Que faire des 700 Milliards ?

Il y a une rumeur que je tiens à corriger, dans une période qui en nourrit beaucoup trop : ceux qui ont cru me reconnaître ici de dos sur cette photo se sont trompés, puisque (retenu par des obligations antérieures), je n’ai pas participé à la réunion organisée à Washington entre le président en exercice, celui qui va bientôt le remplacer et celui qui s’évitera de justesse la gestion d’une crise longue et douloureuse…
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Pardon, on ne plaisante pas sur un sujet aussi grave… Surtout au moment où le monde entier attend la fumée blanche, je veux dire l’aboutissement des négociations sur le plan de sauvetage des banques voulu par le Président américain. En fin de conclave, la fumée blanche est une bonne nouvelle en soi, et on ne se préoccupe qu’après du profil du nouveau Pape. Il en est de même ici, où face à une situation complexe et changeante, abattus par les flots de mauvaises nouvelles, les observateurs se préparent à applaudir n’importe quelle disposition, du moment qu’il y en a une. Dans ce contexte d’urgence, se mettre d’accord tout de suite n’aurait pas fait sérieux. Il faut des discussions, des oppositions, des négociations, pour que chacun voit bien qu’au-delà de l’annonce, il y a un solide plan d’action.
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Or ce plan, que peut-il être ? D’un coté, il ya ce qui est certain, à savoir que la dette américaine va être portée à 11.300 milliards de dollars, ce qui fait environ 37.000 dollars par citoyen, soit plus de 100.000 Euros par famille. De l’autre coté, il y a les nombreuses questions : quels actifs ce fond spécial va-t-il acheter, à quel prix, à qui, comment ne pas privilégier un établissement au détriment d’un concurrent plus vertueux…? Si tout le monde a bien compris qu’il était urgent d’intervenir, que la crise allait couter cher, et que l’Etat ne pouvait plus agir au coup par coup sans être inévitablement taxé de favoritisme, on voit qu’il est bien difficile de faire de ces 700 milliards supplémentaires le coupe-feu indispensable.
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Le dispositif et ses réglages doivent répondre à un impératif d’efficacité, ce qui n’est déjà pas simple, mais aussi à celui de légitimité, ce qui est encore plus délicat. L’intervention de l’Etat dans les affaires privées et concurrentielles est en soi perturbatrice des marchés. Au regard des sommes engagées, de l’endettement public, de la sollicitation des contribuables, cette intervention massive fait naître le devoir de rendre-compte et d’expliquer. Faute de quoi, la crise immobilière, devenue financière, puis économique, envahira aussi le terrain politique.

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