Crise financière, Europe et mutualisme

La semaine restera gravée dans l’histoire de la finance. Faillite lundi de Lehman Brothers, 4° banque d’affaires américaine (que l’Etat renonce à sauver comme il l’a pourtant fait pour JP Morgan). Ecroulement de Merrill Lynch (3° rang), dans les bras de Bank of America. Recherche dans l’urgence de repreneurs pour les rescapés Goldman Sachs et Morgan Stanley, et pour la première Caisse d’épargne américaine, Washington Mutual. Nationalisation in extremis du premier assureur AIG. Et en Grande-Bretagne, après la nationalisation de Northern Rock, Halifax Bank of Scotland s’en remet à la Lloyds…
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Paralysé
par le cataclysme, le marché interbancaire s’assèche, obligeant les banques centrales à injecter des milliards de liquidités. Pour contenir la spéculation à la baisse sur les valeurs bancaires, les ventes à découvert sont brutalement interdites ou encadrées. Puis, vient ce vendredi le projet de création d’un «puissant fond» US destiné à rachèter leurs actifs risqués aux banques américaines en difficulté. Cette annonce suscite un rebond historique des marchés boursiers… Le CAC augmente de près de 10%, record absolu en une journée, et retrouve son niveau… de lundi matin !
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En dotant un fond ad’hoc de centaines de milliards, L’Etat américain donne la mesure de la crise et le signe d’un soutien massif de la société américaine à son secteur financier. Il double la mise par rapport à ses apports précédents, mais en se protégeant de la critique de parti-pris que ses interventions au cas par cas ne pouvaient que susciter. On retiendra certes sa remarquable capacité à intervenir avec pragmatisme et efficacité, mais aussi le transfert de facto sur les contribuables des risques d’impayés et des mauvaises créances.
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Aussi, l’enthousiasme de ce «vendredi blanc» (10% à la baisse n’aurait-il pas été dans les livres un «vendredi noir» ?) n’est-il pas forcément le signal d’une fin de crise et d’un retournement durable de la tendance des marchés. D’abord, les vendeurs à découvert, contraints de dénouer leurs positions dans l’urgence, ont amplifié artificiellement les courants d’achats. Ensuite, on ne connait pas les modes de fonctionnement du fameux fond donc son impact sur le bilan des banques et des assurances (on vient de voir que leur lisibilité restait bien imparfaite). Enfin, et surtout, cette intervention fait naître des devoirs nouveaux pour le pouvoir US qui a maintenant des comptes à rendre à «l’investisseur malgré-lui» qu’est devenu le contribuable américain. Les demandes d’explications sur les dysfonctionnements qui ont provoqué la crise, sur la régulation des métiers financiers, sur les démissions des acteurs privés vont inévitablement occuper les débats, d’autant qu’en changeant le fardeau d’épaules, l’Etat américain met le poids de la crise financière sur le plateau d’une économie déjà menacée de récession.
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Que va dire l’Europe ? Que va faire l’Europe ? Que va proposer l’Europe ? Allons-nous laisser les américains fixer les nouvelles règles comme ils avaient fixé les anciennes avec les conséquences que l’on sait ? Sommes-nous résignés à regarder toujours à l’Ouest pour voir arriver les règles du jeu, puis les problèmes, puis les remèdes ? Qui va affirmer quelques fondamentaux capables de garantir le développement durable de l’industrie financière ? Et si les mutualistes européens parlaient ?
– Obligation pour tout prêteur de conserver 50% des créances dans son propre bilan, donc réduction de l’effet de levier de la titrisation, responsabilisation des prêteurs et sécurisation des investisseurs.
– Traçabilité des produits financiers pour que chacun puisse apprécier la nature et la qualité des risques pris et réduire ainsi la «prime au soupçon» qui paralyse les marchés interbancaires.
– Encadrement des émissions d’options en proportion de la valorisation des sous-jacents, donc limitation des pertes potentielles. Mesure à prendre rapidement pour éviter au premier octobre un effet retour (les ventes à découvert seront à nouveau autorisées).
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Puisque les grands de la finance tiennent à se dire industriels, qu’ils acceptent que leurs produits, leurs émissions, soient contraints au respect de normes qui, dans ce domaine comme dans les autres, doivent respecter l’avenir et les générations futures. Et qu’ils acceptent d’entendre l’avis du citoyen qui comprend peu à peu que ce sera à lui de payer…

Un commentaire sur “Crise financière, Europe et mutualisme

  1. Au delà de la crise financière et de ses effets destructeurs, ne va-t-on pas aussi assister à une crise de confiance des clients envers leurs banques ?Il semble que les efforts quotidiens au service du développement des territoires soient ruinés par ces scandales financiers … quel gâchis!

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