Peurs et Progrès

De temps en temps, un écrivain prend un temps d’avance sur l’histoire et nous livre ce qui sera, dans une anticipation parfois troublante. Faute d’Houellebecq, je découvre Reinhardt, magistral dans le genre. Il signait en septembre «Cendrillon», roman où il explore non seulement les techniques des traders mais aussi leurs motivations, leur addiction au profit quotidien, les risques qu’ils font courir au monde. Ce qui est troublant dans ce qui se révèle aujourd’hui comme une belle anticipation, c’est qu’il pose comme acquis que le monde ne supportera pas indéfiniment ces acteurs dont le pouvoir exorbitant s’appuie sur une vision court-termiste du monde et sur le seul désir névrotique d’enrichissement personnel.
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Louis Schweitzer fait irruption en page 472 du livre, et le romancier prête au grand patron d’industrie des propos passionnants : Et si toute organisation était une entreprise au service de ses partenaires actionnaires, clients, salariés, et non un investissement financier au seul bénéfice de ses actionnaires ? Et si l’éthique, qui peut se cacher à court-terme sous la couverture, était reconnue sur la durée comme condition d’efficacité ? Et si par contrepoids – forcément planétaire – nous instaurions un code pluridimensionnel en lieu et place du code anglo-saxon, unidimensionnel, qui fait de l’argent la mesure de toute chose ? Il aurait pu ajouter : « Et si nous devenions tous mutualistes ? »
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Après avoir tout construit sur leur puissance physique individuelle, puis sur leur force militaire collective, les hommes ne misent plus que sur leur puissance financière. Qu’est-ce qui nous fera retrouver le nécessaire compromis, l’équilibre? La réponse tombe, brutale : La peur! Oui, la peur! N’a-t-il pas fallu la grande peur née des conflits mondiaux pour faire perdre tout mérite à la «bonne guerre» adulée de nos anciens? N’a-t-il pas fallu la grande peur du coup de chaud de l’été 2003 pour attiser les aspirations à mieux protéger l’environnement (dès qu’il fait plus frais, on lève le pied !)? Alors, puisque la peur a été de tout temps la force la plus active de nos sociétés, ne va-t-elle pas rétablir les choses? La peur des autres, des chinois, des indiens, des pauvres… Vive la peur !
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Certains trouveront que cette conviction fait fi des vertus du bon sens et qu’une approche plus rationnelle, plus humaniste, serait plus constructive. D’autres y verront l’expression d’une grande lucidité et d’un regard objectif (fataliste ?) sur les moteurs humains. Il y a là en tous cas pour tout le monde matière à réflexion…

6 commentaires sur “Peurs et Progrès

  1. La peur n’est-elle pas l’aboutissement de nos excès de « liberté » ou de « libéralisme » que nous ne savons pas quelquefois contenir ?Si la peur peut provoquer une certaine prise de conscience encore faut-il que cette dernière soit durable et ne s’estompe pas suite à une quelconque euphorie. Le temps que des « mesures » ou des « solutions » soient mises en place… la peur serait-elle alors la seule solution pour réguler nos systèmes ?Sommes nous obligés de nous faire peur ? Les notions d’anticipation, de vigilance nous sont-elles étrangères ? …ou ont-elles été sacrifiées ?Essayons de ne pas devenir des « esclaves » de la peur pour construire notre monde débordant de « libertés ».

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  2. Quand on invente le bâteau on invente le naufrage…Lorsque le consommateur prend peur, sa propension à épargner augmente, ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour les grandes banques qui s’interressent à nouveau à son épargne, faute de pouvoir se refinancer facilement sur les marchés interbancaires.

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  3. Sur votre site, vous avez un lien avec le blog de David Castéra avec en particulier un article « Naître, vivre et mourir à Oloron » Oloronnais moi-même je trouve que certaines opinions développées dans cet article ne sont pas objectives. C’est son droit, mais je ne voudrais pas qu’elles portent du tort à CAMPG dans un moment où l’entreprise a besoin de la confiance de tous ses clients. L’accès à ce blog se faisant au travers de celui du DG, on pourrait penser que c’est opinion de ce dernier qui y est reflétée.

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  4. Merci de votre réaction, que je comprends. Elle me permet de rappeler que bien évidemment, chacun exprime dans son blog ses opinions et il les signe. Le blog est ouvert et permet à chacun de s’exprimer et de réagir. Vous noterez que sans aucun filtrage, je propose aussi les flux sur tous les articles qui parlent du Crédit agricole, en bien ou en mal, ce qui participe du parti pris de transparence et d’honnêté à laquelle de plus en plus de gens sont attachés. C’est une autre façon de voir la communication qui s’écarte du « tout révisé, tout bien poli, tout bien fini… » pour quelque chose de plus direct, plus ouvert aux idées, plus contradictoire aussi… la preuve !

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  5. Ne voyez pas le mal partout. C’est je pense pour lui une façon supplémentaire de faire appel aux autres. Je lui conseille donc de faire partager à son entourage, la video de l’adaptation française de la seconde version de « Did you Know? Shift Happens », (fameuse présentation de Karl Fish et Scott McLeod). Elle suscite la réflexion.http://www.youtube.com/watch?v=1m3pyy-69K8&eurl=http://cicla71.typepad.com/cicla71/2008/05/le-saviez-vous.html

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