Du quoi et du comment

quoicomment

Laissons de coté le «Où ?» et le «Quand ?», disons que c’est ce qui se passe ici et maintenant qui nous intéresse. Restent le «Quoi ?» et le «Comment ?». Or, une chose me frappe dans la façon de parler du monde, de commenter l’actualité, dans la façon dont les journalistes interrogent les décideurs, et dans celle dont les entreprises parlent de leurs actions, c’est la confusion entre ces deux territoires pourtant bien différents du «Quoi» et du «Comment».

On parle beaucoup plus des choses, qu’elles soient objets ou décisions, que de la façon de faire, du mode d’action. Or dans une société confrontée plus que jamais à l’imprévisible, cette importance relative devrait être inversée. Nous devrions parler beaucoup plus du «Comment». C’est la seule chose qui reste quand survient un évènement qui bouscule les projets, quand il faut changer de cap ou de stratégie, ce qui n’a rien d’exceptionnel. Le mode de fonctionnement, la façon de tenir compte des aléas, la capacité à écouter le monde et les autres, à réagir aux changements, s’imposent de fait comme les qualités premières de tout gouvernement y compris d’entreprise.

Car rien ne sert de mettre en avant des certitudes, aussi pertinentes et étayées soient-elles, si on n’a pas la souplesse nécessaire pour s’ajuster à un monde changeant. La certitude du risque environnemental par exemple fait l’objet de nouvelles contestations. Oublions le plaisir intellectuel qu’a suscité de tout temps la posture de la négation, du contre-pied, pour reconnaître que ces contestations rappellent qu’aucune prévision n’est définitive. Autre exemple, nous affirmons comme une évidence que nous devrons bientôt nourrir 9 milliards d’hommes, mais serons-nous jamais 9 milliards ? Une épidémie pourrait faire irruption, un cataclysme naturel ou encore une démarche organisée (ou spontanée?) poussant l’humanité à s’autoréguler. Je pourrais aussi citer le risque de voir de nouvelles dictatures s’installer y compris chez nous. Si certains n’y croient pas, d’autre considèrent qu’il se réalisera inévitablement. D’où l’importance de penser aux régulations sociales souhaitables (le «Quoi»), mais aussi de s’intéresser toujours aux meilleures formes de résistance, ce qui est du domaine du «Comment».

La seule chose certaine, c’est bien que le monde ne sera pas tel que nous l’imaginons. Il importe donc moins, aujourd’hui, de prendre position sur une vision que le temps de toute façon modifiera, que de nous armer des qualités qui nous permettront de faire face, de nous adapter, de bien réagir. Cette anticipation relève du «Comment». S’agissant de l’entreprise, son efficacité ne réside pas seulement dans sa capacité à améliorer sa performance économique, vendre plus cher, réduire ses charges, accroître sa rentabilité. Elle doit aussi tenir compte des évolutions de ses marchés, de ses clients, et se préparer elle aussi à des changements qu’elle ne peut tous prévoir. Elle a besoin pour cela d’avoir dans son bilan au-delà de ses précieux actifs matériels, des savoir-faire, des expériences, des capacités à réagir, à changer de cap si nécessaire. Elle a besoin de capitaliser sur le «Comment» au moins autant que sur ses actifs.

L’entreprise coopérative peut revendiquer sur ce registre une longueur d’avance. Elle a par construction des palpeurs près du terrain, une gouvernance organisée pour écouter et prendre en compte les signaux faibles et les changements plus importants, un mode de management décentralisé qui privilégie la prise d’initiative et l’innovation. Elle est organisée pour décider près de ses clients, donc pour réagir très vite, s’adapter plus vite que les autres. Elle est pensée pour être efficace sur ce registre du «Comment». Puissent le coopérateur et le mutualiste prendre conscience de ce formidable atout pour le cultiver et le faire produire !

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