Le microcrédit en panne ?

microcreditOn sait que le microcrédit est un moyen pour des personnes sans emploi ou avec très peu de ressources, ayant difficilement accès aux services des banques, de trouver des financements. Il peut être professionnel quand il permet d’engager une activité pour compte propre, ou social s’il aide à passer une période difficile et éviter la marginalisation. L’idée a été portée très haut par Muhammad YUNUS, « le banquier des pauvres », Prix Nobel de la Paix 2006, bien connu pour ses actions au Bangladesh avec la Grameen Bank dont depuis 30 ans plus de 7 millions de personnes ont bénéficié. En France, chacun connait l’action de Maria Novak et de « l’Agence pour le droit à l’initiative économique », ADIE, créée en 1989 qui réalise près de 10.000 prêts chaque année.

Voici plusieurs années maintenant que nous travaillons sur Pyrénées Gascogne au développement du microcrédit. Ayant à répondre ce vendredi aux questions d’un spécialiste chargé de faire un bilan de ce mode de financement, je me suis trouvé bien modeste. En fait, nous réalisons du microcrédit sous diverses formes :

– Il entre dans l’activité traditionnelle des agences depuis les origines de la banque. Dans chaque commune, dans chaque village, le Crédit agricole finance chaque jour des porteurs de petits projets (difficile d’en faire le décompte). Il soutient aussi les personnes qui passent une période difficile (100 prêts de cette nature chaque année).

– Nous avons depuis 8 mois engagé une agence « Passerelles » qui conseille et oriente les personnes en difficulté. A ce titre, je constate que nous n’avons réalisé à ce jour que 3 microcrédits. C’est peu, et cela veut dire soit que la solution dans la grande majorité des cas ne passe pas par le microcrédit, soit que celui-ci n’est pas assez présent dans les esprits ?

– Deux Caisses locales, celle de Mauléon et celle de Bayonne ont engagé avec dynamisme une expérience de microcrédit. Leur détermination ne fait aucun doute, pourtant, il est visiblement difficile de susciter des projets puisque les prêts réalisés à ce jour se comptent sur les doigts d’une seule main !

Pour parler clair, nous n’avons toujours pas trouvé les bons moyens de développer cette activité que nous pensons pourtant utile et efficace. Alors, pourquoi ?

– D’abord, le microcrédit, là où il connait un fort et large succès, en Asie ou en Afrique par exemple, vient toujours alimenter un projet collectif, celui d’une association de village ou de quartier. Grameen Bank n’intervient qu’à cette condition. Or, nous voyons le microcrédit à la française comme une réponse individuelle à un projet ou une situation individuels.

– Ensuite, le microcrédit est adapté à des économies où il est possible de créer son activité et de réussir en partant de rien ou presque. Est-ce bien le cas chez nous ? D’ailleurs, le succès remarquable du statut d’auto-entrepreneur montre que ce sont en majorité des personnes ou des ménages ayant déjà des revenus qui s’y engagent.

Certaines associations spécialisées réussissent dans cette activité. L’ADIE mais aussi le réseau France initiative et le Secours Catholique pour citer les principaux. Les mesures publiques comme le Fonds de Cohésion Sociale, doté de 73 millions d’euros pour garantir les petits prêts accordés aux personnes en difficultés n’ont pas suffit à en doper la distribution. L’appui de l’Etat ne suffit pas à développer le microcrédit tel qu’il est souhaitable de le faire. C’est-à-dire en le réalisant au sein des agences bancaires, et non à coté, et en accompagnant le bénéficiaire pour éviter autant que possible les échecs. C’est cette voie que nous allons continuer d’explorer, en y mettant dans les prochaines semaines une volonté nouvelle.

Une autre voie encore est la distribution par internet. Ce n’est pas « à la place de » mais « en plus ». Nous sommes associés pour cela à FriendsClear qui va ouvrir dans quelques jours un service de crédit en « pier to pier » « peer to peer » , c’est-à-dire de « pair à pair », permettant à un épargnant de prêter directement à un candidat à l’emprunt qui aura présenté et argumenté son projet sur le site.

Nous restons très ouverts aux avis et suggestions, aux propositions de coopération… la solution viendra là encore et là surtout de la coopération locale.

7 commentaires sur “Le microcrédit en panne ?

  1. BNV aux Restos du coeur (Vallée d’Aure), je suis intéressé pour entrer en contact avec l’auteur de l’article et voir comment il serait possible de coopérer pour en faire bénéficier certains de nos BNF

    J'aime

  2. bonjour,je trouve ce email de ce matin tres bien .Helas jamais un pret sur un projet ne m’a étè proposé,ni meme personnel sans devoir presenter des garanties ,les eternelles :bulletins, garants variés ect…..
    j’ai un compte dans votre Banque a la suite d’une demande de pret sur un projet et bien sur il m’a étè refusé et j’ai toujours ce compte sans m’en servir.
    je fais partie de ces français qui essayent de trouver milles et unes solutions pour sortir de la précarité et je peux vous en presenter beaucoup,hélas en plus des aides finançieres non concédées il faut aussi se trouver devant des fausses complications administratives que vous ne trouver pas dans les pays anglosaxons ou la vrai valeur prise en compte est la determination au travail et la responsabilité ,encore hélas l’individu n’est jamais considérè mais sa position finançiere avant tout .JE PENSE QUE LA BANQUE A PERDUE SON ROLE ….PRETER DE L’ARGENT

    J'aime

  3. Bonjour,
    Le thème est assez récent, du moins au Crédit Agricole et à l’heure des autoentrepreneurs, je m’interroge sur les réelles motivations. Effet de mode, contrition, altruisme, opportunité financière ou fiscale, motif publicitaire, vénalité… Serait-ce plutôt un retour à sa vocation mutualiste, auquel cas je souhaite qu’une instance se mette rapidement en place, tant au niveau financier que technique et mobilise l’offre et la demande. Notre société a tout à gagner à mettre en œuvre les compétences des uns et les moyens des autres.
    Outre les génies qui s’ignorent et les petits inventeurs qui n’ont pas la capacité d’exploiter leur idée, cette démarche concerne également une tranche de la société complètement sinistrée. En effet, par manque de crédits, la recherche basique s’exporte à l’étranger. Il est quand même assez incohérent d’avoir investi dans la culture et de ne plus se donner les moyens de la récolte.
    En écoutant ce soir nos plongeurs biologistes à Thalassa, aussi motivés que compétents, il est difficile de considérer notre politique à court terme autrement qu’inepte. Au vu des retombées, peut-être pas si lointaines, la banque se substituerait à la carence des pouvoirs publics. Valeur mutualiste s’il en est autant que démocratique, bien éloignée en tout cas de pratiques récentes et moins risquées.

    J'aime

  4. Merci de vos réactions et de vos demandes. Celles qui sont ici en commentaires et les nombreuses que j’ai reçues directement par courriel.

    Je fais tout pour répondre à tout le monde.

    Nous avons créé il y a moins d’un an une agence « Passerelle » qui a justement pour vocation de répondre aux demandes de Microcrédit. Nous allons faire un point sur son activité sur ce site prochainement. En attendant, c’est l’équipe de Passerelles qui prend en charge vos demandes.

    Bien cordialement…

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s