Le déclin de l'empire américain ?

Non, je ne vais pas parler de cinéma même si cette expression évoque toujours le titre éponyme du film du milieu des années 80, du québécois Denys Arcand, dont le thème en était très éloigné puisqu’il retraçait, sous forme d’une comédie ethnographique, la vie affective et sexuelle, assez chavirée, d’une bande d’intellectuels «baby-boomers» hédonistes, plus ou moins « libérés » et surtout très individualistes. Le sujet de ce billet est sans doute (hélas ?) moins léger.

Le « National Intelligence Council », organe en charge de rassembler les différentes analyses géopolitiques des services de renseignements américains, a publié, le 19 novembre, un intéressant rapport sur l’avenir « etatsunien ». Il y est notamment indiqué qu’en 2025, «les Etats-Unis ne seront plus que l’un des principaux acteurs sur la scène mondiale, même s’ils resteront le plus puissant ». Le rapport décrit un monde instable et multipolaire où le pouvoir économique glisserait de l’Occident à l’Orient. La Chine deviendrait un leader au plan économique et, avec l’Inde, la Russie et le Brésil, pèseraient autant que les pays de l’actuel G7. Les enjeux concernant les matières premières et les ressources énergétiques y sont considérés comme une problématique majeure pour les quinze prochaines années sans que l’on voie bien les solutions pour en sortir à cette échéance. La pénurie d’eau toucherait une cinquantaine de pays et le terrorisme se maintiendrait, voire se renforcerait, sur fond de prolifération nucléaire, à travers de nombreux conflits locaux nées de la concurrence pour l’accès à l’eau et à l’énergie. Les tendances démographiques déjà connues sont confirmées avec une population mondiale estimée à 8 milliards en 2025, malgré une Chine en déclin démographique à partir de 2015.

Somme toute assez pessimiste, le rapport l’est également, s’agissant du déséquilibre climatique, puisqu’il évoque un possible « effet de seuil » dont le franchissement pourrait entraîner un désordre climatique irréversible, quelles que soient les mesures adoptées pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Ces éléments de prospective, sont très proches de ce qu’évoque Jacques ATTALI dans son récent ouvrage « Une brève histoire de l’avenir ». En retraçant le déplacement des « centres » du capitalisme, ou de « l’ordre marchand », au cours de l’histoire, il anticipe que l’actuel centre, situé selon lui en Californie, cœur de l’économie de la connaissance à l’origine de l’industrialisation des services, se déplacera en Asie au cours de prochaines décennies. S’il fallait retenir un seul indice de cette tendance lourde : aujourd’hui, deux tiers des diplômés américains en sciences et en ingénierie sont d’origine asiatique. Beaucoup d’autres points évoqués dans ce rapport se retrouvent dans les propos de Jacques ATTALI : du risque climatique à « l’hyperconflit »…

L’effondrement récent du modèle financier considéré encore jusqu’il y à peu de temps comme indépassable et invulnérable de par sa sophistication, les faillites annoncées des fleurons de l’industrie automobile américaine, l’enlisement dans des conflits géostratégiques sans fin, semblent confirmer ces anticipations.

Alors, un déclin de l’empire américain annoncé ? Sans doute, mais ne sous-estimons pas la formidable capacité de résilience et de rebond de l’Amérique. Nous allons donc vraisemblablement, comme l’indique ce rapport, vers un monde multipolaire, où les Etats-Unis devront compter avec d’autres puissances de taille comparable mais sans que la perte de leur suprématie mondiale ne se traduise par une relégation dans les profondeurs du peloton.

La crise que nous traversons a au moins le mérite de faire murir rapidement les esprits sur les changements nécessaires à déployer pour en sortir. Barack OBAMA, nouvellement élu, sur les épaules de qui beaucoup d’espoirs reposent, sera-t-il de la taille des ROOSEVELT, GORBATCHEV ou DENG XIAO PING, qui chacun en leur temps, ont « tordu » le cours de l’Histoire pour faire sortir leur pays des impasses dans lesquelles ils se trouvaient ?

Si l’on garde un peu d’optimisme dans une période où le pessimisme domine, gageons que les voies de sorties de crise passeront par un développement économique véritablement plus durable, un développement renforcé des nouvelles technologies, une gouvernance mondiale plus coopérative, le tout au service d’un humanisme affirmé.

Un commentaire sur “Le déclin de l'empire américain ?

  1. Déclin…Quelle Attente?Très bien, les américains sont blessés dans leur économie comme dans leur honneur d’ailleurs. Mais n’est ce pas dans l’épreuve qu’ils sont les meilleurs.Obama est porteur de compétence. Ne place t’il pas internet au cœur de son action politique? Au-delà de sa compréhension fine du web,il devrait faire de la science en général,le principal levier de transformation de l’économie. Le développement des start-up (les emplois de demain)sera protégé par le renforcement des dispositions anti-trust et l’accentuation d’une politique attractive de l’immigration qui va continuer à attirer les meilleurs talents mondiaux. Le rééquilibrage atlantique tant attendu est loin d’être acquis (bonne ou mauvaise nouvelle …..)

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