur situation aux équilibres d’un passé qu’ils idéalisent pour le faire vivre encore et encore. « Encore un peu de temps, Monsieur le bourreau ! ». Les journalistes dénoncent les réseaux sociaux qui causent le suicide des jeunes, abritent moult escrocs, trompent les gens. Les règles et les lois écartent les nouveaux acteurs sous prétexte de sécurité, et renforcent les situations établies. Les gouvernants, même sans argent, continuent d’expliquer qu’ils maîtrisent et protègent. Les groupes de pression, si puissants en France, expliquent et démontrent qu’il faut consolider, renforcer, règlementer, conserver. Et tout cela tente de contenir hors de nos frontières cet élan de liberté qu’apportent les nouveaux modes de relation. Le pessimisme sert les intérêts des situations bien établies, mais il ne sert pas l’intérêt du Pays ni celui des Français…

Alain, le philosophe, a dit : « Le pessimisme est d’humeur ; l’optimisme est de volonté ». J’interprète en disant que l’optimiste est acteur, déterminé, tourné vers la construction, vers l’avenir. Qu’il ne se résigne pas, prend sa part, avance. Il a confiance et il fait. Un pays qui vote contre l’avenir, qui se refuse à s’y projeter, à l’anticiper, peut-il être « compétitif » ? La compétitivité, c’est sans doute beaucoup plus une affaire de psychologie que de lois !

2 commentaires sur “PASSÉISTE OU FUTURISTE ?

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