Au commencement était la dette

Approvisionnés en capitaux surabondants, les américains n’ont rien vu d’anormal au jaillissement de grues et de résidences dans tout leur pays. L’emprunt était facile, même sans revenus, puisque les banques, sitôt prêté, cédaient leurs créances, puis re-prêtaient, puis re-cédaient. Les encours gonflaient mais personne ne voyait de bulle, seulement des «fondamentaux solides», comme en attestaient les indices de la construction… Alors survint la purge, l’effondrement de ce système basé sur la valorisation des biens. Les prix de l’immobilier chutent, les emprunteurs ne remboursent plus, le risque crédit explose. Les immeubles sont bradés. Du déjà vu dans la tourmente des années 70 qui a décimé les Caisses d’épargne US. Mais cette fois-ci, les créanciers sont partout, diffus et internationaux, garantis par des assureurs subitement fragilisés. Des pans entiers de l’industrie financière se lézardent. Les banques se demandent : «Qui d’entre nous est la plus touchée ?». Le marché interbancaire se fige.
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Vient alors le temps des pertes. Des mots inconnus il y a encore un an hantent les esprits et les ondes. Nous sentons partout la présence menaçante des «subprimes» et des «monolines». Il faut bien constater les dégâts, arrêter les comptes… les calculettes n’en croient plus leurs mémoires. On voit s’afficher des chiffres à rallonge qui ne savent que grossir.
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Ce qui est frappant, c’est bien l’extrême prudence des économistes. De fait, ils maintiennent les politiques en état d’inconscience face aux dures réalités de cette crise d’exception. Philippe Dessertine, professeur à Paris X et directeur de l’Institut de haute finance, ose annoncer le pire : Les ménages américains, qui ont de plus en plus de mal à payer leurs prêts immobiliers, ne vont pas rembourser leurs prêts consommation ; donc, la consommation va ralentir, mettant en panne la croissance ; donc les distributeurs, producteurs, entreprises vont être touchés ; donc les banques, économes de liquidités, prudentes face aux risques, retiendront leurs crédits, donc les investissements, donc la croissance… scénario noir !
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A quels signes verrons-nous que ces prédictions se réalisent ? En avril, les banques afficheront des pertes substancielles sur les comptes du premier trimestre. En mai, la Banque Européenne se résignera à baisser les taux, constatant que la récession menace l’Europe plus que l’inflation. En août, nos dirigeants réviseront à la baisse la prévision de croissance pour 2008. Les pays émergents exprimeront alors leurs réticences à financer un Occident incertain. Les banques mondiales se montreront moins promptes à alimenter en capitaux les sociétés financières en difficulté… il faudra alors se rendre à l’évidence : notre époque sera entrée dans la grande histoire de l’économie mondiale. Ce n’est heureusement pas le seul scénario!

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