Placebo boursier

Et si nous parlions d’actualité financière ? Inutile me direz-vous. Chaque jour des «personnes autorisées» nous expliquent que la crise est déjà finie, que le rebond des marchés témoigne de la confiance retrouvée, que les cours des matières premières se redressent, que les stocks se reconstituent, que le marché immobilier résiste au mieux, et que les plus bas boursiers sont derrière nous… Alors, chantons ! Et actons que tout va bien.
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Au nom du devoir d’optimisme qui s’impose à tout citoyen soucieux d’harmonie et de prospérité sociale, je ne me permets pas de contrarier ce beau concert. D’autant que le risque est réel de voir bientôt traqués au nom de l’intérêt collectif les esprits pessimistes suspects de provoquer l’aggravation de la crise au nom du principe fameux de prophétie autoréalisatrice. Celui-ci nous dit qu’une définition fausse de la situation provoque un comportement qui fait que cette définition devient vraie (
Robert K.Merton dans « Social Theory et Social Structure », 1949). Violemment opposée en 2008 aux pessimistes, cette théorie est maintenant appliquée par les autres avec un talent médiatique consommé, de sorte que selon une sorte d’effet placebo bien connu en médecine, en administrant aux investisseurs abattus par la grippe financière (de niveau 6) des nouvelles présentées comme bonnes, on obtient une belle poussée des marchés. Et cela se vérifie depuis quelques semaines !

Analysons les ingrédients que cache cette belle gélule miracle qui sauve la finance. On y trouve pêle-mêle un déficit budgétaire américain de près de 1.000 milliards de dollars, soit trois fois plus qu’en 2008 et 11% du PIB. Un déficit en Europe prévu à 6% du PIB en fin d’année, soit deux fois plus que la contrainte communautaire. Un nombre d’heures travaillées aux Etats-Unis en chute constante et un taux de chômage sans doute supérieur à 15 %. Des banquiers américains qui anticipent une baisse des demandes de crédit de l’économie réelle et s’empressent de rembourser les fonds de l’Etat (faut-il applaudir ?). Des crédits aux ménages en France en baisse de presque 30% sur un an, 36% pour l’immobilier, et des vendeurs ravis de lire dans le journal que le bien qu’ils cherchent désespérément à vendre a encore pris de la valeur. Eh puis, qui va croire que les bilans des entreprises se sont en quelques semaines assainis ?

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Bien sûr, la vérité est toujours complexe et l’avenir imprévisible. Reste que l’économie a un problème avec ses chroniqueurs. Ceux qui, il y a 6 mois, nous annoncaient la crise du siècle et en cherchaient les coupables, ceux qui n’avaient pas de mots assez durs pour dénoncer les apprentis-sorciers de la finance et demandaient des mesures rapides et radicales pour sauver la planète finance, nous expliquent aujourd’hui qu’un nouveau cycle de croissance solide et durable est en marche. Il s’installe une ambiance bizarre, celle d’un déni de crise, d’un déni de déficit public, d’un déni de chômage, celle d’un aveuglement décalé qui exprime peut-être que, dans le fond, un certain monde refuse de tourner une page. Et pourtant…

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