Crédit agricole : subprimes et mutualisme.

L’exposition conséquente au risque «subprimes» de Crédit agricole SA et l’augmentation de Capital que les dépréciations rendent nécessaire provoquent de nombreuses réactions. Leur forme va de la critique acerbe à la grande déception. Elles sont légitimes au regard des chiffres, même si cette «ardoise américaine», qui pèse moins d’un an de résultat, est digérable par le Groupe. Les Caisses régionales, solidement capitalisées, sont en mesure de prendre leur part de cet appel en Capital, et de jouer leur rôle d’actionnaire majoritaire. Elles le feront, et le niveau de fonds propres atteint après cette opération nous donnera de bonnes capacités de résistance et de développement. Il n’en reste pas moins des interrogations…
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Quand le pépin arrive, il y a toujours ceux qui «l’avaient dit depuis longtemps», et comme vous, j’entends des sages expliquer que les mutualistes n’avaient rien à faire dans ces métiers «spéculatifs» voire «virtuels». Je ne partage pas; pas plus que je ne partage l’idée que le Crédit agricole aurait voulu faire «joujou» avec l’immobilier américain.
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Nous avons voulu construire une grande banque avec toutes les activités des grandes banques, y compris les activités de marché, rémunératrices et utiles à l’économie. Nous avons toujours considéré que nous devions exercer tous les métiers de la finance et que, ce faisant, nous servions notre projet coopératif : celui de rester maîtres de notre destin; celui de faire profiter nos territoires et nos clients de la force et des savoir-faire d’un grand groupe; celui aussi d’apporter à nos Caisses régionales les revenus diversifiés de métiers qui ne peuvent s’exercer qu’au travers de filiales spécialisées.
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Ces métiers, nous les avons développés non en opposition ou à coté de nos métiers traditionnels, mais en complément, au moment où les revenus de la banque de proximité souffrent du faible taux de la croissance et de la saturation du marché. Ce n’est pas cette ambition, partagée d’ailleurs par nos sociétaires, actionnaires et clients jusqu’à la crise financière, qui peut nous être reprochée, mais sans doute le fait d’avoir voulu atteindre très vite – trop vite – notre cible.
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Ma conviction est que le Crédit agricole sortira plus fort de cette crise. D’abord parce qu’une entreprise coopérative a l’obsession de durer, de transmettre son patrimoine commun en le bonifiant, et que ce sévère revers, qui prend à contre-pied les valeurs partagées par tous les acteurs du Groupe, va maintenant les mobiliser. Ensuite, parce que cette crise nous oblige, en mutualistes que nous sommes, à mieux préciser la nature et l’équilibre des différents métiers que nous voulons exercer. C’est ce travail qui a été annoncé : réduire notre exposition au risque, nous renforcer dans la banque de détail en France et à l’étranger, dans les métiers d’assurances, de services financiers, de gestion d’actifs. Et construire solide sur la durée, au service de nos clients !

5 commentaires sur “Crédit agricole : subprimes et mutualisme.

  1. A posteriori, il est toujours facile de critiquer une stratégie, car par définition, il n’y a que lorsqu’elle a été déroulée que l’on sait si elle était bonne !Comme on dit souvent, dans les affaires : Tout ce qui ne tue pas rend plus fort ! 😉

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  2. Je ne comprend plus très bien la différence qu’il peut y avoir entre entreprise mutualiste et entreprise traditionnelle capitaliste si les actes commerciaux et les décisions managériales sont les mêmes. En effet, il y a eu des engagements de sommes considérables sur un marché purement spéculatif, qui s’est effondré. Cet engagement a été fait par un dirigeant, qui a donc fait perdre des millards d’Euros à l’entreprise (n’oublions pas que le portefeuille encore détenu par Crédit Agricole aux STATES est conséquent et qu’on ne sait toujours pas à combien il pourra être valorisé, et que donc les pertes estimées à ce jour sont peut-être loin de ne représenter qu’une année de bénéfices). Que l’on renouvelle la confiance à ce dirigeant m’apparaît comme une incongruité et un blanc seing pour continuer dans la même voie.Mais compte-tenu du parachute qu’il n’a certainement pas dû manquer de se préparer à l’embauche, il coutera peut-être moins cher s’il reste que s’il part?

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  3. Je précise bien qu’il ne s’agit aucunement d’un « marché purement spéculatif ». Il s’agit du marché de titrisation des crédits, donc de la ventes de créances d’une banque à une autre banque, ce qui n’a rien de spéculatif. C’est une activité bancaire. Si la valeur des biens financés s’effondre, alors la valeur des créances cédées s’effondre. Or, les créances achetées l’ont été pour être revendues à des clients. Donc nous vivons une dépréciation brutale de stocks achetés et non encore transformés en produits et de stocks de produits transformés et non encore vendus. Nous ne sommes donc pas devant une spéculation mais devant des stocks soudain invendable et dévalorisé. Cela change considérablement les conclusions…

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  4. B.F.I ANGE OU DEMON ?Elle pose en tout cas des questions existentielles de légitimité et de péréquation. Quand tout va bien, les opérateurs de marché se partagent des bénéfices considérables. Quand ça va mal, la BFI, fait payer les pots cassés à la banque de détail, à ses actionnaires et peut être même à la collectivité dans certains pays.NON ABBIATE PAURA puisque vous nous avez expliqué que croissance et rationalisation ne sont pas antagonistes

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