Salade catalane : Corridas et Cargolade

La décision des députés catalans d’interdire les corridas a de quoi surprendre. On est en droit de se demander si alors que «la crisis» s’est installée sur la péninsule ibérique (et en pays catalan) il n’y avait pas de mesure plus urgente à prendre que d’interdire la tauromachie ? Les corridas c’est une économie, avec ses contrats, ses entrées (chères d’ailleurs), ses emplois, ses métiers. Les corridas, se sont des centaines d’élevages sur des terres dont on peut difficilement faire autre chose. Et personne n’est obligé d’y participer…

Jouons les naïfs, comme le font les médias français, qui, dans leur ensemble, voient dans cette décision une avancée «humanitaire» et oublient de signaler qu’il faut chercher la motivation profonde de cette décision dans le rejet par les catalans des traditions andalouses ou madrilènes. Repousser tout ce qui peut, de près ou de loin, ressembler à de l’immixtion du pouvoir central dans leur belle culture est électoralement bon. Ils ont quasiment interdit le flamenco, voient d’un mauvais œil leur «pueblo espanol», et n’ont pas hésité à mettre le feu à la reproduction du bateau de Christophe Colomb qui trônait dans le port de Barcelone dans les années 60. Cette décision est donc d’abord politique.

De deux choses l’une, ou il s’agit d’une mesure idiote, ou elle est réfléchie et repose vraiment sur une volonté saine et affirmée de ne pas faire souffrir les animaux et de contribuer ainsi à éradiquer de la société tout germe de violence. Raisonnons un peu. Le plat national des catalans, leur fierté, c’est la Cargolade. C’est la centaine de petit-gris que chaque convive déguste au sortir du gril le dimanche entre amis. Or, chaque année, des millions de bêtes à cornes périssent dans des douleurs atroces, posées vivantes sur les braises douces des sarments. L’escargot grille lentement. Il ne crie pas, «il chante». Tu parles ! Ceux qui tentent un dernier mouvement pour échapper à l’insupportable brûlure sont aussitôt punis d’une pincée de sel et de piment qui les fait se rétracter aussitôt. Aux dernières secondes de leur vie, ils reçoivent en onction suprême un filet de lard en flamme, qui parfois, pas toujours, met fin à leur souffrance. Oui, un signe de bonne foi des catalans serait d’interdire la Cargolade qui fait 1000 fois plus de morts atroces que la corrida…

Nous devrions dans la foulée interdire le gavage du canard et la saillie artificielle des vaches, puis chercher, chercher encore, comment rejeter toute violence. Et quand la violence contre l’animal sera abolie, il restera devant nos yeux, plus forte, plus dure, plus cruelle, la violence contre les hommes. Alors, comme Abraham égorgeant le mouton à la place de son fils, nous redécouvrirons que puisque l’homme est violent, puisque la nature l’a armé de canines, finalement, détourner cette violence sur l’animal n’est pas si mauvais, et que tuer deux fois l’an six toros bravos pour 5.000 personnes reste encore bien raisonnable… surtout si c’est avec la manière, le courage, l’élégance, la technique, et j’ose le dire au risque de faire rire les opposants tauromachiques, avec le respect pour l’animal ; parce que oui, dans la tauromachie, il y a un vrai respect pour l’animal…

7 commentaires sur “Salade catalane : Corridas et Cargolade

  1. Bonjour monsieur Philippe!

    Comme un blog est fait pour être commenté, je me permets juste de tirer une de vos phrases de son contexte, et de la commenter :

    « Alors, comme Abraham égorgeant le mouton à la place de son fils, nous redécouvrirons que puisque l’homme est violent, puisque la nature l’a armé de canines, finalement, détourner cette violence sur l’animal n’est pas si mauvais, et que tuer deux fois l’an six toros bravos pour 5.000 personnes reste encore bien raisonnable… »

    Donc jusqu’à preuve du contraire, je suis un homme (et j’ai aussi des canines et je m’en sers pour manger exclusivement), mais je ne tape ni sur les gens, ni sur les animaux. On ne peut même pas dire que je me fais violence, puisque je n’ai pas besoin de refréner de telles pulsions!
    Au risque de passer pour un planeur de quatrième catégorie, je suis prêt à affirmer que le potentiel de violence contenu dans chaque être humain peut être « catharsisé » vers d’autres voies que la tauromachie, le combat de coqs ou de chiens. Lorsqu’on écrit un livre, peint un tableau; lorsqu’on court comme un dératé dans la forêt jusqu’à épuisement; lorsqu’on hurle dans un micro sous les couinements de guitares électriques, c’est nettement plus jouissif, inoffensif et efficace que de torturer à mort des animaux qui n’ont rien demandé. Quelle que soit la taille de leurs cornes, d’ailleurs!

    Et je terminerai par ceci : Si « les corridas c’est une économie, avec ses contrats, ses entrées (chères d’ailleurs), ses emplois, ses métiers »… Il est toujours temps de remettre un modèle économique pareil au placard, et de le remplacer par quelque chose d’un peu plus sain, et humainement acceptable!
    😉

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  2. Votre texte est triste à pleurer ! En tant que client du Crédit Agricole, je me permets de m’insurger. Parler de technique de courage et d’élégance en parlant de corrida, pour moi, c’est un peu comme dire que dans l’esclavage, il y avait quelque chose de classieux. En tous les cas, vous avez raison, la corrida est une économie, comme l’esclavage l’a été.
    Vous pouvez tourner autour du pot tant que vous voulez. La corrida est une barbarie et peu à peu, elle disparaitra.
    Autre chose, il y a toujours plus urgent que de s’occuper du bien être des animaux, dans cette époque où l’homme se prend pour le centre de la terre.
    Vous feriez bien de faire un peu le ménage chez vous, au Crédit Agricole en ce qui concerne vos investissement internationaux qui vont à des projets particulièrement pollueurs(Lire quelques infos ici : http://www.bizimugi.eu/

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  3. Monsieur le Directeur Général du Crédit Agricole Mutuel Pyrénées Gascogne, je me permets de vous dire que votre titre ronflant ne vous donne pas le droit de vous exprimer au nom du Crédit Agricole sur des sujets d’éthique que visiblement vous ne maîtrisez pas le moins du monde.
    A quand un « post » de vous pour nous dicter en vous servant de votre titre ce que vos clients actuels et futurs doivent penser du racisme ou de la prostitution chez la limace?
    Je suis l’une de ces clientes et je me permets aussi de vous dire que je trouve votre conduite et vos propos inqualifiables.
    Avec tout le respect que je vous dois, égal au respect que, via la tauromachie, vous daignez accorder au taureau—–

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  4. Bon. Merci de vos commentaires. Je respecte ces avis. J’espère que la caractère humoristique du billet n’aura échappé à personne et je demande à ceux qu’il a choqué de bien vouloir m’excuser. J’ai parlé depuis 3 ans sur ce blog de notre métier, de nos actions sur le développement durable, de missions en Afrique, des investissements en énergie renouvelable, de toutes les actions que Pyrénées Gascogne conduit avec persévérance pour contribuer à un monde plus responsable. J’ai parlé des « Mots du mutualisme », du métier de banquier et de son rôle pour et dans la société, de la place essentielle des coopératives. Et j’aurais vraiment apprécié que ces sujets qui nous tiennent profondément à coeur suscitent autant de réactions et de motivation. Ce temps viendra sans doute… Bon. pour faire des progrès, je vais relire René Girard qui a écrit sur la violence dans la société des choses intéressantes….

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  5. un post bien utile. actuellement en vacances à Barcelone,je me demandais pourquoi je ne pouvais pas montrer le bateau de Colomb (que j avais moi mème vu) à mon gamin…
    et puis ça fait plaisir de voir que la fréquentation de ce blog se renforce !

    à titre personnel, j’ai toujours fuit les discussions sur la corrida, la chasse ou encore le motocross sur chemins vicinaux… trop risqué 🙂

    pourtant, vous l’avez dit, si la cruauté envers les bêtes à cornes était le vrai ressort de cette mesure, il y en aurait d’autres à prendre. à commencer par l’interdiction de consommer de la viande… mais ce n’est pas une tradition exclusivement madrilène, elle a donc encore de beaux jours devant elle. j’ajoute qu’en tant qu’enfant du marais poitevin, je suis solidaire de tous les mangeux de lumas…

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  6. Bonjour à tous.
    Je suis catalan, je ne suis pas un inconditionnel de la corrida, je n’y vais pas.
    Il est quand même temps d’arrêter de dire aux autres ce qu’ils ont à faire ou à ne pas faire, ne croyez-vous pas ?
    Vous n’aimez pas la corrida, n’y allez pas, dites ce qui vous gène dans cette pratique, défendez votre point de vue, mais interdire est au même niveau d’intolérance qu’obliger, le seul moyen est de convaincre.
    En ce qui concerne le mal que l’on peu faire aux animaux, il est bien difficile d’ignorer que dans nos vies nous avons été bourreaux ou au moins complices de tueries. Qui n’a pas apprécié un plat à base de viande?
    Les animaux abattus subissent un stress incessant au long de leurs courte vies, jusqu’à l’épisode suprême de l’abattoir. Un toro de combat, vit plusieurs années en liberté (5 ou 3 Ans je crois) suivant s’il est « novillero » ou « toro » avant d’aller à son combat. Trop rarement dans une arène, certains toros sont graciés, et retourne dans leurs pâturages. Les bœufs (toro châtré, déjà pas marrant) ne reviennent jamais.
    Si l’on me donnait à choisir d’être l’un ou l’autre, mon choix serait immédiat. Parce que je finirais ma vie en me défendant contre la mort et en me battant.
    Cette façon de voir les choses peut paraitre naïve ou sortie d’une autre époque mais elle me semble aussi respectable, que la radicalité d’une interdiction. Car celle-ci ne pourra s’apparenter qu’à un manque d’arguments convaincants pouvant rallier les autres à votre analyse.
    D’autre part il est certain que sans corrida les toros de combat ne seraient plus. Malheureusement, le tribut qu’ils payent à l’homme est leur survie.
    Je veux ajouter, qu’il est dangereux d’appliquer à l’animal, la même compassion que l’on pourrait destiner à l’homme. Que souvent ceux qui défende à corps et à cris le pauvre toro sont les même qui possède des animaux de compagnie réduit au rang de faire valoir, auxquels on impose un immonde régime de croquettes (il parait qu’ils aiment cela, mais jamais aucun ne l’a dit), auxquels on enlève tout réflexes ayant cours dans leur vrais nature en les affublant d’habits ridicules ou de noms de personnes et qui la plus part du temps obéissent sans discuter. La encore, je préfère être toro.
    En ce qui me concerne, je vis très bien ma catalanité, et je vais continuer à déguster mes gastéropodes préférés, inondés « d’aïl y oli » Si au même instant quelque part dans le monde, le matador se prend pour dieux et donne la mort, ou si le chat du voisin s’amuse avec une souris avant de lui donner l’estocade, je vous promets de verser une larme. Mais si ceci reste la seule atrocité dont l’homme est capable, j’en apprécierais d’autant mieux le petit verre de Collioure qui va avec les escargots.

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