Et si les banques interrompaient leurs services ?

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Si l’on se faisait encore quelques illusions sur l’image des banquiers dans l’opinion publique, les résultats des derniers sondages ne laissent aucun doute : le divorce est consommé. Selon une enquête réalisée en France début janvier, 80% des français estiment que les banquiers n’ont pas tiré les leçons de la crise et continuent de prendre des risques. 73% des français estiment que les banques n’accordent pas assez de crédits. Dans le même temps, 40% des français seulement estiment que les banques sont solides. Enfin 83% des français estiment qu’une nouvelle crise économique et financière pourrait se produire dans les prochaines années.

Tous les médias et porte-paroles divers qui se sont servis des banques comme boucs-émissaires de la crise, ont réussi. Il est vrai que les banquiers ont sans doute aussi une part de responsabilité dans cette dégradation de leur image. Des bonus, pour des montants incompréhensibles par le commun des mortels, sont à nouveau distribués comme si de rien n’était dans quelques banques internationales de financement et d’investissement. Faut-il, à partir de ces annonces spectaculaires, parfois à la limite de l’indécence, condamner l’ensemble d’une profession ?

Le simplisme des messages des médias fait porter le regard sur ces quelques « happy few » qui servent d’exutoire pour le grand public mais qui, osons le dire au passage, exercent un métier nécessitant une très haute qualification en économie et en mathématiques, exigeant des nerfs d’acier, une capacité de réactivité et d’anticipation hors du commun et subissant une forte pression compte tenu de l’ampleur des enjeux financiers. Au total, il s’agit d’un métier indispensable au bon fonctionnement des marchés financiers et que très peu de personnes sont en mesure d’exercer.

Par ces campagnes médiatiques de dénigrement, on «met dans le même sac» les quelques dizaines de milliers de traders avec les centaines de milliers de collaborateurs de la banque de proximité qui font leur métier sérieusement dans le souci du service à la clientèle. Les conséquences de cette image dégradée vont même jusqu’à provoquer parfois des incivilités vis-à-vis des collaborateurs en contact direct avec la clientèle. Est-ce acceptable ? On reproche aux banques de ne pas assez prêter, mais ne prend-on pas le problème à l’envers ? Si la croissance des encours de crédit en 2009 n’a pas été au rendez-vous attendu, est-ce la faute des banquiers ou s’agit-il davantage de la conséquence de la sagesse des agents économiques qui, en période de crise, préfèrent renforcer leur épargne de précaution que de s’endetter davantage. Les chiffres de l’année 2009, en matière de croissance des encours d’épargne liquide, le montrent d’ailleurs de façon magistrale.

Je ne reviendrai pas ici sur l’utilité des banques dans une économie de marché. Cela a été très bien décrit par Georges PAUGET dans son ouvrage «Faut-il brûler les banquiers ?», ou par Jean PHILIPPE dans son livre «Les mots du mutualisme», où l’utilité des banques coopératives est particulièrement bien argumentée. Il suffit d’utiliser une image : les banques représentent le cœur et les poumons du « corps économique ». Peut-on imaginer un organisme vivant complexe, sans cœur ni poumons ?

Cette profession est, par nature, discrète. D’autres corporations savent mieux faire entendre leur voix. Imaginons que les banques, afin de montrer leur utilité, interrompent leurs services, ne serait-ce que quelques jours, on verrait rapidement les conséquences dramatiques que cela aurait pour le reste de l’économie. Mais les banquiers ne sont pas des « preneurs d’otages ».

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