ADAPTATIONS BANCAIRES

L’Europe sera-t-elle en mesure ces prochaines années de financer efficacement son économie? Pourra-t-elle maintenir son tissu d’entreprises de taille mondiale? Les soutenir et soutenir leurs exportations? Saura-t-elle maintenir pour ce faire son système financier aujourd’hui de premier rang? Le monde bancaire européen sait que cette question est brûlante. Alors comment se fait-il qu’on en parle si peu?

Certes, les Européens, parmi eux les Français, sont pressés de voir punis les acteurs de la finance qui leurs ont été présentés comme les premiers responsables de la crise actuelle. On comprend qu’ils ne soient pas spontanément sensibilisés au sujet, tout comme on peut s’expliquer que les grands banquiers, soucieux de ne pas raviver ces critiques, restent quasi-taiseux. Pendant ce temps, des contraintes réglementaires en Fonds Propres et  liquidités se mettent en place sans qu’on en explique au public les conséquences. Elles programment pourtant un sérieux affaiblissement des banques européennes qui se répercutera sur l’économie de nos pays.

Que se passe-t-il ? Les normes prudentielles imposées par Bâle III, applicables à compter de 2013, sont déjà prises en compte et la transformation des banques est d’ores et déjà engagée à rythme soutenu. Elles s’adaptent à l’accroissement de leurs besoins en Fonds Propres pour les prêts octroyés et à l’allongement de la durée de leurs refinancements pour satisfaire aux nouveaux ratios de liquidité. Ces mesures réduisent les capacités de prêts à l’économie et pèsent sur les taux puisque, dans un contexte de rareté, les banques doivent trouver des capitaux plus nombreux et plus longs, donc plus chers.

Les réponses sont connues. Les banques se désendettent pour réduire leurs besoins de Fonds Propres et refinancements. Déjà, la BCE constate depuis dix mois une restriction des crédits aux entreprises. Déjà, les grandes entreprises européennes font appel aux banques américaines ou asiatiques pour financer leurs nouveaux besoins. Déjà, les banques américaines renforcent leurs équipes en Europe pour saisir ce marché qui leur tombe dans les mains. Alors, les banques européennes cherchent des parades. Elles vont continuer de réaliser des crédits, mais vont ensuite les céder à des investisseurs. Ce modèle, dit « originate to distribute », se développe par nécessité dans la Banque de Financement, car ces évolutions concernent surtout les plus grandes entreprises. Alors que celles-ci se financent en Europe pour moitié auprès des banques et pour moitié sur les marchés financiers, cette répartition est de 30/70 aux USA. Les mesures qui se mettent en place vont rapprocher le modèle bancaire européen de l’anglo-saxon.

Est-ce là ce que nous voulons? Si les Européens attendaient que les banques financent davantage l’économie réelle et réduisent leurs activités de marché, ces règles sont contre-productives. Si les Européens attendaient que leurs banques soutiennent l’activité en période de ralentissement économique, c’est le contraire qui est en marche. Si les Européens attendaient que leurs grandes entreprises soient soutenues sur les marchés internationaux, ces règles y sont contraires. Et si les Européens voulaient se protéger des accidents financiers, pourquoi va-t-on en marche forcée vers le modèle de banque US qui est justement celui qui, mal maîtrisé, a provoqué la crise des subprime? Pourtant, rien ne semble faire douter les décideurs européens. Pourquoi ?

Il faut voir dans cette contradiction évidente la volonté de répondre du mieux possible aux demandes pressantes des anglo-saxons. La conformité aux règles américaines devient un enjeu incontournable pour les banques européennes, qui certes dépendent de la réglementation de l’Europe, mais doivent se soumettre aux règles américaines dès lors qu’elles interviennent en dollars. Refuser signifierait s’exclure de cette devise, donc des marchés internationaux puisque le dollar est utilisé même par les Russes quand ils achètent du matériel allemand ! La force de la devise fait la force de ses règles, et la raison du plus fort…

Au final, ce qui se met en place et qui nous est présenté comme un dispositif de nature « à sécuriser le système financier » peut être vu comme une machine à affaiblir l’économie européenne et ses banques. Si on ne peut pas reprocher à un pays concurrent de défendre ses propres intérêts, on peut reprocher à l’Europe de ne pas bien défendre les siens…

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