Banque d'investissement et société

Quelles leçons les grands établissements bancaires tirent-ils de la crise financière ? J’aimerais vous dire que de partout jaillissent des textes (re) fondateurs, des résolutions fortes, des changements d’approche. J’aimerais vous faire constater par les chiffres que les grandes banques ont résolument réduit leurs expositions aux risques, qu’elles ont intégré la nécessité de modérer leurs espérances de gains pour se concentrer sur le service aux clients. Ce n’est hélas pas tout-à-fait le cas. S’il leur a fallu composer avec les milliards de fonds propres en moins, avec des liquidités plus rares et des marchés déconcertants, beaucoup de professionnels et d’états-majors, tout particulièrement aux USA, n’en ont pas moins repris le rythme, le jargon, les objectifs, le quotidien de l’avant-crise. Comme si la crise était un simple orage nécessitant un bon coup de serpillère, et voilà !
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Devant un tel parti-pris, où les autres trouveront-ils la force, l’imagination, la persévérance pour travailler avec des objectifs et des réflexes différents ? C’est pourtant ce qu’a engagé notre Groupe coopératif. Cela doit nous réjouir même lorsque certains grands noms affichent pour le premier trimestre trois ou quatre fois plus de bénéfice que nous ! C’est normal, puisque nous avons décidé de réduire nos expositions aux risques des marchés boursiers, ce qui veut dire moins de gains quand les temps sont bons… mais aussi moins de pertes quand ils se dégradent.
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Il faut de la continuité dans cette orientation qui n’a de sens que sur la durée. Et c’est sur la durée que sa pertinence sera reconnue, que sa prudence sera récompensée par la régularité des résultats. C’est sur la durée aussi et surtout que sera remis en phase avec la société ce métier utile, nécessaire, mais dont on a vu qu’il pouvait devenir dangereux et néfaste quand il s’emballait dans des volumes déraisonnables. La responsabilité professionnelle appelle donc à changer profondément un certain nombre de choses.
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En évoquant ce sens de la responsabilité, je pense à Jean-Yves de la Giroday, qui vient de nous quitter ce vendredi. Il a dirigé de longues années le Crédit agricole Centre-Loire à Orléans. Cet homme, que j’ai eu la chance de seconder quelques années, m’a fait changer de regard sur la banque et sur la responsabilité des dirigeants. Il poussait l’exigence toujours plus loin, bien au-delà des limites que nous lui accordons d’habitude. Il se faisait une très haute idée de l’homme, de ses capacités à comprendre, à transformer, à combattre. Je peux simplement dire «voilà un banquier qui inspirait le respect» et je peux ajouter que lui, jamais, jamais, n’aurait pu dire : «allez, on continue comme avant !».

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