Changer de logiciel ?

La crise mondiale que nous traversons semble avoir réduit à néant, dans l’esprit des gouvernements comme pour le grand public, l’attrait pour l’ultralibéralisme. Cette théorie économique a connu ses heures de gloire au début des années 80, à l’ère Reagan-Thatcher. Il s’agissait alors de sortir de l’Etat-providence keynésien, embourbé dans la stagflation consécutive au double choc pétrolier de 1974 et de 1979 et contre lequel les politiques de relance par la demande s’étaient avérées totalement inefficaces.

Aujourd’hui, au regard des excès révélés par la crise, notamment exacerbés par la cupidité de quelques « happy few » qui se sont drapés dans le noble manteau de l’hyper-expertise pour justifier leurs rémunérations pharaoniques, cette doctrine semble à ranger au magasin des accessoires inutiles. Elle a montré son amoralité consistant à individualiser les profits en période de croissance et à collectiviser les pertes en temps de crise.

Comme par un retour du balancier de l’Histoire, nous assistons au regain des vertus du dirigisme économique, pudiquement dénommé régulation.
Faut-il pour autant, malgré le désastre économique que nous connaissons, jeter le bébé avec l’eau du bain ?

Il serait fou de croire que l’Etat peut tout régler, tout réguler et, ce faisant, résoudre tous les problèmes. Au XXème siècle, tous les pays qui ont adopté ce principe d’omnipotence de l’Etat comme fondement de leur organisation sociale et économique se sont tous effondrés, incapables de prouver dans la « vraie vie » l’efficacité du modèle sous-tendu par la théorie. La chute de ces régimes, plus ou moins totalitaires, symboliquement marquée par la chute du mur de Berlin a même été vue par certains comme fin de l’Histoire, voire comme la véritable date d’entrée dans le XXIème siècle.

Sous le double effet de la contrainte de la crise et du renforcement de la doctrine « étatique », nous nous dirigeons tout droit vers la constitution d’une nouvelle bulle et donc d’une nouvelle crise majeure. Que penser en effet, des milliers de milliards de dollars injectés conjointement par les Etats et les Banques Centrales ? Les émissions obligataires engendrées par l’accroissement massif de l’endettement des Etats ne pourront être absorbées par le marché. Aussi, afin d’éviter une crise obligataire se traduisant par une forte remontée des taux à moyen-long terme, ce sont les banques centrales, s’engageant dans une politique monétaire non conventionnelle, qui deviennent « investisseurs en dernier ressort » en souscrivant aux émissions de dette publique. L’entrée à l’actif du bilan des Banques Centrales de « papier » d’Etat se traduit à leur passif par une création monétaire à due concurrence. Autrement dit, pour reprendre une expression populaire, la « planche à billets » tourne à plein régime.


Dès lors, tous les ingrédients semblent réunis pour créer un cocktail explosif. D’une part un risque inflationniste majeur, à moyen terme, car on ne peut durablement déconnecter la croissance de la masse monétaire de celle de l’économie réelle. D’autre part, l’alourdissement de l’endettement des Etats, pouvant dans certains cas les mettre au bord de la faillite, ne pourra qu’entraîner tôt ou tard un poids accru de la fiscalité pesant sur les agents économiques car ce sont eux qui devront, in fine, assurer le remboursement de ces dettes.
On voit donc mal comment l’économie pourra redécoller de façon significative avec de telles « semelles de plomb ». Le risque inflationniste conduira les Banques Centrales à remonter sévèrement leurs taux d’intervention pour assécher les excédents de liquidité injectés aujourd’hui avec des « lances à incendie » afin d’éviter l’effondrement du système bancaire, voire de quelques entreprises internationales.

On voit bien également qu’il serait fou de penser que la création de richesse viendra des Etats. Seules les entreprises ont cette vertu par leur capacité d’innovation et leur capacité à être compétitives. Les politiques gouvernementales de relance doivent donc davantage favoriser l’offre, c’est-à-dire l’investissement des entreprises, que stimuler la demande qui ne peut avoir d’effet qu’à court terme et qui risque de détériorer la balance commerciale de pays sous-industrialisés.

Cependant, le contexte de la crise est tel aujourd’hui, qu’il faut sans doute user des deux leviers de relance afin d’éviter d’entrer en déflation voire en dépression.

Alors, faut-il changer de « logiciel économique » ?

Si l’ultralibéralisme a montré ses limites à travers…ses excès, faut-il pour autant abandonner une doctrine qui place l’entreprise au cœur du dispositif de la croissance et qui a montré tout de même son efficacité pour assurer le développement d’un bon nombre de pays émergents depuis près de trente ans ? Faut-il se tourner vers des économies dirigées, étatisées qui semblent aujourd’hui, sur fond de crise, être dotées de toutes les vertus, mais qui ont montré également leur faillite à la fin des « trente glorieuses ». Alors, entre le Charybde de l’ultralibéralisme et le Scylla des économies dirigées, n’y aurait-il pas une troisième voie, qui ferait la part belle à la fois à l’entreprise et à l’homme, qui aurait pour finalité un développement économique durable au service de l’homme et des territoires sur lesquels il vit…Vous avez dit mutualisme ?

Un commentaire sur “Changer de logiciel ?

  1. La hausse prévisible des taux longs générés par les émissions obligataires massives non absorbées freinera mécaniquement la distribution du crédit long terme nécessaire à la relance de la croissance, sauf à ce que les banques acceptent de prendre des risques pour abaisser leur coût de revient. Ce faisant, elles fragiliseront leur revenus futurs (et donc leur capacité à soutenir l’économie)en cas de hausse des taux courts consécutifs à une remontée d’inflation. Et nous revenons au point de départ avec un rythme beaucoup plus rapide!Le pire n’étant jamais certain. Il faut souhaiter que d’autres moyens de soutien à l’économie, qui ne grèvent pas la capacité d’emprunt des agents économiques, soient utilisés. La bonne consommation des ménages sur janvier est un élément à prendre en compte et à encourager par l’ensemble des acteurs économiques dans le dispositif actuel.

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