Bon banquier prête, mais pas trop…

Comment s’y retrouver dans les injonctions que reçoivent les banques depuis quelques semaines ? D’abord, nous avons entendu et lu que nous, banquiers, ne prêtions plus. Soupçonnés (le mot est faible) d’être responsables du ralentissement économique pour avoir fermé le robinet du crédit, nous nous sommes alors empressés d’expliquer que non, que nous prêtions, que nous n’avions jamais arrêté de prêter. Depuis quelques jours, nous entendons vous et moi que les banques prêtent trop, encourageant les clients à s’endetter au-delà du raisonnable. Et nous voilà appelés à plus de responsabilité. Alors trop ou trop peu ? Voilà la question.
Ces critiques reflètent dans leur contradiction toute la difficulté du métier. Prêter assez pour soutenir l’économie et dégager les marges nécessaires pour développer et pérenniser la banque. Ne prêter qu’à bon escient, pour éviter les situations de surendettement donc les risques, donc les provisions pour créances douteuses qui tôt ou tard se transforment en pertes et fragilisent les banques. Ce qui fait le bon équilibre entre les deux, c’est l’art d’analyser et d’anticiper les risques, et cet art est un métier qui porte un nom, celui de banquier.
C’est pour cela qu’on a tort de poser la question en volumes et montant de réalisations. La bonne question est celle de la qualité du crédit. Les banques du monde entier vont mal à cause d’une distribution du crédit développée sans respect des règles de la profession, sans juste évaluation des capacités de l’emprunteur à faire face à ses engagements, et, rappelons-le, par des non-banques. Les critiques faites aujourd’hui à la distribution de prêts revolving sans discernement et explications suffisantes, s’adressent aussi, très largement, à des non-banques. Aussi ne serait-il peut-être pas idiot de décider que ce sont les banquiers qui font les crédits, comme les médecins font la médecine et les architectes les maisons…

3 commentaires sur “Bon banquier prête, mais pas trop…

  1. Absolument. C’est d’ailleurs pour cela qu’à Pyrénées Gascogne, nous réunissons trois métiers qui sont pour nous trois sépcialités professionnelles ayant chacune leurs propres professionnels. Et voilà pourquoi nous affichons en ce moment en parlant des assureurs « ici, nous avons de vrais experts ». Je suis d’accord pour dire que l’assurance est comme la banque un métier de spécialiste. Ce métier, nous le pratiquons depuis bientôt 20 ans… Cela ne suffit-il pas pour parler de métier et de professionnel ?

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  2. Il y a autour du métier de banquier (je parle du banquier des entreprises et des ménages) quelque chose comme une « rage de dent » sur un terrain sensible. J’illustre : au début des années 80, comme jeune journaliste j’avais interviewé un banquier sur l’endettement. Je l’entends encore : « voyez-vous, le banquier est toujours accusé soit de couper les vivres soit de surendetter » suivi d’un soupir. Constat d’un décalage. En période normale on arrive à se comprendre. En période de crise ça ne peut que s’exacerber. Le pire c’est l’utilisation démagogique de la faille. Ca ne sert pas l’économie

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