Faut-il encore condamner les banques ?

L’abus de crédit restera le fait marquant des années 2000. De l’argent, beaucoup d’argent, facilement disponible et pas cher du tout. Voilà comment une grosse bulle est née, entretenue par une politique monétaire « conciliante », c’est-à-dire maintenant durablement des taux d’intérêt très bas. Sur ce socle s’est développée la crise immobilière américaine, celle des fameux subprimes. Sur ce même socle vient d’éclater la crise qui touche plusieurs pays européens. Dans chacune de ces crises, les banques ont joué un rôle fondamentalement différent.

Dans la crise des subprimes, l’approvisionnement en capitaux a été facilité par la titrisation et ses produits dérivés. Ces mécanismes complexes ont mobilisé des belles intelligences qui se sont concentrées sur le traitement, l’achat et la vente de « paquets » de créances au point d’oublier de vérifier la qualité de leur matière première. On n’a vu que trop tard que des pseudos-banquiers prêtaient à des milliers de ménages américains insolvables au-delà du raisonnable et avec d’autant moins de scrupules qu’ils livraient leurs crédits sitôt réalisés aux grandes usines financières. Un peu comme si une entreprise agro-alimentaire consacrait son attention à l’emballage et la publicité plutôt qu’à la qualité de ses produits (ce qui bien sûr, n’arrive jamais ;-)). Les acteurs de la filière, banquiers mais aussi ceux chargés du contrôle et de la régulation des opérations, ont eu tort de ne pas vérifier davantage la qualité des crédits de base. Ils le reconnaissent.

Dans le cas du financement de la dette publique et des crédits commerciaux accordés dans des pays aujourd’hui considérés en difficulté financière, on ne peut pas faire aux banquiers ce même reproche. Ces financements relèvent de leur activité traditionnelle. Ils font partie de leur métier et de leurs missions. Ils servent l’économie réelle et n’entretiennent aucune spéculation. Ils ont été réalisés dans le respect des règles de prudence de la profession. A la question « Est-il normal ou non que les banques prêtent aux économies d’Europe et à ses Etats ? » La réponse est « Oui bien sûr ! ». « Mais il faut savoir s’arrêter !» me direz-vous. Oui, justement, or que se passe-t-il ? En parcourant le Web, vous lirez qu’on reproche autant aux banques de s’être trop engagées dans le financement de ces pays que de leur avoir coupé les vivres. Les banques ont pourtant agi en faisant tout simplement leur métier, qui n’est pas toujours tranquille.

Ah ! J’oubliais de parler des spéculateurs fauteurs de crise qui ont suscité l’indignation. On a naturellement dénoncé les agissements des banques alors qu’il y a bien d’autres intervenants financiers sur les marchés ! De toute façon, chacun a entendu lundi « que les spéculateurs y ont été finalement pour leurs frais ». Mais soyons clairs, il n’y a de « spéculation » que lorsqu’il y a une espérance de gain, donc probabilité forte de renversement de situation. Et cette probabilité ne nait pas dans l’imagination de quelque trader avide, mais bien dans la lecture de faits concrets, ici les déficits budgétaires et les atermoiements politiques. S’il est un point commun aux subprimes et aux déficits publics, c’est que l’origine de la crise est à rechercher d’abord dans les réalités du terrain.

7 commentaires sur “Faut-il encore condamner les banques ?

  1. Vous avez raison , bien avant les « subprimes » certains s’inquiétaient déjà sur les opérations comptables destinées à embellir les finances publiques des différents pays de la future Zone Euro.
    Récemment Le Wall Street Journal en donnait quelques exemples : De 1997 à 2003, la Grèce a invoqué le « secret défense » pour ne pas déclarer 8.7 milliards d’euros de dépenses militaires. En 1997, toujours dans l’optique d’entrer dans l’euro, l’Italie a conclu un swap de devises pour réduire son déficit budgétaire de 0.05%. Enfin en 2001, le Portugal a minoré de moitié son déficit budgétaire en imputant des subventions aux entreprises publiques comme recettes au budget de l’Etat.

    Puis vint la prolifération financière, rien de plus normal (cf; le socle que vous décrivez) mais pour certaines banques privées américaines avec ……publicité mensongère. C’est en tout cas ce que tente de démontrer le procès de Goldman Sachs. http://online.wsj.com/public/resources/documents/secgoldman2010-04-16.pdf
    La banque est poursuivie pour fraude sur une obligation adossée à des prêts immobiliers. Le produit financier dérivé en question a été conçu par le fond spéculatif de John PAULSON. Cette manipulation lui aurait rapporté 1 milliard de dollars. (Votre note du 10/02/08)

    D’ailleurs, comme le dit justement Nikos SCANDAMIS (professeur de droit communautaire à Athènes) dans le journal Sud Ouest d’aujourd’hui, le mal fait à la Grèce n’est pas dû à la nervosité des prêteurs (ils ont couverts les risques sur tous les prêts) mais bien à l’existence de ces produits dérivés qui servent à ces gens qui ne prêtent même pas d’argent.
    Dommage qu’au nom de l’Innovation financière on n’ait pas voulu les interdire.

    En parcourant le WEB, j’ai découvert que Le vice-président de la Banque Centrale Européenne est Grec, le médiateur de l’Union est Grec, le président de la Cour de Justice est Grec….et que certains parlent de commission PECORA pour l’Europe.

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  2. Vous avez raison de faire la différence entre les rôles des banques (et autres financeurs bien entendus) dans les deux crises.
    Sauf que les deux crises sont en partie liées. La Grèce a préparé son propre lit, oui, mais c’est la récession déclenchée par la première crise plutôt financière qui a encouragé les prêteurs de regarder dans la chambre!
    Pas d’excuse s’ils n’ont pas changé les draps, mais en ce qui concerne l’Espagne (et la France, et la Royaume Unie et …) les dépenses ont augmenté beaucoup plus rapidement largement à cause de la crise, n’est-ce pas ? N’oublions pas que les Etats (c’est-à-dire vous et moi derrière) ont appuyés tous les entreprises en difficulté pour les aider à s’en sortir, y compris les banques. Donc, comme je disais ailleurs sur votre site, il n’est pas déraisonnable du point de vue des gens simples d’attendre un peu de solidarité de retour.

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  3. Oui, d’accord avec vous. En remontant encore un peu plus, c’est-à-dire avant la crise, il y avait « bulle » du crédit et sur-endettement tant des ménages américains que des Etats. C’est vrai que le retournement économique a aggravé la situation, et que l’absence de croissance l’aggrave encore un peu plus. Mais le déficit public existait avant. Monsieur Fillon n’a-t-il pas affirmé en prenant ses fonctions de Premier ministre que le pays était en faillite ? Et cette question du déficit public n’était-elle pas déjà au coeur du débat des dernières présidentielles ? Enfin, je ne pense pas qu’on puisse dire que les banques profitent de la situation. Elles sont d’ailleurs « assassinées » en bourse…

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  4. Non bien sur, mais à la lecture du billet, je me demande « Et la nature humaine ? »
    Au delà de l’appat du gain,€, moteur quelque part de l’être humain, n’y a -t-il pas le phénomène Pandora ?
    Si je ne le fais pas d’autres le feront et auront la promotion et donc l’€.
    Le coté altruiste ? Voyons, lorsque l’on sait que l’atruisme est le comble de l’égoïsme. En faisant plaisir aux autres, je maximise mon propre plaisir !
    La politique, surtout cette dernière, pour sentir plus l’ivresse du pouvoir, je dis « amen » à tout et je m’endette … je suis réélu et après tout, j’aurais eu de la croissance et le suivant payera …
    Finalement je trouve cela bien que les marchés aient mis le bazard, révélant les politiques politiciennes décodables par un cercle restreint d’Alumni – les mêmes que ce qui sont au pouvoir !!!
    Finalement, ceux qui n’auraient jamais du rentrer dans l’Europe, vont y rester et faire ce qu’ils auraient du faire il y a 20 ans avant d’y renter … encore une génération de sauver et 2 de gacher ! L’effet richesse ne comble rien !

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  5. Non bien sur, mais à la lecture du billet, je me demande “Et la nature humaine ?”Au delà de l’appat du gain,€, moteur quelque part de l’être humain, n’y a -t-il pas le phénomène Pandora ?Si je ne le fais pas d’autres le feront et auront la promotion et donc l’€.Le coté altruiste ? Voyons, lorsque l’on sait que l’atruisme est le comble de l’égoïsme. En faisant plaisir aux autres, je maximise mon propre plaisir !La politique, surtout cette dernière, pour sentir plus l’ivresse du pouvoir, je dis “amen” à tout et je m’endette … je suis réélu et après tout, j’aurais eu de la croissance et le suivant payera …Finalement je trouve cela bien que les marchés aient mis le bazard, révélant les politiques politiciennes décodables par un cercle restreint d’Alumni – les mêmes que ce qui sont au pouvoir !!!Finalement, ceux qui n’auraient jamais du rentrer dans l’Europe, vont y rester et faire ce qu’ils auraient du faire il y a 20 ans avant d’y renter … encore une génération de sauver et 2 de gacher ! L’effet richesse ne comble rien !
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  6. Non bien sur, mais à la lecture du billet, je me demande « Et la nature humaine ? »
    Au delà de l’appat du gain,€, moteur quelque part de l’être humain, n’y a -t-il pas le phénomène Pandora ?
    Si je ne le fais pas d’autres le feront et auront la promotion et donc l’€.
    Le coté altruiste ? Voyons, lorsque l’on sait que l’atruisme est le comble de l’égoïsme. En faisant plaisir aux autres, je maximise mon propre plaisir !
    La politique, surtout cette dernière, pour sentir plus l’ivresse du pouvoir, je dis « amen » à tout et je m’endette … je suis réélu et après tout, j’aurais eu de la croissance et le suivant payera …
    Finalement je trouve cela bien que les marchés aient mis le bazard, révélant les politiques politiciennes décodables par un cercle restreint d’Alumni – les mêmes que ce qui sont au pouvoir !!!
    Finalement, ceux qui n’auraient jamais du rentrer dans l’Europe, vont y rester et faire ce qu’ils auraient du faire il y a 20 ans avant d’y renter … encore une génération de sauver et 2 de gacher ! L’effet richesse ne comble rien !

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