L’Europe, ses cigales et ses fourmis

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Deux grands économistes s’exprimaient à Pau le 1° avril lors de l’Assemblée générale du Crédit agricole mutuel Pyrénées Gascogne. D’un coté, à gauche sur la photo, Jacques Le Cacheux, directeur du département des études de l’OFCE, de l’autre, à droite sur la photo, Jacques Delpla, membre du Conseil d’analyse économique. Ils ne partagent pas tout à fait la même analyse de la situation économique mondiale, soit, mais ils tombent d’accord sur le diagnostic, ce qui est déjà beaucoup. Et ce diagnostic n’est pas très réjouissant : la Grèce, le Portugal, l’Espagne, comme l’Irlande, ont sur-profité des périodes prospères, laissé leurs ménages s’endetter lourdement, vécu sur les bulles de l’immobilier et du crédit… et leurs Etats se sont endettés massivement quand il a fallu contenir les effets brutaux d’une crise qui a révélé les déséquilibres préexistants.

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Comme vous le voyez sur ces visages, les propos de nos deux économistes ont suscité une perplexité unanime dans le public. De gauche à droite, Eric Rousselin, Directeur des finances de Pyrénées Gascogne, Jean-Claude Rigaud, Président, votre serviteur, et Bertrand Badré, Directeur des finances du Groupe Crédit agricole.


Quand les allemands, en hyper-fourmis, réduisaient leur consommation intérieure, muselaient toute augmentation de salaire, dopaient leurs exportations, les Grecs ou les Portugais dépensaient plus qu’ils ne produisaient, augmentaient salaires et déficits, jouaient la partition de la cigale. Et toute fourmi, on le sait, a quelques réticences à venir en aide à son amie et voisine qui chantait pendant l’été.

De là deux questions : Les pays en cessation de paiement vont-ils s’en sortir seuls ? La réponse est sans doute «non», car il faudrait des dispositions sociales trop drastiques et impopulaires pour être supportables. L’Euro résistera-t-il à cette crise ? La réponse est «sans doute» pour l’un, «assurément» pour l’autre, la principale raison avancée étant qu’un éclatement serait la pire des solutions. Alors, les fourmis vont-elles régler la note ? En partie seulement, et sans se presser… elles vont compter aussi sur les préteurs privés qui pourraient peiner à recouvrer leurs crédits (c’est pour cela que les taux de prêts à la Grèce sont si élevés). Et tout cela ne se fera pas sans condition…


Morales de l’histoire :

– Il vaut mieux pour tout pays éviter de se retrouver en situation d’endettement excessif, cette leçon vaut pour tout le monde, et tout le monde va devoir dans les dix prochaines années faire de la réduction de son déficit public et de l’augmentation de sa fiscalité une priorité.

– Quand on ne fixe pas assez bien les garde-fous, il ne faut pas s’étonner que certains quittent la route. Et si en plus on n’a pas prévu de dispositif de secours, il faut accepter de gérer les crises dans l’urgence et sans solution apriori. Donc l’Europe doit s’équiper…

– Les cigales ne doivent pas s’attendre à un secours rapide et massif en cas de problème. Personne ne voudra effacer trop vite leurs erreurs du passé, ni prendre le risque que les mesures nationales, durables et efficaces ne soient pas mises en œuvre.

Bref, il en va des Etats comme des individus, la solidarité existe, mais il faut d’abord compter sur ses propres forces pour sortir la tête du trou… après, mais après seulement, on peut tendre le bras…

Un commentaire sur “L’Europe, ses cigales et ses fourmis

  1. Quelle responsabilité des Hommes Politiques ? ou quand les états du monde entier vivent au dessus de leurs moyens, poussent le tas de sable de l’endettement en espérant que leurs successeurs hériteront des conséquences…

    Comment conjuguer les variables « plus de dépenses, moins de recettes » et résoudre l’équation « moins d’impôts assis sur l’assiette du revenu (IRPP, IS…) » et » plus de prélèvements sociaux ou impôts directs du type TVA » ?

    Ces comportements irresponsables et le manque de courage poussent les états a déréglementer les crédits (cf. Agrégat monétaire M4) pour accroître la consommation des ménages et par ricochet les recettes de TVA, seule variable d’ajustement pour contenir sur du court terme les déficits publics… sans tenir de la capacité à moyen long terme des emprunteurs à faire face à leurs engagements (no income, no job or asset).

    De cette incapacité à résoudre le problème du chômage – si ce n’est par les départs en préretraite et l’allongement des études (le Bac pour tous, à quand le Mastère) – naît le paradigme de la baisse de l’impôt sur le revenu (payé en France par mois de 50 % des contribuables)…

    Pourquoi ne pointe-t-on jamais la responsabilité des élus qui sur des ambitions/considération de réélection arguent la baisse de l’impôt sur le revenu, oublient les règles de péréquation et de contribution en fonction de ses revenus au financement des services publics ?

    La genèse de cette crise immobilière, financière, économique et enfin européenne me semble plutôt prendre racine dans l’incapacité des états à faire face à leurs déficits… à prendre les mesures conservatoires qui s’imposent pour garantir l’équilibre du budget en mettant les garde-fous (Lois Scrivener ou Neiertz en France) pour éviter toute dérive.

    Franck KRITCHMAR

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