OPTIMISME

« Arrêtons de broyer du noir, c’est auto-réalisateur » m’interpelle un ami. Il a sans doute raison, un peu du moins, parce que les nouvelles ne sont pas bonnes et les chiffres peu enthousiasmants. La Grèce est attendue sur la désignation d’un gouvernement et sa capacité à reprendre ses finances. En Espagne, les besoins de financement de la sphère publique et du système bancaire – dont la situation de Bankia révèle l’ampleur – font exploser le coût du financement. La contagion s’installe en Italie où la pression fiscale devient insupportable. Le Portugal est confronté à une sous-compétitivité chronique, l’Irlande n’en a pas fini avec sa crise financière. Nous même n’allons pas bien. Partout, l’équation semble impossible. Les bons vieux remèdes, dévaluation, inflation, étant prohibés en zone Euro, reste la spirale connue : moins de croissance, moins de rentrées budgétaires, plus de coûts sociaux, donc plus de dette, faillites d’entreprises peu compétitives, donc chômage, donc migration des actifs, donc transferts d’épargne, donc couts sociaux, donc plus de dettes… Comment être optimiste sans tomber dans le déni ou la béatitude naïve ? On le peut quand même… Pourquoi ?

– Parce que tout le monde comprend maintenant que la crise de la dette cache une autre crise, plus dure, celle de la compétitivité dont les écarts se creusent entre pays. Les pays en risque, longtemps aveuglés par leurs taux de croissance exceptionnels, comprennent que cette croissance était bâtie sur des bulles, financières ou immobilières, et qu’ils ont laissé filer les salaires et les prix au nom d’une prospérité qui n’est plus. Cette prise de conscience est le début de la guérison.

– Parce que l’amoncellement de problèmes oblige l’Europe à tenter autre chose, à chercher des solutions plus radicales. L’organisation de la zone avec une politique budgétaire commune, si longtemps repoussée, est soumise aujourd’hui à trop d’attentes pour ne pas être concrétisée. Tout le monde n’est pas d’accord sur les solutions, sur l’émission d’une dette commune, sur une indemnisation chômage européenne, sur une grande union bancaire, par exemple, mais des solutions sont avancées et chacun sait que des décisions seront prises.

– Parce qu’en envisageant sérieusement la sortie des certains pays de la zone Euro, à commencer par la Grèce, on mesure ce qu’une telle décision emporterait de déstabilisation géopolitique, de décrédibilisation dans le monde, et au final, de régression pour tous. Cette prise de conscience replace les évènements dans l’histoire longue de l’Europe et les décideurs devant leurs responsabilités face aux peuples, bien au-delà des seuls domaines économique et financier.

Pour regarder cette face de la crise qui porte espoir, changeons les mots. Ne parlons plus de contagion, de contamination, de pourrissement, mais de pédagogie, de coopération, de maturité. Ces mots sont aussi dans le dictionnaire. Cessons de parler de « pays de la périphérie » pour désigner la Grèce, l’Espagne, le Portugal. Le dictionnaire nous dit que périphérie désigne « banlieue », ou « ensemble des pays sous-développés », ou encore « environnement d’un lieu qui se proclame Centre ». Ce mot, ni juste, ni flatteur, scelle déjà le sort de ces pays. Parlons plutôt de « pays pionniers » puisqu’ils seront les premiers à expérimenter une intervention européenne construite et efficace.

Vous me direz que la crise de la dette est affaire de chiffres et pas de sémantique ? Je réponds que la psychologie est au cœur de  la crise. Quand les taux d’intérêt auxquels se financent des Etats doublent en quelques jours, quand certains s’enflamment ou s’indignent pour ou contre la mise en œuvre de dispositifs de solidarité, quand les consommateurs cessent de consommer, quand les investisseurs achètent des titres en février et les vendent en mai, la psychologie joue le premier rôle. Et les chiffres qui sont sous nos yeux, têtus, consacrent finalement la psychologie des acteurs. Il est donc possible d’utiliser la psychologie comme remède, comme propagateur de solutions et d’optimisme qui, comme le disait Alain, est question de volonté, quand l’humeur est au pessimisme…

Un commentaire sur “OPTIMISME

  1. cher Jean,
    merci pour le clin d’œil, que j’ai l’outrecuidance de prendre pour moi…. je partage la nécessité du changement sémantique, parce que je suis absolument d’accord que la sémantique impacte le psychologique !
    Et quand cet ami parle de prophétie auto-réalisatrice, il ne dit pas autre chose. Certes la crise est bien ancrée, bien présente, mais sa sortie ne se fera que par un retour à la confiance, obtenue d’abord par la création d’un environnement propice à la confiance, qui commence par la perception qu’on en a : le psychologique précède et détermine l’action.
    Si tu m’y autorises, je reprendrai volontiers ta notion de « pays pionnier »…

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