MUTATIONS

Notre monde est en mutation. Banalité me direz-vous ? Bien sûr puisqu’il ne cesse de bouger, de changer, de se transformer. Bien sûr que nous le savons. Mais à certains moments, on l’oublie, on le voit très stable, très durable, et on se dit qu’après tout, les choses sont peut-être fixées pour longtemps…  Un mouvement de foule secoue au-delà des frontières, une grosse émeute, une révolution, voire une guerre civile si l’armée ne prend pas le parti du peuple, et nous prenons conscience de la fragilité de ces équilibres qui nous paraissaient éternels.

Alors sortent du poste des choses qu’on ne savait plus, qu’on avait oubliées, ou qu’on ne voulait pas entendre, comme les pratiques dictatoriales de tel régime, l’impuissance diplomatique de tel autre, ou encore cette odeur de pétrole et de dollars à laquelle nous étions habitués au point de ne plus rien sentir, un peu comme les résidents de Saint–Gaudens ou ceux de Lacq ne sentent plus les effluves de cellulose ou de gaz. C’est dans l’air, voilà. Et l’habitude, on le sait, est le meilleur ennemi du temps, donc du durable.

Comme nos anciens, nous vivons sans cesse la fin d’un monde. Comme eux, nous n’en avons que vaguement conscience. Avec dans la tête des valeurs, des réflexes, des certitudes du monde d’avant et en même temps des désirs, des idées, des convictions, du monde d’après. Et les deux sont là, déjà, en même temps. Ici et maintenant. Un grand fracas, une guerre qui éclate, un mur qui s’écroule, nous levons les yeux du quotidien et nous apercevons le vieux monde qui s’en va… Le reste du temps, c’est une longue mue silencieuse à laquelle nous ne prêtons pas attention mais dont nous savons déjà qu’elle prépare un temps où nous serons nous, Européens, moins influents et moins riches.

Il faut que les autres peuples, ceux qui étaient en retrait dans les années prospères, revendiquent notre mode de vie pour qu’il nous paraisse aussitôt « invivable », trop consommateur de ressources, épuisant pour la planète et pour l’humanité. Et voilà qu’en plus, pour continuer en Occident cette marche en surrégime, nous avons besoin de leur argent, de leurs crédits, donc de leur confiance. Constat troublant dont il ressort d’évidence qu’il y a quelque chose qui ne peut pas durer. Alors, les yeux sur l’horizon, nous attendons la croissance, la croissance… Mais qui peut penser qu’elle soit la seule solution ?

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