Facebook et Twitter rabougrissent-ils la pensée ?

twitter facebookUne nouvelle offensive est engagée contre les « réseaux sociaux ». Si on en croit beaucoup de bien-pensants qui s’expriment depuis quelques semaines dans nos médias, ces nouveaux outils de communication réduiraient la pensée à quelques aphorismes et porteraient atteinte à la rigueur intellectuelle en privilégiant l’instantané au détriment de la réflexion : « Comment voulez-vous exprimer une opinion utile et critique en moins de 140 caractères, format maximal pour un Tweet ? ».

Dans le fond, rien de bien nouveau. La faculté donnée à tout un chacun d’exprimer un avis, de faire part de ses analyses ou de ses préférences a quelque chose de dérangeant. Comment consentir la moindre crédibilité à quelqu’un qui ne dispose pas de la formation journalistique et de la reconnaissance de professionnels exerçant dans une maison d’édition renommée ou dans la rédaction d’un grand journal ? Mais si cette nouvelle façon de communiquer dérange, n’est-ce pas parce qu’elle menace des intérêts économiques ? Car si leur superficialité est telle que le contenu qui encombre les sites sociaux est méprisable, qu’y a-t-il à redouter ? Pourquoi avoir peur ? Faut-il comprendre dans cette réaction d’hostilité que la qualité produite est finalement d’assez bon niveau, que les intervenants régulent plutôt bien leurs écrits, et qu’au final, une nouvelle économie de l’information et de la communication est réellement en marche ? Un modèle concurrentiel ?

Je ne me hasarde pas à conclure, mais je constate. Je constate qu’il y a sur Facebook des articles de fond donnant lieu à de vrais dialogues intéressants, libres, oui, mais responsables. Je constate que dans leur grande majorité, les Tweets renvoient à une page Web qui présente un contenu consistant et pas du tout « superficiel ». Bref, ces outils créent des liens qui permettent de circuler sur l’information de façon dynamique, guidée par des mots-clés ou des acteurs au profil familier. J’y rencontre des scientifiques, des chercheurs, des consultants et même… des journalistes. D’ailleurs, tout en prêtant leurs pages et leurs micros aux intellectuels les plus critiques vis-à-vis de ces nouveaux outils, les médias ne renvoient-ils pas fréquemment à « leur » site ou à l’adresse web de leurs invités. Etonnant non ?

Quelle que soit la forme que prendront demain ces modes de communication, un changement irréversible est intervenu ces derniers mois. Wikipedia longtemps décrié est maintenant reconnu comme un outil utile et même « irremplaçable » (lisez les commentaires). L’internaute qui a eu l’imprudence de relayer en ligne la mort de Johnny a été rapidement « remis au pas » par la communauté. Les rumeurs se tuent «dans l’œuf !» dit Patrick Dion. Si les rédacteurs des « sites sociaux » sont de plus en plus attentifs à la crédibilité, à l’honnêteté et au sérieux, c’est sans doute qu’ils se savent dans la ligne de tir de leurs détracteurs. Le premier effet des sévères critiques qui leurs sont adressées est alors de les condamner au meilleur. Tant mieux, car, comme l’a dit Sénèque : « Sans adversaire, le courage s’étiole ! ». Donc on continuera ici, sur Facebook et sur Twitter de parler mutualisme… et c’est presque aussi sérieux qu’en librairie !

2 commentaires sur “Facebook et Twitter rabougrissent-ils la pensée ?

  1. Nous sommes ici au centre d’un débat entre les tenants de la pensée verticale et ceux qui pensent que les liens horizontaux sont importants. La fonction essentielle des réseaux sociaux est une « fonction lien ». Ils aident à tisser des connexions créatives, un effet d' »écume » qui est le propre de toute stimulation de l’esprit. Par augmentation des surfaces de contact, la mise en écume des idées favorise leur circulation, effet analogue à celui de l’oxygénation du cerveau. Créateurs d’agilité, les réseaux sociaux augmentent de surcroît les capacités de discernement de ceux que Nicolas Bourriaud appelle « les sémionautes », navigateurs des signes et du sens. Concédons cependant que la possession d’une culture et la maîtrise de savoirs et d’expertises renforcent la capacité des individus à s’adonner avec discernement à ces navigations. Pour ceux qui ne possèdent pas les codes culturels et la curiosité apprise dans le patient processus d’éducation véritable, malheureusement inaccessible aujourd’hui à une part non négligeable de la population, le risque est de rester à la surface de l’écume. Pour éviter de creuser une fracture culturelle plus effroyable dans ses conséquences à long terme que la fracture sociale (qu’elle contribue à creuser), le premier défi de l’ère dite « de la connaissance » est celui de l’éducation et de l’élevage des êtres humains. Comment élever les enfants dans un monde de signes ? Comment retrouver le sens ancestral de la reproduction de l’humain ? Le défi concerne bien les enfants et non pas les personnes de nos générations, qui ont bénéficié de l’éducation classique aux humanités. Pour nous, les savoirs verticaux sont enracinés et forment le substrat inconscient de notre existence même, l’effervescence des réseaux sociaux est donc une aubaine. Utiliser Twitter et ses messages courts est une corde de plus à notre arc, nous qui jouissons d’un riche fond de culture. Pour nous, les réseaux sociaux sont comme l’écume à la surface d’océans profonds de toute la culture héritée depuis des millénaires, que nos parents, nos instituteurs et nos professeurs transmettaient. Et quand ils ne possédaient pas la culture, ils transmettaient le goût de l’effort pour l’acquérir. Aujourd’hui, quelle curiosité et quelle sensibilité à la profondeur des connaissances développer ? Comment reproduire de l’humain, comment transmettre de l’expérience réelle à l’ère des communications instantanées via les surfaces des écrans ? Quel rapport au réel instaurer à toutes les étapes de la vie ? Comment enraciner les savoirs disponibles dans une véritable expérience ? Plus que jamais, les dimensions sensibles, les dimensions d’expérience concrète et le goût de l’exploration des profondeurs de la connaissance propres à une véritable éducation sont indispensables, pour donner toutes leurs chances aux jeunes et bien sûr aux adultes qui n’ont pas été confrontés à des expériences de vie exigeantes en efforts de réflexion et en décisions d’action. Première chose, donner le goût, pratiquer le bon « métalangage », celui qui suscite le plaisir et respecte les repères cognitifs des générations habituées à circuler dans les arcanes des jeux vidéo. En ce sens, Wikipedia joue un rôle absolument salutaire, quand les systèmes de savoir verrouillés, voire fossilisés, se montraient dans le XXème siècle finissant incapables de donner aux jeunes générations n’ayant pu bénéficier du long travail d’éducation le goût de la connaissance. C’est un chemin à rebours que les bergers de l’humanité du XXIème siècle ont à opérer. De la surface vers les profondeurs. La surface des signes se doit d’inciter à la réflexion, d’ouvrir des portes, d’encourager aux accès (cf. le livre de référence de Jeremy Rifkin « l’âge de l’accès ») et pour transmettre ce goût, les éducateurs que nous sommes tous urgemment appelés à devenir doivent emprunter les chemins de communication naturels de nos contemporains. Ces chemins apparaissent aux mandarins du savoir officiel comme ceux de l’école buissonière, mais sont en fait pour les nouvelles générations les chemins naturels et joyeux de la connaissance.

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