Les nouvelles jacqueries

Sous l’effet de la hausse des prix des produits agroalimentaires, les révoltes des plus démunis se multiplient à travers le monde et comme souvent, ce sont les populations des pays les plus pauvres, pour qui la part de l’alimentation dans le budget est la plus importante, qui sont les plus touchées.

Dans ses causes, le phénomène économique est assez similaire à celui constaté en matière de prix pétrolier. On assiste, là aussi, à un accroissement plus rapide de la demande que de l’offre, sous l’effet de l’élévation du niveau de vie et du changement d’habitudes alimentaires des populations des pays émergents les plus dynamiques. On observe également un phénomène spéculatif aggravant la hausse des prix. Enfin, on constate un mécanisme de vase communiquant entre prix des produits et la baisse du cours du dollar, monnaie de référence des échanges internationaux. Sporadiquement, quelques perturbations climatiques, détruisant ou réduisant fortement, ici ou là, les récoltes ne font qu’ajouter à la crise.

S’agit-il d’un phénomène conjoncturel ou structurel ? Le déséquilibre entre offre et demande est plutôt structurel car le rééquilibrage prendra du temps et nécessitera une véritable révolution verte, fondée sur un renforcement de la part des cultures vivrières dans les pays les plus pauvres au détriment des cultures d’exportation. Ce retour à l’équilibre passera également par un progrès significatif de la recherche dans le domaine des bio-technologies afin d’accroître les rendements des terres cultivables, voire de permettre l’exploitation de terres aujourd’hui incultes, et ce dans des conditions financières acceptables pour les pays les plus pauvres et avec des méthodes respectueuses de l’environnement et de la santé humaine. Bref, une sorte de quadrature du cercle dans l’état actuel des connaissances. D’autres facteurs expliquant cette envolée des prix sont plus conjoncturels : dans un contexte de marchés financiers en crise, la hausse continue des prix des produits agricoles a attiré quelques investisseurs en quête d’une nouvelle classe d’actifs sur laquelle dégager des profits ; de même, la chute continue du cours du dollar ne peut qu’avoir un effet inflationniste sur le prix des matières agricoles cotées sur les marchés mondiaux.

Au-delà de ces aspects économiques, les phénomènes sociologiques d’explosion démographique des pays du sud, d’urbanisation continue des populations, de l’aspiration à un mode de vie « occidentalisé » ne font que rajouter à la crise.

Alors, que faire ? Le Président de la Banque Mondiale a lancé récemment un appel pour un « New deal » alimentaire. La difficulté consiste bien sûr à trouver des solutions pérennes. Cela passe sans doute par une augmentation de l’offre en exploitant davantage les terres non cultivées. Des réserves foncières existent, notamment en Europe centrale et en Amérique latine. Il s’agit également de favoriser le développement dans les pays pauvres de cultures vivrières traditionnelles et d’inciter à un véritable « retour à la terre » des populations actuellement attirées par les « lumières de la ville » et entassées dans les bidonvilles. Plus que jamais, le modèle coopératif apparaît parfaitement adapté pour favoriser ce type développement. Il s’agit enfin de redoubler d’effort dans la recherche en bio-technologie et de savoir en faire bénéficier les pays du Sud.

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Utopie, direz-vous ? Peut-être. Regardons cependant attentivement l’expérience que conduit DANONE avec ses micro-laiteries visant à produire des yaourts vitaminés pour lutter contre les carences alimentaires des enfants du Bengladesh.

La France, par son excellence en agronomie, devrait jouer un rôle majeur dans les années à venir pour développer des solutions face à ces problématiques. Encore faut-il que les frilosités diverses, notamment en matière d’OGM, cessent d’entraver les progrès de la recherche.

La rareté fait un retour fracassant dans notre monde que nous croyions d’abondance.

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