Ne bouffez pas de banquiers, ils sont toxiques !

Vous remarquerez que, dans une sérénité digne des plus grands sages de l’Orient, j’ai peu commenté les reproches qui s’abattent depuis quelques semaines sur les banquiers (c’est vrai, on n’est pas fiers de ce qui s’est passé, donc on la ramène pas). Mais quand les limites sont largement dépassées, peut-on encore se taire ? Ce matin, France Inter se scandalise longuement : « il est quand même fort de café que ces banquiers qui font des bénéfices aient besoin des aides de l’Etat ! » Et personne pour dire : « S’ils font des bénéfices et qu’ils ont quand même besoin des aides de l’Etat, c’est peut-être qu’on n’a pas tout compris ? » Ni pour ajouter : « Est-ce que ce ne serait pas aux journalistes de l’expliquer d’ailleurs ? ».
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Depuis des semaines, tous les hâbleurs du pays s’indignent de ce que les banques ont reçu des aides de l’Etat, des subventions, alors qu’il s’agit de prêts et de garanties qui permettent de trouver des financements sur un marché tétanisé. Et ces garanties, les banques les paient au prix très fort. Est-ce si compliqué que cela à expliquer ? Non, mais c’est moins croustillant que de s’indigner : « Regardez, on donne des milliards à des gens qui n’en ont pas besoin ! » Le gouvernement lui-même renonce à la pédagogie nécessaire; et pour se protéger du malentendu susceptible de décrédibiliser sa propre action, il fourre dans un même sac bonus, dividendes, frilosité, marges indues, attache le tout au cou du banquier, et lui dit « cours, je lâche les chiens »…
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Et si brutalement une banque disait « Gardez tout ça, j’en ai pas besoin ? », tout le monde dirait alors « Ce n’était donc pas un cadeau ? » et toute la belle logique s’effondrerait. Or, on trouve bien cette information
dans Le Monde ou dans La Tribune par exemple, mais les médias relaient peu de peur sans doute de perturber le jeu qui va bien : « Tu as failli, donc tu as besoin de moi ; tu as besoin de moi, donc je peux t’asservir ; tu es mon sujet, donc je peux te livrer à la vindicte populaire ». Le style a beau être moyenâgeux, il est hélas très tendance…
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J’éteins la radio et tombe sur un discours de Nicolas Hayek, PDG de
Swatch Group datant du 5 septembre dernier où il sonne l’hallali contre l’économie virtuelle : « La nouvelle mentalité boursière et financière n’a qu’un seul but, l’argent, l’argent et encore l’argent… », « Avec sa meute de virtuoses et d’acrobates de la bonne gouvernance, pétris d’hypocrisie et à la langue fourchue, ces nouveaux apôtres de la finance, cette profusion de spéculateurs, de joueurs assoiffés d’argent, d’hasardeurs, ces pharisiens… » Sachant qu’une montre Breguet, Blancpain ou Glashütte (du groupe Swatch) coûte rarement moins de 15.000 € et certaines plus de 100.000 €, cette détestable économie virtuelle ne contribue-t-elle pas à quelques réalités sonnantes ?
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Bon, je me rabats sur la télé et découvre le visage réjoui d’une jeune belge qui vient de gagner d’un seul coup et sans grand effort 600.000 € à un jeu télévisé. Là, aucun commentaire désagréable, tout le monde est content. CQFD. Nous sommes dans la société de civilisation des chasses à courre et jeux de cirque… Bravo au gagnant, même si c’est par hasard, malheur au perdant, même s’il a bossé… Je ne vois pas là une éthique nouvelle ni de quoi générer un monde meilleur !

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