Copenhague, et après ?

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Verre à moitié vide ou à moitié plein ? Les commentaires, à l’issue de la conférence sur le climat de Copenhague, organisée sous l’égide de l’ONU, laissent la place à l’optimisme ou au pessimisme selon l’angle sous lequel on examine les choses.

Côté pessimisme, aucun accord n’a été signé, mais est-ce véritablement une surprise ? Comment trouver un consensus à 192 pays dont les représentants sont plutôt habitués à faire du lobbying pour défendre les intérêts de leur propre pays, faisant passer au second plan l’intérêt collectif ? La question climatique, impliquant la transformation des politiques économiques, des mobilisations de budgets de recherche et développement, la nécessité de l’équité entre pays de Nord et du Sud, conduit à des évolutions géopolitiques qui viennent se confronter aux intérêts majeurs des Etats. Cela pose d’ailleurs la vraie question de la gouvernance planétaire, l’ONU, de ce point de vue, semble n’avoir aucune efficacité pour assurer cette mission. Après Copenhague, cette organisation est davantage reléguée au qualificatif de « machin » dont l’avait affublé, le 10 septembre 1960, le Général de Gaulle.

Côté optimisme, tous les pays, certes à des degrés divers de préoccupation, ont intégré la question climatique comme un enjeu planétaire dont il faut se saisir, y compris les Etats-Unis et la Chine qui, à eux deux, totalisent 40% des émissions de CO2. Rappelons que ces mêmes pays étaient absents du précédent protocole de Kyoto de 1997, le premier pour refus de signature et le second en raison de son statut, à l’époque, de « nain économique ». Au total, le G20 a bien pris en compte la préoccupation climatique même si le texte final déçoit. Par ailleurs, Copenhague, c’est aussi la mise en évidence des contradictions portées par chacun d’entre nous : la confrontation de nos indignations de citoyens conscients des risques à venir et de nos désirs de consommateurs inscrits dans l’immédiateté. Aucun texte, aucun traité, ne pourra avoir d’effet sans une prise de conscience et une évolution des comportements individuels. Copenhague a été également l’occasion de débats de scientifiques, notamment entre, d’une part, les membres du GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), convaincus de l’impact de l’activité humaine dans le réchauffement, et, d’autre part, les «climato-sceptiques» défendant la thèse présentant les évolutions de température comme issues de phénomènes climatologiques éminemment complexes, qui ont toujours existé et sur lesquels rien ne prouve que l’homme ait une réelle influence. Le premier groupe est majoritaire et assure le consensus général, les seconds sont minoritaires mais font entendre leur voix et trouvent de l’écho auprès des acteurs décidés à ne pas changer de comportement.

Au-delà de ces débats d’experts, il est évident que dans tous les cas, influence de l’homme ou pas, une planète qui va devoir rester un lieu de vie acceptable pour une population qui va passer de 6 à 9 milliards d’individus dans les prochaines décennies, nous oblige tous à agir pour assurer un développement harmonieux. Ce développement harmonieux est justement nécessaire en raison de cet effet démographique, mais il doit être économe des ressources naturelles non renouvelables et le moins destructeur possible de l’environnement et de la biodiversité.

Face à ces enjeux et au-delà des engagements pris, ou non pris, à Copenhague, quelles régulations peuvent être mises en place ? Deux instruments sont actuellement imaginés. D’une part, la taxe carbone dont le taux est fixé par les états, mais dont l’assiette est inconnue « ex ante », posant la question de sa réelle efficacité vis-à-vis des émetteurs de CO2 si le taux de la taxe n’est pas suffisamment dissuasif au regard des sommes à engager dans les investissements nécessaires à la réduction des émissions. Il faut en outre espérer que les recettes issues de cette nouvelle taxe seront bien utilisées, par les Etats, au financement des investissements « ad hoc ». D’autre part, le deuxième instrument de régulation est le marché du carbone. Contrairement à la taxe carbone, le marché du carbone est basé sur une estimation de la quantité de «droits à polluer», autrement dit, un quota total d’émission de CO2 pour une période donnée. Le prix de la tonne de CO2, sur ce marché, s’ajuste par la loi de l’offre et de la demande entre vendeurs et acheteurs de droits. A priori, ce dispositif apparaît plus vertueux car autorégulé. Il présente tout de même la difficulté de fixer le volume de droits d’émission qui, s’il est mal fixé, peut entraîner soit un effondrement soit une envolée des prix, variations de prix qui peuvent être déconnectées de la réalité du marché «physique» des émissions. En outre, un marché financier de dérivés,  fonctionnant à côté de la réalité «physique », peut être à l’origine de phénomènes spéculatifs ou de déconnexion, et ce, d’autant plus, qu’un marché à terme des «crédits carbone» s’est mis en place. L’exemple des dérivés de crédit et l’épisode des «subprimes» ont montré que c’est hélas possible. Enfin, une bulle spéculative pourrait se développer sur les titres des sociétés potentiellement génératrices de certificats de «droits à polluer» (crédits carbone). Ainsi, à titre d’exemple, JP MORGAN a pris le contrôle d’ECOSECURITIES, une société écossaise spécialisée dans la syndication de projets verts producteurs de crédits carbone pour une valeur de 140 millions d’euros.

Dans tous les cas, taxe carbone ou instruments de marché ne peuvent avoir d’effets véritablement régulateurs que si la communauté mondiale, dans son ensemble, se fixe un objectif global d’émission à ne pas dépasser, adopte un dispositif de régulation commun et s’engage à mesurer précisément les émissions des différents acteurs. On est loin du compte au lendemain de Copenhague même si un premier pas est franchi : un consensus sur la réalité du problème à traiter.

Très modestement, les actions microéconomiques que peuvent engager les agents économiques, pris individuellement, auront sans doute plus d’efficacité à court terme que les outils de régulation globaux. C’est le sens de l’action de la Caisse Régionale de Crédit Agricole Mutuel Pyrénées Gascogne, à travers le développement de ses activités de conseil en économies d’énergie à destination de sa clientèle et des investissements qu’elle engage, pour son propre compte, en tant qu’entreprise citoyenne.

 

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