Bonheur Intérieur Brut

L’INSEE vient de publier l’édition 2008 de son rapport intitulé « Portrait social de la France ». Au delà des statistiques classiques sur la démographie, l’éducation, l’emploi, le chômage et les dépenses de consommation des ménages, cette édition consacre un dossier complet au bonheur des français, intitulé « Le bonheur attend-il le nombre des années ? »

Si nous sommes tous convaincus que le degré plus ou moins fort de la croissance économique ne suffit pas à mesurer le bien-être de la population d’une nation, c’est une véritable gageure pour les économistes de tenter d’analyser au plan statistique le bonheur de chacun d’entre nous, notion éminemment subjective et personnelle.

Les philosophes, de tout temps, ont essayé de conceptualiser ce sentiment profondément humain, d’en déterminer les moteurs et la meilleure façon de s’en rapprocher. D’Aristote à Epicure, en passant par les Stoïciens, Kant et Schopenhauer, tous, schématiquement, ont affirmé, à des degrés divers, que la mesure, le réalisme et la raison constituaient les meilleures voies de la sagesse et du bonheur. Mais sommes-nous assez sages pour adopter cette conduite de vie ? Gaston Bachelard a bien posé le problème de l’homme :
« L’homme est une création du désir et non une création du besoin ». Alors que le besoin dit « Assez ! », le désir dit « Encore ! », c’est bien ce qui fait que l’insatisfaction soit la règle et la satisfaction l’exception.

Aujourd’hui les économistes se sont emparés du sujet. La grande question qui se pose à eux est le choix d’indicateurs objectifs. Si le niveau de richesse est le premier auquel on pense, on verra que l’adage « l’argent ne fait pas le bonheur » garde toute sa pertinence, au moins dans les pays développés. Davantage que le revenu en valeur absolue, c’est son positionnement relatif sur l’échelle sociale qui reste un facteur déterminant de satisfaction ou d’insatisfaction. D’autres éléments, beaucoup plus subjectifs, sont essentiels : le sentiment de liberté, l’autonomie dans son travail, la sécurité, la qualité de la vie sociale et affective, la santé, mais également la tolérance et la solidarité.

Au total, quels sont les principaux enseignements de cette étude ?

« Au tournant de la quarantaine, l’homme est triste… », c’est ainsi que l’on pourrait résumer les différentes analyses de l’enquête. En effet, on s’aperçoit que le niveau de bonheur « perçu » baisse régulièrement entre 20 et 50 ans pour remonter ensuite et atteindre un « pic » aux alentours de 65 ans. C’est à l’âge ou les revenus et le niveau de consommation sont les plus élevés que le « moral » est au plus bas. Autre enseignement : alors que le revenu national brut par habitant est passé de 14 000 à 24 000 euros, en euros constants, entre 1975 et 2000, la part des personnes se déclarant très satisfaites ou plutôt satisfaites de leur vie est restée stable sur la période, entre 70 et 80%.

Que faut-il en penser ? Tout d’abord que ce sont des moyennes et que celle-ci cachent évidemment des appréciations individuelles très contrastées, que le niveau de revenu et de consommation sont peu déterminants au regard d’autres critères plus subjectifs et qu’enfin le « pic de bonheur », entre 65 et 70 ans montre sans doute que le degré de liberté et d’autonomie, dans l’organisation de sa vie, associé à une certaine sagesse relative à ses désirs et ses besoins, sont source d’apaisement et de sérénité. On deviendrait philosophe à 65 ans ?

2 commentaires sur “Bonheur Intérieur Brut

  1. Epicure enseignait la recherche des plaisirs simples. Le bonheur est souvent à portée de main, mais encore faut-il avoir la lucidité de le reconnaitre. A trop se laisser envahir par les soucis ou l’insatisfaction, au travail, dans la vie de tous les jours, on perd de vue l’essentiel: le fait d’exister, avec ce que cela a d’unique, d’improbable, de merveilleux. Nous avons trop tendance à l’oublier, mais c’est maintenant, ce n’est que maintenant que nous vivons. N’attendons pas d’avoir 65 ans pour être plus heureux, sachons profiter, aussi, des plaisirs même minuscules que nous procure la vie.

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