En mal de bulles

Est-ce ainsi que les hommes vivent ? Ils aiment tant les excès que sans les tabous et interdits, ils se seraient depuis longtemps dévorés entre eux et auraient réduit à néant leur patrimoine et leur avenir. Si les sociétés dites primitives ont proscrit l’adultère, interdit aux non-initiés de tuer les poulets, sacralisé les arbres auxquels sont accrochées les semences, établi plein d’autres conventions sociales, ce n’est ni par hasard, ni en vertu de quelque obscure croyance. Il s’agissait de protéger leur patrimoine génétique, leur production d’œufs et d’arachides, donc l’avenir de leur communauté. Et si ces intentions n’étaient pas explicites, si elles étaient si méthodiquement et scrupuleusement gardées par des castes, prêtres ou autres chamans, c’est bien parce qu’elles servaient tacitement un intérêt collectif majeur.

Dans nos sociétés, plus de tabou, plus de limites, mais un peu partout le sacro-saint principe de réalité, non pas au sens des psychologues mais au sens commun, qui peut se résumer ainsi : « Soyez sérieux ! 1/ Regardez les choses comme elles sont et 2/ acceptez-les comme telles !». Regardez : cette semaine, un septuagénaire a été condamné à 150 ans de prison, la dette publique de la France a dépassé les 1.400 milliards d’Euros, celle du Real Madrid les 500 millions après des transferts à 65 millions l’unité moyenne… Acceptez : Un joueur de football coûte cher ? Payez-en le prix ! L’économie est en récession ? Injectez de l’argent. Vous avez faim ? Tuez les poulets !

Le «bon sens» a justement cela de «bon» qu’il ne s’en remet pas seulement aux réalités mais à la perception humaine des réalités. C’est une conviction profondément attachée au mutualisme que de lui faire confiance et de l’organiser, je veux dire organiser l’entreprise pour l’exercer du mieux possible et au plus près des réalités de terrain. Ce « bon sens », ancré dans l’histoire de notre banque mutualiste dont il a été longtemps la bannière, consacre que si l’homme a une capacité exceptionnelle à percevoir le réel, il a aussi celle de l’interpréter, de le transformer, de ne pas le subir mais de l’appréhender pour ensuite décider, gérer, réguler.

Ne pas pondérer de bon sens le principe de réalité revient à trahir, ni plus ni moins, la tradition multimillénaire des hommes. Et cette irresponsabilité pourrait bien provoquer ici et là de nouvelles grosses bulles, plus préoccupantes sans doute pour l’avenir que la grippe de type A ! Vite, des vaccins, des masques, et pourquoi pas, un Conseil Supérieur du bon sens ?

Un commentaire sur “En mal de bulles

  1. Christian Mayeur sur facebook, à 18:15 le 4 juilletIl y a les bulles artificielles, celles de la séduction où s'enivre l'homme moderne et d'autres bulles, plus translucides, à taille humaine, celles de l'écume des réseaux sociaux, de l'échange des idées et des coopérations, celles des relations équilibrées entreles hommes et les femmes, celles qui forment les capacités d'invention humaines. Augmentons les surfaces de contact, créons ensemble et nous éviterons bien des excès. C'est possible aujourd'hui au delà des distances physiques, grâce aux possibilités technologiques inouïes que procurent les systèmes d'interaction, qui remplacent les systèmes d'information, à laisser aux autistes, selon la formule de Teemu Arina.

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