Bonus : la vertu a un prix

La polémique qui reprend sur les fameux bonus des banquiers ne se présente pas tout-à-fait sous le même jour qu’il y a six mois. A coté des réactions d’incompréhension toujours très vives face aux montants annoncés s’exprime la crainte de voir s’installer une concurrence déloyale entre les banques. Et pour cause… les pratiques du métier, contestées aux premiers jours de la crise financière, ne sont plus aujourd’hui les mêmes pour tous les acteurs. Il en va ainsi des modes de rémunération, donc des bonus, mais aussi du niveau de prise de risques, car les fameuses recommandations émises par le G20 pour renforcer la régulation des activités ne sont pas respectées partout ni par tous. Du coup, c’est un peu comme si une équipe de rugby jouait avec des crampons contre une autre qui n’en aurait pas. D’où la question : mais que fait l’arbitre ?
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De fait, les établissements les plus vertueux, les plus respectueux des recommandations du G20, se trouvent pénalisés à deux titres. En supprimant la pratique des bonus garantis, en mettant plus que les autres des conditions restrictives au versement des primes, ils se privent de recruter les meilleurs opérateurs du marché et voient leurs concurrents «chasser» dans leurs équipes. En s’interdisant une prise de risque excessive, en réduisant leurs positions sur les marchés les plus spéculatifs, en limitant leurs activités pour compte propre,
ils se privent des marges substantielles en périodes fastes. La compétition entre établissements, qui n’est pas nouvelle en soi, prend soudain une tournure et une vigueur inquiétantes : ces différences de pratiques risquent d’influencer lourdement la compétitivité des banques les plus vertueuses, donc leur puissance relative, donc leur influence, et par là, l’influence et la puissance de leur pays d’attache fiscale.
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Si la question des bonus fait à nouveau la une des quotidiens, c’est parce que justement le second trimestre de l’année a été particulièrement propice aux opérations de marché. Le rebond des places financières, pleinement exploité par les plus téméraires, donc les moins vertueux, a produit des profits record, améliorant leurs résultats et leurs bilans au-delà de toute attente, en même temps d’ailleurs que ceux des assureurs et de beaucoup de grands groupes. La spirale haussière ainsi mise en marche, s’alimentant elle-même, donne finalement raison à ceux qui ont négligé les consignes de prudence. Car force est de constater que les temps ne sont pas bons pour tout le monde et que l’écart se creuse entre acteurs à une vitesse vertigineuse. Pendant que certains établissements surperforment, d’autres ne sont pas à la fête :
69 banques américaines ont fait faillite depuis le début de l’année. Goldman Sachs pavoise, d’autres pleurent, et la partie se joue vite…
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A bien y réfléchir, le scénario qui se déroule sous nos yeux n’est guère rassurant. Soit les marchés se calment et le secteur financier s’alignant sur la morosité de l’économie réelle supporte le poids des défaillances d’entreprises et des suppressions d’emploi. Dans ce cas, au regard des positions que prennent certaines banques en dépit de toutes les pieuses recommandations, nous risquons un retour de crise financière avec un acte 2 bien douloureux et une difficile explication de texte. Soit les marchés continuent sur leur lancée, et nous devrons bien, non seulement constater le divorce entre finances et économie, mais aussi regarder s’installer durablement au dessus des peuples un pouvoir financier plus arrogant que jamais. Il est urgent de transformer les recommandations générales en règles du jeu qui s’imposent à tous.

Un commentaire sur “Bonus : la vertu a un prix

  1. Du mirador, le pouvoir financier nous regardera toujours avec la même attitude de domination. Nouveaux bonus….. Mais nous étions prévenus, Albert Einstein l’avait d’ailleurs bien dit « on ne peut pas résoudre les problèmes avec ceux qui les ont créés » Et John Paulson que fait-il en ce moment ? On nous dit qu’il commence à tirer parti des opportunités du marché de l’immobilier (ces titrisations hypothécaires qui le couvrirent d’or fin 2007)Doux mouvement perpétuel sans fin, sans but, sans rien du tout, sinon l’idée assez vague de faire tourner la mécanique.

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