Banques mutualistes : l’épreuve des subprime

Les banques paient un lourd tribu à la crise immobilière américaine en enregistrant des dépréciations d’actifs considérables. Le public est surpris de découvrir l’exposition de banques coopératives à un marché «exotique» qui se révèle brutalement à haut risque. Je suis confronté à l’émotion, parfois la colère, de sociétaires, de clients, mais aussi de collaborateurs du Crédit agricole qui vivent mal ces évènements. Je les comprends, et je le répète, tout le management de la banque est affecté par ce revers qui, après des années de croissance ininterrompue du résultat, affecte la vision très sécurisante qu’actionnaires, collaborateurs et clients ont de leur banque.
.
Cette vision est pourtant juste, tant il est vrai que nos Caisses régionales coopératives n’ont jamais accordé de crédits immobiliers à haut risque. Subprime, connais pas ! Notre image est plutôt celle de banques prudentes et professionnelles, jugées même parfois un peu trop rigoureuses et procédurières, voire frileuses ! Les subprime sont entrés par une autre porte, celle d’une filiale du Groupe, dont l’investissement sur les marchés internationaux est justement le métier.
.
Quand l’accident grave survient, le premier devoir est de se concentrer sur les mesures d’urgence. Cela a été fait, avec un plan d’action volontaire et la récente augmentation de capital qui a permis de renforcer les fonds propres de Crédit agricole SA. Vient ensuite le temps du constat, celui d’un excès de vitesse dans le développement de la banque d’investissement, à une époque d’ailleurs où ces opérations étaient jugées sans risque. Certains vont plus loin, et disent que la fidélité aux valeurs mutualistes de notre organisation devait nous éviter de nous retrouver sur cette route et donc de subir cet accident. Cette appréciation, simple et définitive, est hélas fausse et dangereuse.
.
Le mutualisme n’est pas synonyme de conservatisme ni de frilosité. Il a au contraire toujours été synonyme de développement, de conquête, d’exploration de nouveaux marchés. Il porte en lui l’ambition de faire accéder le plus grand nombre, collectivement, aux produits et services jusque là réservés aux seuls qui en avaient individuellement les moyens. Cette ambition a toujours nécessité un apprentissage de nouveaux métiers, de nouveaux territoires, et l’adaptation des organisations et de leur pilotage. Cela ne s’est jamais fait sans heurt. Aussi, qui pourrait souhaiter que notre « véhicule coté », à qui nos Caisses régionales ont justement confié la mission de nous ouvrir aux métiers internationaux, roule à petit pas sur les voies de dégagement du monde financier ?
.
Le mutualiste a aussi plus de devoirs que les banques capitalistes. L’actionnaire achète ou vend ses titres, en attend un dividende et une valorisation rapide. Le sociétaire lui est là pour longtemps, il attend de la croissance et des services sur la durée. Nos organisations coopératives doivent dire ce qu’elles font, pourquoi elles le font, comment elles le font, et toujours montrer qu’elles sont là pour servir leurs sociétaires et leurs territoires. C’est pour leur compte et pour leur patrimoine commun qu’elles agissent. A ce titre, elles regrettent profondément cet accident de parcours, qui, non dans l’intention mais dans les faits, entame le patrimoine commun.
.
Mon principal regret est pourtant ailleurs. Il est que l’argument «mutualiste», trop peu mis en avant en période de prospérité, suscitant alors trop peu de réflexions et d’engagement, se trouve soudain brandi pour dénoncer un supposé dévoiement. Il mérite mieux. Nos organisations coopératives ont leur place dans le monde qui se construit. Elles se doivent de réaliser leur mission : allier l’ambition de développement à la juste prudence. C’est un équilibre difficile, la crise actuelle le montre qui l’a momentanément déplacé. Mais cet équilibre n’est pas remis en cause, il reste durablement notre objectif.

2 commentaires sur “Banques mutualistes : l’épreuve des subprime

  1. Note passionnante, notamment sur son éclairage pour quelqu’un qui, comme moi, à parfois du mal à comprendre certaines causes et certains effets.Tu as raison, le mutualisme mérite décidément d’avoir son blog 🙂

    J'aime

  2. Belle definition du mutualisme ne pourrais t’on pas rajouter que le mutualisme est aussi moderne qu’il y a 100 ans. A nous aussi administrateur de le promouvoir

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s