La fin des entreprises géantes ?

oeufs-panier

Il y a quelques jours, le Président Obama annonçait des mesures destinées à limiter la taille des grandes institutions financières. Ces dispositions, présentées comme capables de réduire l’activité pour compte propre des grandes banques de Wall Street, donc le volume des activités spéculatives tant décriées pendant la crise, suivent un autre objectif : elles visent à sécuriser le système bancaire qui, on l’a vu en 2008, est exposé à un risque systémique dès lors qu’un de ses grands opérateurs est défaillant. Les entreprises de très grande taille savent qu’elles bénéficieront en cas de problème du soutien public. Il n’y a ni promesse, ni engagement de l’Etat, mais nécessité car il faut bien que l’Etat intervienne pour éviter qu’un désastre ne se propage à tout le secteur financier. Limiter leur taille, c’est répartir le risque, et c’est casser ce lien obligé entre le secteur privé et le secteur public… Ces entreprises sauront qu’elles doivent prendre leurs responsabilités et ne compter que sur elles-mêmes en cas de problème…

Plus récemment, nous apprenons que Toyota, le géant automobile, est mis en difficulté par des malfaçons concernant ses pédales d’accélérateur. A priori, rien de bien grave. Sauf que la taille du constructeur et celle du sous-traitant concerné transforment cet incident industriel en affaire mondiale. Et là encore, des voix s’élèvent pour dénoncer le gigantisme qui conduit à concentrer sur une seule usine des fabrications autrefois réparties entre de nombreux constructeurs et sous-traitants.

Ces deux évènements et les conséquences qu’ils entrainent marquent un changement majeur dans la vision de l’efficacité industrielle. La concentration et le gigantisme industriel, considérés comme des facteurs d’efficacité, de réduction de coûts, de qualité, sont brutalement contestés dans les rangs mêmes des plus productivistes. Un peu comme s’ils découvraient que répartir les centres de décision et de production, c’est diviser mieux les risques. Les entreprises coopératives et mutualistes appliquent pourtant depuis longtemps ce vieux principe paysan : « On ne met pas tous ses œufs dans le même panier !

4 commentaires sur “La fin des entreprises géantes ?

  1. Il est par ailleurs intéressant de constater comment la théorie classique ou néo-classique originelle avait dogmatisé cet anti-gigantisme: parmi les conditions idéales pour que s’exerce une concurrence « pure et parfaite », on trouve ainsi l’atomicité du marché. Une multitude d’agents économiques, d’entreprises, rendent alors possible l’application des formules mathématiques d’une certaine micro-économie. Bref, l’Offre rencontre la Demande, et fixe un prix…

    A l’inverse, la concentration et la course au gigantisme provoqueront forcément in fine des situations de quasi-monopole, qui gripperont les rouages huilés du Marché.

    Et aujourd’hui, un chef d’Etat clairement partisan d’un interventionnisme ciblé mais indispensable, dans le pays berceau du libéralisme moderne, prône le retour à un marché atomisé. En économie, on doit appeler ça l’ironie de l’Histoire…

    Ou alors, encore une fois, c’est que la vérité doit être dans la mesure, le discernement, le « bon sens » diront certains. En tout cas, loin d’une idéologie simpliste et candide.
    La liberté du marché, d’accord, mais sous l’oeil bienveillant et neutre du régulateur. Une économie mondialisée et concurrentielle, certes, mais avec des modèles coopératifs et mutualistes pour jouer la différence.

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  2. Comme je partage la théorie des oeufs ! Il y a bien longtemps, les hommes, parlant un langage unique, voulurent construire une tour à Babel, qui atteigne jusqu’aux cieux. Les oeufs seraient tombés de haut : heureusement, la distinction des langages empêcha les hommes de s’entendre et le projet d’aboutir, évitant trop de casse. Et les nations s’éparpillèrent sur la surface de la terre, chacune avec sa langue et son goût propre, son élevage et ses outils, ses sceaux et ses échelles à mesure humaine.
    Comme j’apprécie aussi ces associations (mutualistes !) de consommateurs qui ne veulent acheter leurs crayons que dans une mine voisine ou leurs oeufs que frais pondus dans un faible rayon autour de leur maisonnée.
    Sans y mettre trop d’absolu (il faudrait que je revende mon carosse venu de Corée du Sud !), on n’a ainsi qu’avantages pour toutes les économies de marchés (villageois ou régionaux): même s’il y a de la casse (ou un gros casse) dans la Rue du Mur à New-York, je pourrai sans trop de peine obtenir du volailler des oeufs pas cassés, sans avoir à courir jusqu’à Asnières avec ma coréenne. Et en prime, j’en aurais 13 à la douzaine : un vrai porte-bonheur !

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  3. Nous sommes tous dans le même panier :

    Comme le souligne Guyonet, il est difficile de remettre en cause une des sources de sa propre Histoire. Les USA restent donc, sans surprise, fidèles aux paradigmes libéraux légués par les pères fondateurs. Les louvoiements de l’administration américaine face au nécessaire « US bank bailout », puis depuis quelques semaines sur les bonus « obscene » montrent la difficulté de l’exercice.< http://www.france24.com/en/20100114-obama-slams-obsene-bonuses-unveils-new-bank-levy-fee
    Comment réformer réellement sans remettre en cause l’American way of life ?
    Comment éviter « le Triomphe de la Cupidité » dénoncé par Stiglist, prix Nobel d’économie 2001,:http://www.eyrolles.com/Entreprise/Livre/le-triomphe-de-la-cupidite-9782918597056

    Les freins sont internes. Avec cynisme certains spéculateurs pourraient invoquer le vieux dicton : « on ne fait d’omelette sans casser des œufs !»
    D’ailleurs Wall Street semble déjà convaincu que cette crise n’est qu’un soubresaut, qu’une purge passagère du système.

    Pourtant, le monde change. Les forces en présence ne sont plus les mêmes qu’au XXème siècle. Les détenteurs d’US bonds sont également nos fournisseurs asiatiques et tôt ou tard il faudra bien régler ses dettes. La planète est devenue pour cette génération et les suivantes un espace instantanément interdépendant en ressources, en produits et services.
    Il est grand temps de diviser les risques systémiques en jouant sur la taille mais aussi sur la diversité, l’innovation. La génétique nous apprend à mieux apprécier l’utile richesse de la différence. Comme dit le slogan du Crédit Agricole à l’International : Back to common sens, It’s time for Green Banking.

    Puisque nous sommes tous dans le même panier, travaillons mutuellement au quotidien avec bon sens pour inventer notre avenir.
    DR

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  4. Répartir le risque n’est pas forcément toujours la bonne solution. On le voit bien avec la crise des subprimes, le risque était tellement réparti qu’on ne savait plus où il était et que cela a gelé le marché du crédit.

    Il faut peut-être plutôt que les activités financières soient plus spécialisées pour être mieux contrôlées (alors qu’on assiste effectivement à des banques universelles planétaires)

    Et surtout, que les régulateurs (re)régulent. Obama et les « influents » (Geithner, Bernanke) arrêtent de faire croire qu’ils inventent des nouvelles solutions (miracles). Ces derniers auraient dû le faire AVANT la crise alors qu’il avait déjà le pouvoir pour les 2 derniers (tout n’est pas complétement de la faute Bush/Greenspan)

    Pourtant cela ne semble pas si compliqué.

    1) il faut à priori rétablir le Glass-Steagall act introduit en 1933 et démantelé en 1999 (pour rappel cette loi sépare les activités de banque d’investissement de de banque commerciale). ceci va bien dans le sens de la réduction de taille

    2) il faut limiter le bras de levier de ces institutions financières qui étaient à plus de 40 en 2007 (alors que celui pour le particulier n’est que 2 aux USA, et de 5 à 10 en France hors produits dérivés)

    3) bien sûr réguler les activités de prêt (documentation des prêts, niveau de titrisation accepté qui permet de sortir le risque des bilans, …), ouvrir à la concurrence les agences de notation, et réguler les activités de dérivés.

    4) Faire appliquer au moins l’ensemble en Europe et aux Etats-Unis. Tout cela devrait être tiré par Bâle III, encore faudrait-il que les Etats-Unis adhèrent déjà à Bâle II ce qui n’est toujours pas le cas (même si Bâle II a des faiblesses dans la comptabilisation des produits titrisés), mais Obama était sûrement trop occupé avec sa réforme de la santé pour pousser le dossier …

    Pendant ce temps des bulles de toutes sortes ont le temps de se regonfler.

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