le microcrédit dont on parle tant…

Encore un mot d’Afrique. Outre l’omniprésence du téléphone mobile, une nouvelle mode inonde les quartiers et villages du Sénégal : celle du microcrédit. Tout village, tout groupement de producteurs, d’artisans, de femmes, et même de coxers (les jeunes qui remplissent et accompagnent les minibus) se doit d’avoir sa caisse collective, solidaire, communautaire, mutuelle. La microfinance informelle existe pourtant en Afrique depuis la nuit des temps : prêt de travail d’abord, tontines et coopératives ensuite. Donc rien de nouveau. Si, pardon… Le neuf est dans le courant de mode qui traverse l’occident pour promouvoir le crédit accessible en circuit court par l’entremise des groupements et associations. Et comme nos sociétés croient avoir découvert la recette miracle, les collectes se font de plus en plus sur ce thème et les villages africains, excellents en marketing, ne parlent plus que par «microcrédit».

Crédit agricole Solidarité Développement, qui soutient «De l’eau pour le Sahel», membre de «Eau vive» dont la finalité est l’eau et l’assainissement, en est arrivé aussi à soutenir le microcrédit. Pourquoi ? Au départ, son projet est d’améliorer la sécurité, la propreté, l’hygiène, donc la santé. Ce faisant, en réduisant les corvées d’eau et les maladies, on libère du temps qui peut être consacré à de nouveaux développements. Et là, les systèmes traditionnels ont besoin de plus de carburant. Dans tel village, les brodeuses qui achètent déjà de la toile et du fil à crédit, envisagent d’acheter le drap en gros pour le payer moitié prix. Dans tel autre, forage et adduction d’eau sont maintenant terminés, et on a besoin de capitaux pour démarrer une activité de maraîchage. Le microcrédit est alors indispensable…


Dans ces démarches, le microcrédit n’est jamais une fin en soi, mais un levier. Des réalisations préalables ont apporté des nouvelles ressources et libéré du temps. Les groupes et les personnes peuvent en tirer profit et leur approche, progressive et globale, s’inscrit dans la durée. Le risque avec l’effet de mode actuel, c’est de développer du crédit pour du crédit, donc sans regarder l’important, à savoir les nouvelles valeurs créées. Le risque est de passer à coté de l’objectif principal qui est de générer par le crédit une surplus de valeur qui donnera à la collectivité et à chaque membre un capital de départ suffisant pour développer en toute sécurité une activité rentable sur la durée, et gagner ainsi l’autonomie. C’est vrai au Sénégal, c’est sans doute vrai chez nous…

2 commentaires sur “le microcrédit dont on parle tant…

  1. Le microcrédit est essentiel pour les pays pauvres, pour un développement réel et au plus près des population, il devrait remplacer petit à petit ou compléter le don envers les pays du tiers monde: « donne un poisson à un homme il mangera un jour, donne lui une canne à pêche il mangera toute sa vie ». Au fond il remplit le même besoin de développement qu’en Europe au 19ème siècle : des investissements vitaux et locaux, c’est à ce besoin qu’a répondu le Crédit Agricole pour les agriculteurs. et il est bienheureux que le CA continu à faire du microcrédit à travers notamment unsouriredurable.org .

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