Vive le mutualisme !

Pour avoir fait longtemps partie du tout petit groupe (je devrais dire de la minuscule cohorte) des mordus de la coopération et autres mutualistes militants, je sais que nous étions bien peu nombreux (et moins encore) il y a encore quelques mois à défendre contre la «pensée unique» (et donc tous ceux qui l’hébergent) l’originalité du modèle coopératif et l’actualité de ses principes et valeurs.
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Alors survint la crise, les «subprimes», les dépréciations, les pertes. Et là, devant la banque affaiblie, des femmes et des hommes se lèvent, jusque là taiseux, jusque là bien discrets, pour dénoncer le dévoiement libéral des mutualistes, les trahisons de la coopération, le crime de lèse-valeurs !
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C’est le spectacle auquel nous assistions ce matin encore, lors de l’Assemblée générale de Crédit agricole S.A., sur les papiers verts, blancs, jaunes distribués à l’entrée, dans les questions au micro de ceux qui s’offrent quelques minutes de projecteurs (disons de longues minutes). Les incantations aux valeurs mutualistes (sorties de l’armoire aux accessoires) se bousculaient et s’affichaient accompagnées des désormais habituelles critiques contre tous les cupides qui les auraient piétinées et trahies.
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Pourquoi a-t-il fallu ce pépin majeur pour reparler de mutualisme ? Pourquoi les auteurs de ces propos définitifs ont-ils été si absents pour défendre notre modèle ces dernières décennies ? Où sont leurs écrits ? Où sont leurs journaux ? Où sont leurs préconisations ? Mais où est donc leur mouvement ? Et où est leur pensée à ceux qui aujourd’hui exposent le modèle coopératif comme l’étendard des vertus ?
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Tout cela ne peut que laisser perplexe. Peu à peu, les grandes convictions agissantes et dynamisantes, sans doute utopiques, ont laissé la place à une espèce de soupe dont on ne reconnait plus les légumes. Et voilà face à face, d’un côté, une forme de cynisme froid, de l’autre une colère sourde sans argument ni idéal. Tout cela ne relève plus de l’Histoire, celle des hommes, mais de l’histoire naturelle. Ce mutualisme-là a décidemment sa place rue Buffon, entre un squelette de tricératops et une canine de smilodon.

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