"Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés"*

La finance internationale est en feu. Il ne se passe guère une journée, sans qu’un nouvel établissement financier ne fasse défaut. Le dernier en date est européen, il s’agit de FORTIS. Demain, à qui le tour ?

A chaque chute, la surprise est totale car l’établissement concerné s’est bien gardé de communiquer sur ses difficultés afin d’éviter toute panique bancaire, c’est-à-dire une ruée des déposants vers les guichets, comme nous l’avons vu lors de la faillite de NORTHERN ROCK. On peut donc supposer que d’autres banques vont être frappées à leur tour dans les prochains jours ou les prochaines semaines, sans que l’on soupçonne aujourd’hui la fragilité de leur situation.

Comme dans tout incendie majeur, il y a un point d’équilibre à trouver pour que les moyens de sauvegarde mis en œuvre prennent de vitesse la propagation du feu. Combien de « Canadairs » de dollars faudra-t-il pour arrêter cette extension destructrice ?

Je ne reviens pas sur les causes de cette crise, désormais connues car rabâchées par tous les médias depuis plusieurs mois. Ce qui est sans doute plus obscur pour tout un chacun, c’est la façon dont cette « peste » contamine les établissements financiers. On conçoit aujourd’hui que l’évolution de la maladie se déroule en trois temps.

Premier temps, cela commence par une crise de solvabilité, c’est à dire que les fonds propres de l’établissement deviennent insuffisants pour faire face aux dépréciations massives des actifs que l’on qualifie désormais de «toxiques». Le remède à cette première phase de la maladie est l’augmentation de capital, autrement dit, appel public au renflouement, sur base de volontariat quand la collecte des fonds s’opère par le marché, ou appel forcé quand l’Etat intervient car, dans ce dernier cas, c’est le contribuable qui, tôt ou tard, doit mettre la main à la poche.

La deuxième phase de la maladie est la crise de liquidité, c’est à dire, l’incapacité pour un établissement de se refinancer, à court terme, auprès de ses confrères. Les établissements concernés sont alors mis sous « respiration artificielle » par les banques centrales, agissant comme prêteurs en dernier ressort. Chaque injection de dizaines voire de centaines de milliards de dollars ou d’euros se matérialise par une création de monnaie centrale (création monétaire opérée par les banques centrales), dont l’image populaire est la « planche à billets ». En fait, la « planche à billets » n’est plus utilisée puisqu’il s’agit désormais de monnaie scripturale. Cette injection massive de liquidités peut ne pas être sans conséquences inflationnistes à moyen terme, mais ce n’est pas le sujet pour le moment. Quand un pompier intervient, son problème n’est pas de se préoccuper des dégâts causés par sa lance d’incendie, sa priorité c’est d’éteindre le feu.

La troisième phase de la maladie que l’on ne voit pas encore vraiment se concrétiser, sera la dépréciation des «goodwills». En effet, ces immobilisations incorporelles correspondent aux « survaleurs » payées lors d’acquisitions d’entreprises et dont la durée d’utilisation est indéterminée. Il s’agit, dans le jargon des comptables, d’en déterminer, à chaque arrêté, la valeur recouvrable et éventuellement d’enregistrer une dépréciation si cette valeur est inférieure à celle figurant au bilan. Ces dépréciations, dont on voit mal, comment on pourrait y échapper, risquent d’achever les malades en entamant un peu plus leurs fonds propres.

Les «autorités médicales» se penchent actuellement sur un nouveau protocole thérapeutique consistant à amputer les parties malades des bilans pour les mettre sous «couveuses» en attendant des jours meilleurs. Cependant, devant le nombre de malades et la capacité limitée des «couveuses», estimée aujourd’hui à 700 milliards de dollars, se pose un double problème éthique : qui sauver en priorité ? et qui devra financer, au bout du compte, les « couveuses » ?

Si l’on peut espérer que les progrès de la médecine financière d’urgence, permettront d’éviter le collapsus général de l’économie, viendra, avec le temps de la convalescence, celui de la recherche des vecteurs porteurs de la maladie et de leur éradication. Espérons alors que, comme dans la fable précédemment citée, on ne se contentera pas seulement de crier « haro sur le Baudet ».

* Jean de la Fontaine : Les animaux malades de la peste

2 commentaires sur “"Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés"*

  1. et j’aimerais bien avoir quelques chiffres à cruncher s’agissant de la troisième phase… des zilliards de dollars d’Asset Management impactés… et quels impacts sur les fonds de pension et retraites.. ??(première visite sur ce blog… en provenance de pocarles.com )

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  2. Projetons nous 20 ans en avant et hasardons nous à une prise de recul, comme sait le faire l’économie, la science du constat par excellence. La crise financière de 2008 ? la fin d’un cycle cher ami, et le début d’un autre…Car la voilà la théorie économique intouchable, l’argumentation massue: la « théorie des cycles » ou « la résignation et la fatalité dans toute leur splendeur »! Des longs, des courts, les uns dans les autres, de la naissance à la mort d’un produit, les cycles sont partout, présents sur toutes les échelles et dimensions. Ils nous dépassent et nous rappellent notre impuissance, telle une main invisible… L’éclatement d’une bulle, et ça repart. A moins que l’action concertée, la prise de conscience collective, le volontarisme raisonné ouvrent la voie? A moins que le modèle coopératif et mutualiste reprenne des couleurs (s’il en avait perdu)? Car, souvenons-nous, c’est bien l’action et la volonté de quelques hommes, pour soutenir le développement du monde agricole, qui donnèrent naissance au Crédit Agricole. Oui, souvenons nous, c’était en 2008 et les choses ont changé.Un collègue PG

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