L'Enfer de Dante

A l’image de la Divine Comédie où Dante, lui-même personnage principal de son allégorie, descendant en Enfer, traverse les différents états de péchés par degré de gravité croissante, la crise que nous traversons amène chaque jour de nouveaux rebondissements toujours plus exceptionnels toujours plus spectaculaires et à chaque fois qualifiés d’inédits voire d’historiques. La période que nous vivons est littéralement dantesque.

Depuis les formidables dépréciations des encours de dérivés de crédits, en passant par l’affaire KERVIEL, puis par le chute de grandes banques américaines, plus que centenaires et réputées, jusqu’à présent, invincibles, l’effet domino se poursuit dans l’économie réelle avec la faillite annoncée des principales firmes automobiles américaines, sans compter les conséquences dramatiques, à l’échelle mondiale, de la crise au plan de la récession et du chômage aggravé. A tout ceci, est venu se rajouter ces derniers jours, l’affaire MADOFF, dont le détournement est proche de dix fois les sommes perdues par Jérôme KERVIEL, comme si les monde de la finance n’était pas déjà assez démonétisé par ses errements passés et comme si nous n’avions pas encore touché le fond de l’inimaginable. La crédibilité des banquiers, des financiers et des autorités régulatrices aura du mal à s’en relever.

Si la période apparaît exceptionnelle s’agissant de la diffusion de la crise, elle l’est également en ce qui concerne les mesures correctives impulsées par les gouvernements et les banques centrales. Si les temps que nous vivons n’étaient pas dramatiques au plan économique, ils seraient passionnants au plan intellectuel : c’est un peu comme si nous nous trouvions au coeur d’un laboratoire de recherche économique où les théories de l’offre et de la demande s’affrontent, en grandeur réelle. Ces dernières ayant d’ailleurs largement « repris du poil de la bête », ces derniers temps, avec les mesures prises par les différents gouvernements qui s’inspirent en grande partie des théories keynésiennes mises en œuvre après la crise de 1929. De leur côté, les banques centrales, toujours guidées par les théories monétaristes, font jouer la « planche à billets » en créant toujours plus de liquidités et tentent de lutter contre une déflation généralisée par une baisse drastique et rapide de leurs taux d’intervention. Nous ne pouvons qu’être curieux et impatients de mesurer l’effet de ces « remèdes de cheval » sur la relance économique et ce, dans quel délai, alors que l’année 2009 s’annonce sous les pires auspices.

Ce qui est certain aujourd’hui, c’est qu’au-delà de l’indispensable extinction de l’incendie qui embrase le monde, une fois les prémisses de reprise engagés, viendra le temps de la réflexion et de la refondation d’une économie moins régie par la cupidité et davantage par un développement plus raisonné et plus raisonnable au service du progrès économique réel. Lors du 3ème colloque « Perspectives Mutualistes » qui s’est tenu récemment à Reims, Luc FERRY, « grand témoin » de cette manifestation, a qualifié l’époque qui est en train de s’achever sous nos yeux comme celle de la « mondialisation du non sens ». Celle de l’argent pour l’argent, celle de la consommation pour la consommation, celle du court terme au détriment du long terme. Bref, une économie mondialisée, somme toute très éloignée du vrai sens du progrès économique au service de l’homme.

Il est probable que l’économie de demain fera une part plus grande au temps, au long terme plutôt qu’au court terme. Autrement dit, le sens du temps devra être davantage pris en compte. Ce sera aussi une économie fondée sur le sens donné à l’action. Ce sera en quelque sorte le temps du sens. Le sens du temps et le temps du sens ne sont-ils pas des éléments caractéristiques de l’économie mutualiste et coopérative ?

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