Y-a-t-il un banquier dans la salle ?

Au moment où la crise s’aggrave et touche sévèrement de plus en plus d’entreprises et de salariés, rien de surprenant à ce que le banquier soit montré du doigt. Les mécanismes financiers sont complexes, et il est difficile d’expliquer que les banques en France se sont montrées plutôt prudentes et n’ont pas cédé à la facilité des crédits aux clientèles dites «subprimes». Reste que si elles ne sont pas seules responsables de la situation de crise, elles ne peuvent nier leurs excès et leurs erreurs, et que les critiques et la colère de clients et usagers sont compréhensibles et doivent être prises en compte. Mais d’où vient cet acharnement à les attiser? A qui profite-t-il? La question se pose tant les médias mettent d’ardeur à entretenir ce feu.
France-Inter, 15h15, un journaliste explique que les repreneurs d’une entreprise défaillante du Cantal vont en licencier le personnel. Il précise que des cadres avaient le projet de la reprendre, mais qu’ils n’ont pas réuni les 3 millions nécessaires. Pourquoi? Parce que les banques «frileuses» ne les ont pas financés… et d’ajouter sur un ton ironique que les banquiers ont préféré mettre 100 personnes au chômage! Ce journaliste a-t-il regardé le dossier? Est-il bien sûr que seules les banques interviennent dans son histoire? Est-il prêt, lui, à apporter sa caution ou ses capitaux? Peu importe, il en rajoute encore une couche, et ça passe bien…

Je lis le Nouvel observateur puis Challenges. Recette habituelle : des couvertures qui mettent en appétit «Ce que les banquiers nous cachent» et «Banques : méritent-elles notre confiance ?». Puis les trois incontournables volets : 1/ excès de la profession et inefficacité des contrôles. 2/ rémunération des dirigeants et bonus, avec la question centrale du «qui gagne quoi ?». 3/ critique en règle des «services inutiles et chers et des produits peu efficaces». On comprend bien la logique de ces exposés : les banquiers, avides et sans scrupules, ont conduit le pays à la crise et c’est vous qui payez… Les mois passent, la chanson ne change pas. Et toujours rien comme alternative… D’ailleurs, y-a-t-il quelque part quelqu’un qui cherche des (bonnes) solutions? Ce qui domine dans ces papiers, ce n’est pas l’ambition de corriger, c’est au contraire la fascination pour l’argent. Tenez, entre les pages 10 et 12 du «Nouvel obs», toutes les 5 lignes environ sont mentionnés des millions ou milliards de dollars, et au total sur trois pages, ce sont quelques 4.000 milliards d’Euros qui sont égrenés, servis au détail… J’ai cherché en vain des mots comme «justice» ou «solidarité» ….

Tiens, on pourrait interviewer des banquiers de terrain, leur demander comment ils voient leur utilité; demander aux clients en difficultés à qui ils peuvent en parler et qui les aide vraiment; passer un peu de temps avec les gens pour échanger dans le fond; faire un point précis sur les dossiers remontés au médiateur et sur leur règlement; et pourquoi pas, se demander si les banques mutualistes ont des idées ou des réponses? Stop… je fais fausse route, je ne suis plus sur le terrain de l’émotion, je m’égare… d’ailleurs, je me sens seul…

3 commentaires sur “Y-a-t-il un banquier dans la salle ?

  1. Vous dénoncez l’absence de raisonnement. Et c’est vrai. Qui se soucie des textes réels? Je me laisse aussi parfois abuser, mais je fais l’effort d’aller à la source des textes, lois, ou choses… Mais où sont ces efforts? Les journaux critiquant le libéralisme ne font rien d’autre en cherchant les manchettes pour faire vendre au mépris du fond…Mais, ce travers n’est pas propre aux grands médias, n’existe-t-il pas ce jugement sur l’apparence des choses au mépris de leur réalité (c’est à dire ce qu’elles sont vraiment) jusqu’au sein des entreprises elles-mêmes. Combien de dossier sont-ils caricaturés comme les banquiers le sont dans les hebdomadaires? Mais tout comme vous je m’égare….

    J'aime

  2. Ce n’est pas faux, ce n’est pas faux… et personne n’est à l’abri de la simplification à outrance. Reste que nous sommes les uns et les autres dotés d’une conscience qui doit de temps en temps nous rappeler à l’ordre…

    J'aime

  3. De tout temps, nous avons cherché une tête de turc prompte à répondre de tous nos problèmes.Etant à présent aux Etats-Unis, et ayant une banque ici, forcément, je peux mesurer à quel point il existe des approches fondamentalement différentes entre les banques de détail françaises et US. Je crois qu’il est difficile de comprendre comment tout cela a pu arriver sans regarder à la source… et la source est ici.Jean,Je crois que tu alourdis ta propre croix en mode Auto-Flagellation, car le Crédit Agricole en particulier et les banques françaises en général, ne me semblent pas responsables de l’état de notre économie nationale.Cela me rappelle quand la première bulle Internet a éclaté et que certains de mes copains entrepreneurs se sont fait trainer dans la boue par la presse, comme s’ils avaient volé l’argent qu’ils levaient pour faire des faillites volontaires et virer des gamins qu’ils avaient exploités 70 heures par semaine.Ces mêmes medias titraient quelques semaines auparavant que les grands groupes ne savaient plus retenir leurs cadres (lisez n’avaient plus les moyens) enthousiasmés par des plans de stocks options sur des projets qui finiraient tous au Nasdaq et qu’ils avaient raisons de s’engouffrer dans les Dotcoms, sur le constat, bien-sûr que les grands groupes n’avaient plus rien à offrir, si ce n’est des plans de licenciement aveugles quand il fallait satisfaire l’appétit des fonds de pension américains.Je crois que tu n’es pas seul, c’est juste ton tour… et tu vas avoir du mal faire dévier l’orage, malgré les valeurs justes que tu défends et ta bonne foi.Après la pluie… 😉

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s