Facteur 100, facteur 10…

Il existe désormais un consensus pour qualifier la crise que nous traversons comme étant d’ampleur comparable à celle de 1929. Les observateurs ajoutant aussitôt que la comparaison ne s’applique pas aux politiques conduites par les gouvernements et les banques centrales. Alors qu’en 1929, les mesures prises, de nature restrictive, n’avaient fait que précipiter et aggraver la récession, il est aujourd’hui admis que les injections massives de liquidités par les états et les banques centrales constituent la seule conduite à tenir pour sauver ce qui peut l’être et éviter un crash brutal de l’économie mondiale.

La double question que l’on peut légitimement se poser est la suivante : est-ce que toutes les mauvaises nouvelles, s’agissant de la partie « financière » de la crise, sont derrière nous et est-ce que les mesures d’ores et déjà prises seront suffisantes pour éteindre l’incendie ?
Les enjeux, au plan des chiffres, peuvent nous laisser en douter.
Deux montants suffisent à illustrer cet écart entre les encours risqués et les sommes allouées aux plans de sauvetage. D’un côté, l’encours américain des CDS (« Credit Default Swap »), instrument dérivé de crédit constitutif, en grande partie, des actifs qualifiés désormais de « toxiques », s’élève à 62 000 milliards de dollars, ce qui, notons-le au passage, correspond à un montant voisin de l’ensemble des dépôts bancaires de la planète. De l’autre côté, le «plan PAULSON» et la recapitalisation des assureurs « monolines » FANNIE MAE et FREDDIE MAC représente un « petit » millier de milliards de dollars. Autrement dit, il existe un facteur 100 entre les encours risqués et les sommes allouées aux plans de sauvegarde. De façon schématique, on parle d’une centaine de milliers de milliards de dollars d’un côté et d’un millier de milliards de dollars de l’autre. Comme le pire n’est jamais certain, espérons que les mesures prises ne seront pas uniquement cosmétiques.
Un peu comme sur une échelle de zéro à l’infini, il n’est pas inutile de rappeler, par ailleurs, que les sommes débloquées, en urgence, dans le cadre de la crise financière, sont de loin supérieures à celles qu’il faudrait consacrer pour éradiquer la faim dans le monde. Les différents plans de sauvegarde engagés au Etats-Unis et en Europe vont avoisiner les 2 500 milliards d’euros alors que l’on sait, par ailleurs, qu’il faudrait environ 150 milliards d’euros d’investissement dans les pays pauvres pour atteindre l’objectif du millénaire. On parle ici d’un facteur 10.
Sommes-nous bien conscients de ces enjeux honteux au plan éthique, et explosifs au plan des conflits à venir ? Le sentiment d’injustice et le désespoir ont toujours été, au cours de l’histoire, les ferments des révoltes voire des révolutions.

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