Apparences et responsabilité

Un des faits marquants de ces dernières années est l’émergence dans nos sociétés de nouvelles peurs. Certes, nos anciens connaissaient déjà la peur de la guerre, de la famine et des maladies. La peur n’est pas nouvelle mais elle change de nature. Les grandes peurs modernes, celles de catastrophes écologiques ou alimentaires, de dérèglements de l’économie ou de migrations humaines incontrôlables ont ceci en commun : elles renvoient à la conscience nouvelle que l’homme peut se laisser dépasser et broyer par les techniques qu’il a lui-même inventées. Voilà pourquoi cette question de la maîtrise collective de nos actes devrait concentrer nos réflexions et nos actions. Est-ce bien le cas ?
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Oui, sans doute, quand les grands dirigeants du monde se réunissent d’urgence pour exprimer leur volonté commune de mieux réguler la finance et protéger le monde des bulles spéculatives. Tout a été dit, tout a été écrit. Il restait à le faire et on ne le fait pas. Pire, à peine les micros éteints, les grandes banques d’investissement, encore tremblantes et trempées du coup de tabac qu’elles viennent de subir, repartent au large et suscitent de nouvelles vagues : elles surfent à nouveau, crient leur liberté, montrent leurs superprofits et propulsent Dow Jones et CAC presque 10% plus haut sur la semaine ! C’est l’apparence d’une reprise au milieu d’indicateurs économiques en berne et d’un taux de chômage en hausse violente. Ainsi, pendant que JP Morgan, sauvée de la faillite à l’automne grâce au contribuable américain «rassure les marchés» sans faire un dollar de bénéfice sur les services aux particuliers et entreprises, les profits de Nokia, Dell ou Sony fondent au soleil, l’automobile et la grande distribution sont à la peine. Le fossé entre réalité économique et virtuelle ne se comble pas, il se creuse. Est-ce bien responsable ?
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Et quand retentissent les grandes sirènes dans nos villes et nos campagnes sur l’urgence écologique, que les Al Gore et autres Arthus-Bertrand nous disent «tous au front !», que les spécialistes s’écrient «plus que quelques années pour agir!», que faisons-nous? Vous trouverez des tas de voitures écologiques sur le web, mais pas beaucoup dans les rues. Comment expliquer cet écart entre la conscience et l’action autrement qu’en constatant que là encore, le développement durable, rangé sur l’étagère des apparences, se vend plutôt bien sur les médias, chez les libraires et dans les isoloirs, mais franchit difficilement le grand mur séparant les bonnes intentions des réalités concrètes. Est-ce bien responsable ? Et je ne fais pas le malin, attendant désespérément que les plaques photovoltaïques qui couvrent notre site administratif soient enfin reliées au réseau, et que notre objectif de réduire de 10% les déplacements domicile travail des collaborateurs soit enfin atteint. Je vous le dis dès que c’est fait… et je vous dirai aussi comment nos clients répondent à nos suggestions d’énergie renouvelable ou économique pour leur domicile (photo).
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Attendons-nous à un retour de balancier assez violent, puisque nous devrons faire dans l’urgence ce que nous n’aurons pas fait dans les temps. Tous ceux qui ont dit et pas fait devraient être logiquement privés de micro (quoique, il y a des acommodements même avec la mémoire). Sauf si chacun prend résolument sa part de responsabilité.
Phocion nous a bien appris que «ce sont les vertus privées qui font les mœurs publiques» et que la société bouge quand chacun «se bouge» dans son espace d’action et interaction. D’ailleurs, l’époque ne nous oblige-t-elle pas à discerner apparences et réalités, à défendre les actes responsables et à refuser toute concession à ceux qui bâtissent sur de l’image et négligent le devoir collectif ?
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Les organisations coopératives sont justement construites pour que le regard croisé des élus et des salariés conjugue toujours techniques et réalités du terrain, mette les nouveaux savoirs au service de l’utilité sociale, corrige la tentation humaine de jouer l’individuel contre le groupe, veillant au contraire à ce que le premier serve toujours le second. Dans ce domaine aussi, la coopération ne doit pas être une apparence, mais une réalité. Là réside notre responsabilité première. Elle commence par le dire et continue par le faire…

2 commentaires sur “Apparences et responsabilité

  1. sur facebook samedi 18 juillet 18h48 : Je partage complètement, mais reste pourtant toujours assez étonné de voir qu'un groupe comme le notre est si peu capable de prendre le recul nécessaire pour en revenir à des positions en faveur de vraies valeurs, dé-corrélées du tapage médiatique, surtout dans le domaine de l'investissement responsable… Je suis vraiment abasourdi lorsque je vois sponsorisés par la cellule "développement durable" des films de propagandastaffel comme celui d'ALGore, "une vérité qui dérange", qui passait en boucle dans tous les auditoriums. Quand on sait que ce tissu d'âneries est la base des réflexions ou au moins des investissements de cette cellule "développement durable", on ne peut rester optimiste. Pourtant, est-ce si compliqué de se poser les bonnes questions comme, par exemple, "vous nous demandez de lutter contre la pollution en réduisant nos émissions de CO2, mais depuis quand le CO2 est-il un polluant?" En revanche, il serait si simple de faire un vrai geste contre la pollution, en renouvelant notre parc de véhicule d'entreprise Diesel, plus gros émetteur de polluants homicides (NOx et particules) pour des véhicules essences dépollués à plus de 98%. Il y aurait de quoi communiquer… Positionner sur nos grandes terrasses des panneaux photovoltaïques est aussi une excellente idée. Notre groupe à un devoir de revenir à des vraies valeurs, fondamentales, que ce soit dans le financier ou dans la lutte contre la pollution. Nous en avons les moyens. Il faut juste s'extraire du "prêt-à-penser" médiatique.

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  2. «ce sont les vertus privées qui font les mœurs publiques» oui et oui aussi à la démarche qui consiste à s'indigner publiquement ou à révèler ( disclosure) via des blogs. Il leur faut seulement plus d'audience que les âneries diffusées à longueur de temps sur les "people" par les medias.

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