Qui a peur de la dette publique ?

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La chute des recettes fiscales pour cause de récession et l’explosion des dépenses publiques pour soutenir l’économie provoquent une explosion sans précédent de la dette publique. L’OCDE nous dit que pour les 30 pays les plus riches, la dette atteindra en 2010 la richesse produite, et que leur endettement aura doublé en 20 ans. La dette publique mondiale aura augmenté de 45% entre 2007 et 2010 !

L’annonce de la défaillance de Dubaï, capitale économique des Emirats, nous rappelle brutalement que même les Etats peuvent se trouver en défaut de paiement. Grace au soutien annoncé de son riche voisin, Abou Dhabi, l’impact de l’évènement restera modéré, mais un coup de semonce est adressé au Monde : les Etats aussi sont mortels… Dès lors, la question de la dette publique revient au cœur du débat : faut-il en avoir peur ?

Il suffit de nous rappeler qu’en France, le Premier ministre prenant ses fonctions dénonçait la situation de « faillite » du pays. Si c’était le cas en 2007, que dire aujourd’hui ? Est-ce grave docteur ? D’autant que le même Etat s’apprête à faire appel aux marchés pour un grand emprunt de quelques 35 milliards supplémentaires.

Je suis donc allé lire ici et là sur Internet les avis des spécialistes. Un tour du web édifiant ! D’abord, certains de ceux qui il y a trois ans n’avaient pas de mots assez sévères pour dénoncer l’endettement de la France trouvent aujourd’hui beaucoup d’arguments pour expliquer que ce n’est pas si terrible que ça. Pas très sérieux. Il y a les fanas du « même pas peur ! » qui dénoncent le risque de ne pas soutenir la croissance et de paralyser le pays par une politique budgétaire trop serrée alors que d’autre s’écrient : « Ça déborde, nous approchons d’une situation critique ! ».

Dans cette dernière catégorie, je vous invite à visiter deux sites. Celui de l’horloge de la dette publique mondiale, mis en ligne par « The Economist », une façon de sensibiliser à la détérioration de l’équilibre financier des pays. Celui, plus violent encore, du calculateur de la dette mis en ligne par la « Fédération canadienne des contribuables ». Un compteur qui tourne à raison de 1.772 $ par seconde.

Alors, est-ce grave ? Oui, la dette de l’Etat est lourde : elle représente pour la France 30.000 euros par habitant. Oui, le plafond fixé par le Traité de Maastricht en 1992 (60 % du produit national) est dépassé depuis 2004 (65%) et sera au-delà de 80 % en 2010. Oui, nos pays européens vont avoir du mal à rembourser cette dette, d’autant que leur population vieillit, que leur dépense sociale s’alourdit un peu plus chaque année et que leurs avantages compétitifs s’érodent.

Alors, on fait quoi ?

– Une relance vigoureuse de l’économie par un programme d’investissements publics ? Et pourquoi ne pas l’assortir de baisses d’impôts pour stimuler l’activité et dégager à terme de quoi rembourser les emprunts ? Oui, mais les contribuables savent trop bien qu’il faudra un jour rembourser la dette et payer plus d’impôts : ils peuvent freiner leur consommation pour faire face à ce prélèvement futur et annihiler l’effet de relance.

– Faire en sorte que les prêteurs abandonnent une partie de leur capital ? Philippe Le Bel faisait bien rogner les pièces d’or et on a vu dans le passé des Etats en appeler à la « banqueroute ». Aujourd’hui, la technique plus discrète mais tout aussi efficace est celle de l’inflation. Une belle hausse des prix effacerait les « ardoises » comme on l’a vu au lendemain des grandes guerres. Oui, mais on en connait les effets négatifs et la Banque Centrale Européenne fera tout pour l’éviter.

– Peut-on sortir par le haut ? Faire en sorte que des surplus budgétaires couvrent les intérêts de la dette. Il faut pour cela de la croissance et des économies sur les dépenses de fonctionnement (et non sur celles d’investissement). Mais là, on sait bien que la croissance à venir sera très vraisemblablement « molle » et que les réductions de charges sont difficiles…

Aucune solution n’étant sans risque, on comprend que tous les pays ne privilégient pas la même. L’Allemagne parle de baisse d’impôts, l’Espagne d’une augmentation… Un des scénarios probable est que la dette effrayant les créanciers, certains pays vont avoir plus de mal à se financer. Un cercle vicieux s’enclenchera alors : relèvement des taux d’intérêts, donc charge de la dette plus forte, donc difficultés de remboursement accrues… donc recours des Etats à un endettement supplémentaire pour payer leurs intérêts. Et cela pourrait bien engendrer la prochaine crise. Je me demande comment on va encore pouvoir la mettre sur le dos des banquiers ?

7 commentaires sur “Qui a peur de la dette publique ?

  1. Effectivement les « recettes » ne seront pas les mêmes d’un pays à l’autre. Aux Etats-Unis, il y a une grande marge pour les hausses d’impôts (car les prélèvements ne représentent que 28% du PIB contre 46% pour la France, voir mon blog http://www.4leaders.net/USA-amerique-post-trauma). Dans tous les cas il faut effectivement espérer que les taux longs ne remontent pas (1% supplémentaire coute 80 milliards de plus par an aux USA)

    Pour les pays fortement endettés comme la France, une forte baisse des dépenses récurrentes de l’État est maintenant impérative (tout en baissant modérément les charges pesant sur le travail et la consommation). Une bonne piste serait de remplacer encore moins de fonctionnaires partant à la retraite.

    Quant aux dépenses de l’Etat, elles ne sont pas toujours plus rentables que celles du privé, il faut donc faire attention (lire par exemple http://www.investorsinsight.com/blogs/john_mauldins_outside_the_box/archive/2009/07/13/debt-and-deflation.aspx)

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  2. Par exemple demander aux français qui le veulent mais anonymmement et suivant leur revenu si ils sont prét à donner pour épongée la dette de la france avant d’arrivée à une situation critique.

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  3. Ping: A la rigueur

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